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Groupe d'analyse politique GAP
Annonces Du Gap


Savoirs et idéologies en politique, 2012-2013

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Calendrier des Séances 2012-2013 Un Mercredi par mois, de 14h à 16h — Bâtiment F — Salle des Conférences (F352) - Université Paris Ouest Nanterre 14 novembre 2012 : Jean-Louis Fournel (Paris 8), autour de l’ouvrage collectif Liberté(s) et libéralisme(s). Formation et circulation des concepts, dir. par J.L. Fournel, J. Guilhaumou, J.-P. Potier, ENS Éditions, 2012. 12 décembre 2012 : Emmanuel Didier (...)

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Séminaire de recherche 2012-2013 : André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest

André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest 14h —17h Salle des actes (F141) — UFRDSP — RER/SNCF « Nanterre-université » Mercredi 6 février 2013 : Bernard Lacroix « Comment travailler un auteur au corps » Mercredi 27 février 2013 : Mathilde Sempé « Retour sur la construction de la figure fondatrice d’André Siegfried : hommages et commémorations » Mercredi 6 mars 2013 : Christophe Voilliot « André Siegfried et la candidature officielle » (...)

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Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

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- Savoirs et idéologies en politique, 2012-2013

- Séminaire de recherche 2012-2013 : André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest

- Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

- Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

- GAP : Réunion de rentrée

- Gap : Conseil de laboratoire

- Séminaire de recherche : savoirs et idéologies en politique

- Séminaire de recherche : la construction sociale de l’opération électorale

- GAP : réunion de rentrée

- GAP : séance du 1er juin 2009




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Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

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L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

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Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

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- Eléments de science politique

- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

- Nouveau manuel de science politique

- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

- Les ravages de la « modernisation » universitaire

- Sociologie de la communication politique

- Amour, Gloire et Crampons. Pour une sociologie du foot

- L’ivresse des sondages

- La canonisation libérale de Tocqueville

- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




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Annonces Diverses
Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

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Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

http://www.u-paris10.fr/69251820/0/fiche___pagelibre/&RH=1258638513074

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Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

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- Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

- Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire 2007-2008

- Lire les sciences sociales, 8 juin 2007

- Lire les sciences sociales, 16 mars 2007

- Comment étudier les idées ?(2)

- Actualité d’Abdelmalek Sayad

- Relégation urbaine et politique :comment dit-on l’injustice ?

- Comment étudier les idées ?

- Lire les sciences sociales : Quartiers sensibles

- Politique et classes populaires

- Les usages de l’histoire en science politique

- Le corps et la santé. Dialogues autour de Norbert Elias




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Membres du Gap

Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

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Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

- Un ennemi anonyme et sans visage

- Unité et diversités politiques françaises au lendemain des élections des 21 et 28 mars : essai de diagnostic sociologique

- Bien se tenir à la chambre

- Activités des membres


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Quelques membres

- Le Bohec Jacques

- Ngwe Luc

- Marty Thomas



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Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
Numéro 1

- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
- A.G. des cheminots de la gare Saint-Lazare jeudi 14 décembre 1995
- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Laurent Quéro

Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)



« Du fait que nous sommes nés dans un monde social, nous acceptons un certain nombre de postulats, d’axiomes, qui vont sans dire et qui ne requièrent pas d’inculcation. C’est pourquoi l’analyse de l’acceptation doxique du monde, en raison de l’accord immédiat des structures objectives et des structures cognitives, est le véritable fondement d’une théorie réaliste de la domination et de la politique. De toutes les formes de « persuasion clandestine », la plus implacable est celle qui est exercée tout simplement par l’ordre des choses. »

Pierre Bourdieu, Réponses - Pour une anthropologie réflexive, Paris, Seuil, 1992, p. 143.

« Avant-propos » extrait du Manuel des Électeurs, Nancy, Vagner, 1848 :

« Les élections ayant été jusqu’à présent réservées à un petit nombre d’hommes, beaucoup, soit dans les villes, soit dans les campagnes, vont se trouver fort embarrassés, pour jouir du droit que vient de leur donner la République. Outre qu’ils ne peuvent tous aller lire le décret du 5 mars et les instructions qui sont venues ensuite l’expliquer, un bon nombre des habitants de nos villages surtout ne les comprendront pas facilement, et ne connaîtront point les hommes sur lesquels doivent de préférence tomber leurs suffrages. Ils seront exposés à être les dupes d’agents de coterie, qui ne reculeront devant aucun moyen de les amener à voter en faveur de leurs candidats, qu’ils conviennent ou non à l’Ordre, à la Liberté, à la Paix, au Bonheur de la France. Pour remédier à cet inconvénient, et empêcher les grands maux qui pourraient en résulter, une instruction expresse et toute populaire était nécessaire ; il s’agit d’éclairer les Électeurs des classes ouvrières des villes et des campagnes, et de les mettre en état de bien s’acquitter de l’important devoir qu’ils vont avoir à remplir. Le Manuel des électeurs qui est livré au public remplira, ce me semble, cette tâche. Court et succinct, il ne demandera que quelques minutes au lecteur pour le parcourir. Simple et clair, il pourra être compris de l’intelligence la moins cultivée, et les quelques centimes seulement qu’il coûtera pourront permettre à chaque Électeur de se le procurer et de l’avoir dans sa poche jusqu’après les élections. L’auteur se trouvera heureux si son modeste travail peut procurer quelque chose du grand bien qu’il souhaite à son pays, et qu’il s’est proposé en s’en occupant. le 16 mars 1848 S. V. »

Le XIXème siècle marque un seuil décisif dans la mise en discours généralisée de l’univers des pratiques [1]. Se produit alors un changement d’échelle sans précédent dans le rythme et la prolifération de l’offre imprimée. A l’expansion quantitative du nombre et du volume des produits imprimés, vient s’ajouter une diversification sans précédent des types de produits disponibles. Le processus de division du travail social et la recomposition de l’espace social dont il s’accompagne, s’exprime dans l’édition à travers la prolifération de cette forme innovante et triomphante, combinant positivisme classificatoire, « ferveur démopédique » et nécessaire promotion des « bons usages »de la pratique, que sont manuels ou guides en tous genres. La part prise par les ouvrages de vulgarisation ou à prétention pédagogique concernant tous les secteurs de l’activité sociale [2], des livres de recettes culinaires ou épistolières, jusqu’aux codes juridiques et manuels de grammaire, est la trace obscure d’un processus d’énonciation et de dissémination d’une police renouvelée des pratiques, qui prend la forme de l’écrit mais surtout qui s’appuie sur l’existence d’agents compétents pour produire et s’approprier ce type de littérature. Le repérage d’ouvrages de ce type justifie l’ouverture d’un dossier de recherche spécifique. La constitution du corpus inédit des manuels électoraux français produits depuis deux siècles qui est le premier résultat de ce travail [3], apporte matériaux et éléments de discussion nouveaux pour l’analyse de la genèse pratique d’un « Ordre politique démocratique ». Le retour à ces objets oubliés que sont manuels électoraux, guides et codes de l’Électeur, etc., ne procède pas d’on ne sait quelle « chine »érudite, mais de la conviction raisonnée que ces objets obscurs, relégués au rang de « curiosa » dans les débarras de l’histoire, ou triviaux, sous l’effet de leur évidence routinisée, apportent des connaissances décisives et nourrissent le travail sociologique [4]. Il n’y a pas de « petits » et de « grands » objets, il n’y a que des problèmes de recherche qu’il faut essayer de résoudre à partir de l’interprétation des traces abandonnées par l’activité humaine passée ou si l’on préfère, objectivées [5].

En tant que technologies méconnues d’inculcation de savoirs et savoir-faire différenciés relatifs à l’acte de vote, les manuels électoraux, étudiés relationnellement, constituent ainsi un « fil rouge », parmi d’autres, pour reconstruire les mécanismes qui concourent à l’autonomisation de l’activité politique « démocratique ». Ils mettent à jour les enjeux et les luttes, aujourd’hui oubliés, présidant au travail évolutif de mise en forme(s), de codification et d’imposition d’un « bon usage » de l’élection et du sens à lui accorder. Ils font voir par là même les groupes investis dans ces luttes et qui participent à l’édification de ce « bon usage », donc les groupes intéressés au bon usage, dans les formes qu’ils contribuent à lui donner.

Pour une socio-genèse du fétichisme démocratique

Chaque citoyen se fait électeur pour élire les représentants de son choix, et il leur délègue sa part de souveraineté pour gouverner par procuration : cette assertion tombe sous le « sens commun démocratique » ! Nous ne pouvons qu’être en accord immédiat avec elle, tant elle semble décrire, dans sa structure grammaticale même, le rapport immédiat que nous entretenons ou croyons entretenir avec cette réalité bien ordonnée qu’est pour nous « la Démocratie représentative ». Cette vision idéale, instituée dans les choses et incrustée dans nos têtes, est d’autant plus consacrée qu’elle est redoublée et légitimée par nombre de « théories » émanant « d’experts » et « spécialistes qui, en croyant les analyser contribuent en fait à les perpétuer.

Ces points de vue différents quant à leur mise en forme de la réalité collective qu’ils décrivent, partagent en effet les mêmes a priori nourris des mêmes présupposés : la rationalité du système, celle de l’individu abstrait et souverain qui le fonde, reconnu par là même comme unité et principe politique légitime après l’avoir été juridiquement (comme Sujet de Droit, libre et responsable) et économiquement (sous la forme d’Homo Économicus) ; l’autre aspect de cet a priori, « toute façon de voir étant une façon de se rendre aveugle [6] », réside dans une même myopie quant à l’opération et aux relations qui se trouvent au coeur de ce système : l’élection. Celle-ci est perçue comme pur mécanisme technique régulant l’ensemble, ce dernier s’analysant en fonction de la logique de la culture indigène, soit comme une procédure simple permettant au « citoyen » de se faire représenter en exprimant son opinion par le vote, soit comme le moyen, pour le « consommateur-électeur » de « révéler ses préférences » en « maximisant son utilité » sur le « marché démocratique [7] » !

En se focalisant sur l’issue et les résultats d’une procédure « bien huilée », dont le fonctionnement reconduit quoi qu’on en dise l’interprétation consacrée, chacun d’entre nous entérine la représentation légitimiste de l’élection comme « boîte noire », d’où sortent, par la magie du suffrage universel issu de « l’Opinion », des délégués incarnant la « représentation des citoyens ». Chacun d’entre nous « avale » et avalise par là même le sens institué de l’opération électorale, auquel souscrivent ceux qui s’en servent et qu’elle sert, jusqu’ à ignorer le mystère constitutif de l’élection, c’est à dire la relation de délégation politique (le couple Électeur/Représentant), comme forme instituée d’usurpation légitime, et donc comme exercice de la violence symbolique [8]. On entend par là un rapport spécifique de domination méconnu comme rapport de forces, aussi dénié en ce qu’il se manifeste sous la figure symbolique légitimatrice qu’est notamment celle de son inversion [9]. En effet, il faut bien que le « pouvoir » ou « l’autorité politique » aient été remis et disséminés parmi les électeurs-mandants pour que ceux-ci acceptent de s’en déposséder au profit des mandataires à qui vont leur confiance [10].

Changer de regard en matière d’analyse politique implique donc de reconstituer l’alchimie sociale par laquelle la réalité politique qui est la nôtre (la démocratie sous sa forme électorale) a été socialement construite jusqu’à se présenter aujourd’hui comme « donnée ». Bernard Lacroix a récemment offert un exemple des enjeux, usages et perspectives qu’offre une redéfinition sociologiquement informée des débats cycliques sur « la crise de la démocratie représentative en France [11] ». Il montre comment cette rhétorique participe du travail complexe de légitimation indispensable à la réaccréditation régulière de l’opération électorale et de son sens, bref, qu’elle fonctionne comme technologie légitimatrice de la délégation. Il rappelle en même temps que la reconstruction de la genèse est une ressource décisive des sciences sociales, en ce qu’elle permet de porter au jour les présupposés implicites liés à l’amnésie de la genèse qui entoure la fabrication des « évidences » [12], comme l’illustre par exemple la construction de « la délégation politique sous l’espèce de la représentation électorale puis sa consécration comme principe de fonctionnement de l’État parlementaire » [13].

Depuis que se sont constitués des enjeux savants autour de la question de « l’acte de vote » [14], plusieurs publications, aux problématiques parfois divergentes, ont fait état de l’existence au XIXème siècle de « manuels électoraux » ou « guides de l’Électeur » : quoique parfois convoqués comme sources, ceux-ci n’ont pas fait l’objet d’investigation particulière ni d’analyse spécifique [15]. C’est dans le prolongement de cette recherche collective que nous nous situons : nous nous proposons de revenir sur quelques aspects de la construction de l’opération électorale, dans le cadre des transformations de la société au XIXème siècle [16].

Un travail pédagogique méconnu : la mise en forme(s) et l’inculcation de la compétence électorale.

Les manuels électoraux produits en France au XIXème siècle constituent un ensemble pertinent de traces, donnant un accès privilégié à des transformations décisives, que l’on peut ainsi voir à l’oeuvre, pour ne pas dire « en oeuvres ». On abordera ces manuels de la même façon que les traités de bonnes manières de Norbert Élias dans La civilisation des moeurs [17] : ces traités médiévaux de civilité et autres manuels de savoir-vivre sont convoqués comme matériaux révélateurs d’aspects enfouis du « processus de civilisation », c’est à dire de la construction et de la diffusion des normes de comportements et de pudeur qui sont encore les nôtres. Dans une société en transition comme l’est la France du XIXème siècle, les « manuels électoraux », recueils compilant règles du jeu et « bons usages » en matière électorale, sont à « la politique » en voie d’institutionnalisation, ce que les « traités de convenances » sont aux usages de table, moeurs sexuelles, rapports au corps et ses fonctions, etc. : « les instruments efficaces du « conditionnement », de la « mise en forme » de l’insertion de l’individu dans les modes de comportement rendus nécessaires par la structure ou la position d’une société donnée » [18]. Leur examen apporte un nouvel éclairage sur le problème historique de la distance qui sépare dans le temps la proclamation « théorique » du principe d’égalité politique à travers le droit de suffrage « universel » (1793), son inauguration pratique en 1848, sa mise en forme(s) « définitive » avec la codification de l’individualisation matérielle du vote secret (1913), et l’achèvement provisoire du processus qu’implique l’inclusion tardive des femmes à cette universalisation du suffrage en 1945. Contre l’idée récemment défendue selon laquelle notre « société d’égaux » serait la résultante de la dynamique endogène du droit de suffrage, et par delà, des « Droits de l’homme » [19], il est bon de rappeler avec Norbert Élias que « C’est là mettre la charrue avant les boeufs. Cette vulgarisation du droit de vote est la conséquence manifeste et institutionnelle d’un déplacement latent du pouvoir au profit de couches plus larges » [20]. Les manuels électoraux ne doivent donc pas être compris dans une vision mécanique et immédiate des enchaînements, uniquement comme le médium fonctionnel par lequel la règle du droit de suffrage est venue informer la pratique. Les manuels, en d’autres termes, constituent des traces d’un travail pédagogique spécifique d’inculcation de savoirs et savoir-faire différenciés relatifs à l’invention et l’institutionnalisation de la technologie de délégation qu’est le vote. Mais le chercheur peut les voir aussi, d’un point de vue structural, comme autant d’indices relatifs aux transformations affectant l’équilibre des relations sociales. C’est au XIXème siècle en effet que s’opère en France « la grande transformation » [21], c’est à dire un changement décisif dans le mode de domination sociale, et donc dans les conditions de possibilité d’un nouveau mode de reproduction sociale. On passe d’un modèle de type oligarchique, organisant « les rapports sociaux et politiques sur une base réelle », la terre et la capacité économique, dont tous les autres pouvoirs sociaux dérivent, à un modèle inédit, « démocratique » ou « méritocratique », dans lequel le « jeu social » se redistribue en fonction de « glissements de pouvoir » [22]. Cette redistribution, selon Élias, correspond à l’articulation interdépendante d’un processus de « démocratisation institutionnelle », au sens où l’on observe un déplacement relatif de l’équilibre des forces au profit de plus larges couches sociales, et d’un processus de « démocratisation fonctionnelle », entendu comme mouvement de différenciation sociale accrue s’accompagnant d’une réduction des différences de pouvoir entre groupes sociaux ainsi qu’ en leur sein [23].

L’analyse des manuels électoraux, dans l’abondance des matériaux disparates qu’ils nous apportent sur ces processus sociaux à long terme permettent aussi de préciser les conditions sociales de possibilité d’une « politisation » de la population française. Définie classiquement comme compétence à la fois sociale et technique mesurable par « l’attention portée à la compétition politique et à ses enjeux » [24], la politisation est aujourd’hui, au terme du processus, une notion qui enregistre statiquement le rapport de plus ou moins grande proximité à la politique instituée et légitime, notamment sous l’effet de l’importance relative du capital culturel détenu par les individus. La transposer telle quelle dans des conjonctures historiques où les formes et le sens du jeu politique ne sont pas encore fixés ne permet pas de comprendre le processus par lequel peuvent naître et prendre formes des rapports et des usages différenciés à « la politique ». Les manuels ne sauraient donc être appréhendés comme de simple « instruments de politisation », au sens de véhicules neutres de diffusion des « idées politiques » du haut de l’échelle sociale vers « les masses » [25]. Le travail d’invention sociale et d’inculcation dont ils témoignent ne se réduit pas à une lente infusion de compétences culturelles préconstituées à des « masses incultes », qu’il s’agit de « domestiquer » par l’apprentissage du suffrage, même si c’est bien là le voeu affiché de nombre de producteurs de ce type d’ouvrages ! Les électeurs n’entrent certes en jeu qu’en tant que faire-valoir dans la geste électorale qui s’institue. Mais cette présence détermine de façon liée le comportement de la figure principale qui les devance en même temps qu’elle les fait exister : celle des entrepreneurs politiques, dont l’apparition est inséparable en dernier ressort des transformations structurelles affectant la société. La recomposition sociale des élites (qu’implique entre autre le terme de « démocratisation fonctionnelle »), est en fait au principe de l’apparition de nouvelles techniques de désignation et de légitimation des gouvernants. Le vote, ou plus exactement la nomination élective sous ses formes plurielles [26], inaugure et enregistre l’apparition et la rationalisation progressive d’une activité nouvelle, le travail de sollicitation des suffrages, comme contrepartie aux transformations des formes et des règles de la compétition pour la consécration socio-politique. A cet égard, les manuels emprisonnent les traces sédimentées de la manière dont les luttes sociales ont peu à peu transformé l’agencement des relations d’interdépendances ou les systèmes d’interaction sociales, et façonné ainsi des rôles et des dispositions différenciés, au principe de l’apparition de la délégation politique, et de sa justification par, et pour ceux dont elle ratifie l’autorité.

Parmi le foisonnement de textes composant le corpus des oeuvres du XIXème siècle qui traitent des élections, les manuels électoraux ne présentent donc pas moins d’intérêt scientifique que la littérature, philosophique ou non, des « grands auteurs ». Au même titre que d’autres types de paralittérature (almanachs, catéchismes républicains, manuels d’instruction civique, chansons, etc.), les manuels électoraux, et surtout le système des différences qu’ensemble ils constituent, dans la diversité des procédures de mise en texte et de miseenlivre [27] qu’ils donnent à voir, possèdent ainsi une unité fonctionnelle qui se laisse apercevoir si on les étudie relationnellement. Celle-ci repose sur les usages évolutifs, pas toujours manifestes, dont ils ont été investis, et dans les aspects indicatifs des transformations sociales et politiques, liées au processus d’institutionnalisation du vote, dont ils portent l’empreinte. Par la mise à disposition de ressources pratiques et symboliques auprès de groupes d’agents spécialement intéressés à se faire consacrer par l’élection, les manuels participent aux luttes pour la définition (pratique et symbolique) du vote : de la définition de ses formes et de l’usage de ces formes. Sous cet aspect, ils témoignent du travail évolutif de standardisation et de codification de l’organisation électorale [28]. Mais comme ils sont aussi du travail pédagogique en actes relatif à l’inculcation des savoirs et savoir-faire, et à ce titre, toujours susceptibles « d’appropriations différentielles » [29], ils donnent accès pour l’historien aux luttes concrètes constitutives de la formation et de la consécration de la relation électorale. Ils mettent en scène de ce fait le processus socio-génétique de construction de dispositions différentielles qui structurent peu à peu les agents participant à différents titres à la mise en forme(s) et en scène(s) de cette relation [30]. Ils contribuent par là même à l’objectivation de la différence sociale inédite qui la sous-tend : la distinction entre professionnels et profanes de « la politique », qui est la principale manifestation de l’avènement et de l’institutionnalisation d’un champ politique autonome, dont les professionnels cherchent à s’assurer le monopole. Objets spécifiques porteurs d’une action pédagogique et véhicules d’un intérêt au désintéressement, ces manuels révèlent enfin à travers ce qu’ils dissimulent, les prétentions du groupe social en mobilité ascendante que forment les détenteurs de titres juridiques, largement majoritaires parmi les auteurs d’ouvrages de ce type, à participer à la redistribution des postes de pouvoir en cours. Ces derniers contribuent de la sorte, et sans qu’ils en soient complètement conscients, à l’organisation et à la consolidation de « l’État parlementaire ». Du fait de leur appartenance à une fraction de classe ascendante de la bourgeoisie, les « juristes », professionnels de la forme, de la mise en forme(s) et de la manipulation de celle(s)-ci, détiennent le capital spécifique qui permet à certains d’entre eux, placés dans des configurations bien particulières, de convertir les compétences et attributs sociaux dont ils sont investis, en atouts distinctifs monnayables dans un espace de luttes pour la reconnaissance socio-politique renouvelée. Ceci transparaît dans la manière dont ils investissent massivement « l’État parlementaire » en construction, en se convertissant à différents titres, en fonction de chances inégalement distribuées, à la profession politique. Nous savons déjà par exemple, qu’à ce jeu pour le titre de « représentant », les « juristes », et d’abord parmi eux les avocats [31], formant choeur et corps avec « l’idéologie républicaine » contre le pouvoir traditionnel des « notables », remportent bien vite des succès très significatifs [32].

La question, en d’autres termes, de la construction sociale du problème qui nous occupe, « comment savoir faire voter et comment faire voter dans les formes », est inséparable de la question de « comment savoir se faire élire ». L’une et l’autre ne peuvent être pensées qu’ à partir des logiques pratiques qui étaient celles des agents lorsqu’ ils étaient confrontés à ces situations. L’articulation de ces deux problèmes est le fondement d’une théorie de la genèse et de la structure du champ politique « démocratique ». Elle suppose le dépassement des acquis sectoriels de l’histoire sociale, de l’histoire du livre et de la sociologie politique.

PREMIERES INDICATIONS SOCIOGRAPHIQUES

1.) Répartition globale du volume de manuels électoraux produits en fonction de la configuration institutionnelle

1790-1848 1848-1851 1852-1870 1871-1939 1945-1995 Total Nb de titres 55 74 24 193 21 N=367* en % 14,98 20,16 6,53 52,58 5,72 100 * il s’agit du nombre de différents titres nouveaux produits durant la période, compte non tenu donc des rééditions éventuelles de titres antérieurs.

2°) Fluctuations internes au continuum de production :

1°) en régime censitaire

1790-1814 1815-1830 1831-1847 Sous-total Nb de titres 5 31 19 55 en % 1,36 8,44 5,17 14,98

2°) sous la Troisième Republique

1871-1875 1876-1881 1882-1901 1902-1914 1919-1939 Sous-total Nb de titres 23 50 53 34 33 193 en % 6,26 13,62 14,44 9,26 8,99 52,58




[1] Ce dossier est extrait d’une recherche en cours, et issu d’un mémoire de DEA : Le « bon usage » de l’élection ou Comment savoir se faire élire en faisant voter dans les formes. Recherche sur les manuels électoraux en France au XIXème siècle,Paris-X Nanterre, 1994, sous la direction de Bernard Lacroix.

[2] . Toutes ces « oeuvres » imprimées qui, ne pouvant prétendre à être reconnues comme telles, sont classées dans cette catégorie fourre-tout et minorante que sont alors les « travaux de librairie ». Sur la part prise dans « l’offre imprimée » par cette « littérature qui fait vivre » de nombreux aspirants au statut « d’écrivains professionnels », cf. Charle (C.), Les intellectuels en Europe au XIXème siècle. Essai d’histoire comparée, Paris, Seuil, 1996, p. 44-46.

[3] . La construction de ce corpus résulte de l’examen et du recoupement de différents fichiers de la Bibliothèque Nationale, de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, de la Bibliothèque de Documentation Internationale et Contemporaine, auquels est venue s’ajouter la consultation du Catalogue de la Bibliothèque du conseil municipal de l’Hôtel de Ville de Paris, et du Catalogue de la Bibliothèque administrative de la Préfecture du département de la Seine. On a vérifié les références, autant que faire se peut, dans Quérard, La France littéraire, 1827-1849, oeuvre poursuivie par Bourquelot et alii, La Littérature française contemporaine, Paris, 1842-1857 ; ainsi que Lorenz, Catalogue général de la librairie française, Paris, 1867-1945, 34 vol.

[4] . La fécondité de cette approche en sociologie politique s’illustre tout particulièrement dans l’étude de Garrigou (Alain), « Le secret de l’isoloir », Actes de la recherche en sciences sociales, 1988, n° 71-72, p. 22-45.

[5] . Pour un usage stimulant de la notion de tracesen sciences sociales, cf. Ginzburg (Carlo), « Traces. Racines d’un paradigme indiciaire »,in Mythes, emblèmes, traces. Morphologie et Histoire, Paris, Flammarion, 1989, p. 139-180.

[6] . Pour reprendre l’expression de Louis Althusser, in Althusser (L.) et Balibar (É.), Lire le Capital, Paris, Maspéro, 1968.

[7] . Cf. par exemple la représentation graphique de la matrice des visions consacrées du « système démocratique », proposée par Charles Henry, « Profanes et professionnels de la politique »,Documents pour l’enseignement économique et social, n° 81, octobre 1990, C.N.D.P., p. 54.

[8] . Pour une mise en place de la question de la délégation, cf. Bourdieu (Pierre), « La délégation et le fétichisme politique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 52-53, juin 1984, p. 49-55 ; reprisin Choses dites, Paris, Minuit, 1987, p. 185-202.

[9] . Lacroix (Bernard), « Le politiste et l’analyse des institutions »,inLacroix (B.) et Lagroye (J.) (dir.), Le Président de la République. Usages et genèses d’une institution, Paris, Presses de la FNSP, 1992, p. 58-59 note 1.

[10] . « Le pouvoir symbolique est un pouvoir que celui qui le subit donne à celui qui l’exerce, un crédit dont il le crédite, une fides, uneauctoritas, qu’il lui confie en plaçant en lui sa confiance. C’est un pouvoir qui existe parce que celui qui le subit croit qu’il existe. », Bourdieu (Pierre), « La représentation politique. Éléments pour une théorie du champ politique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 36-37, 1981, p. 14.

[11] . Lacroix (B.), « La « crise de la démocratie représentative en France ». Éléments pour une discussion sociologique du problème », Scalpel, vol. 1, 1994, p. 6-29.

[12] . Pour une défense et illustration de « l’anamnèse que permet le travail historique », dans l’optique de l’établissement d’une science réellement réflexive, cf. les récents développements de Pierre Bourdieu, « La cause de la science. Comment l’histoire sociale des sciences sociales peut servir le progrès de ces sciences », A.R.S.S., n° 106-107, mars 1995, en particulier p. 3.

[13] . Lacroix (B.), « La « crise de la démocratie représentative en France » (...) », art. cit., p. 24-29.

[14] . Dans la lignée de l’impulsion donnée par l’article de Daniel Gaxie, « Sur l’analyse des phénomènes électoraux. Les attentes d’un politologue », Vingtième siècle, n° 8, 1985, p. 93-105.

[15] . Ainsi Pierre Rosanvallon se contente par exemple de signaler leur existence, dans l’ouvrage qu’il a consacré à « l’histoire intellectuelle du suffrage universel en France », en notant : « L’étude des manuels électoraux est particulièrement intéressante à mener dans la perspective d’une histoire du suffrage universel. Ils visent à leur manière à une éducation de la démocratie. Ce sont souvent de véritables petits traités d’éducation morale et politique », cf. Rosanvallon (P.),Le sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Paris, Gallimard, 1992, p. 371 note 2.

[16] . Cf. sur ce point l’utile synthèse réalisée par Michel Offerlé, « Le vote comme évidence et comme énigme »,Genèses, n° 12, 1993, p. 131-151.

[17] . Élias (N.),La civilisation des moeurs, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Agora », 1976 (1ère éd. française 1973). Il s’agit du tome 1 de Über den Prozess der Zivilisation. Soziogenetische und psychogenetische Untersüchungen (1ère édition 1939 ; Francfort, Suhrkamp, 1969).

[18] . Élias (N.), id., p. 120.

[19] . « Le droit de suffrage produit la société elle même : c’est l’équivalence entre les individus qui constitue le rapport social », affirme ainsi Pierre Rosanvallon, Le sacre du citoyen (...), op. cit., p. 15.

[20] . Élias (N.), Qu’est-ce que la sociologie ?, La Tour d’Aigues, éditions de l’Aube, 1991, p. 76-77 (1ère éd. en allemand, 1970 et 1986).

[21] . Pour détourner le titre de l’ouvrage désormais classique de Karl Polanyi, La grande transformation, Paris, Gallimard, 1983 (1ère éd. 1944).

[22] . On reprend ici les éléments de synthèse offerts par Christophe Charle, Histoire sociale de la France au XIXème siècle, Paris, Seuil, 1991, p. 11.

[23] . Cf. Élias (N.), Qu’est-ce que la sociologie ?, op. cit., p. 76-81.

[24] . Cf. Gaxie (D.), Le cens caché. Inégalités culturelles et ségrégation politique, Paris, Seuil, coll. « Socologie politique », 1978, p. 46 et schéma p. 85.

[25] . Comme le montre sur un objet proche Ronald Gosselin, Les almanachs républicains. Traditions révolutionnaires et culture politique des masses populaires de Paris (1840-1851), Paris - Sainte-Foy (Canada), L’Harmattan - Presses de l’Université Laval, 1992.

[26] . L’enjeu central pour l’analyse que représente cette reformulation sémantique nous a été signalé par Bernard Lacroix.

[27] . Cf. l’usage fait de ces termes par Roger Chartier in, « Du livre au lire », Chartier (R.) éd.,Pratiques de la lecture, Paris, Payot et Rivages, 1993, p. 101 et s. (1985).

[28] . On pourra se reporter sur cette question à Garrigou (Alain), « La construction sociale du vote. Fétichisme et raison instrumentale »,Politix, n° 22, 1993, p. 5-42.

[29] . On emprunte ici l’expression à Chartier (Roger), Lectures et lecteurs dans la France de l’Ancien Régime, Paris, Seuil, p. 12 et s.

[30] . Dispositions différentielles permettant notamment de faire émerger, comme de surcroît, des formes de politisation par implication, suivant l’expression heureuse de Bernard Lacroix, « Ordre politique et ordre social. Objectivisme, objectivation et analyse politique »,in Leca (J.) et Grawitz (M.), (dir.),Traité de science politique, Paris, PUF, 1985, tome 1, p. 526.

[31] . Il reste à déterminer lesquels, au sein de ce groupe pour le moins hétérogène et lui même alors en construction.

[32] . Cf. l’étude pionnière de Yves-Henri Gaudemet, Les juristes et la vie politique de la Troisième République, Paris, PUF, 1970 ; et pour un début de dénaturalisation de « l’esprit juriste » comme esprit « naturellement » politique, conclusion à laquelle aboutissait cette étude déjà ancienne, cf. Dorandeu (R.), « Les métiers avant le métier. Savoirs éclatés et « modèle notabiliaire » », Politix, n° 28, 1994, p. 28 et s.



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