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Groupe d’analyse politique



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Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

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Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Paris Ouest Nanterre Responsables : Arnault SKORNICKI & Laurent BONELLI Calendrier des Séances 2010-2011 Le Mercredi,14h-16h — Bâtiment F – Salle des Actes (141) 17 novembre 2010 : « La mesure de l’assimilation pour la naturalisation. Technique administrative et savoir scientifique », par Abdellali Hajjat (Maître de conférence en science politique, (...)

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- Groupe d’analyse politique

- Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

- Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

- GAP : Réunion de rentrée

- Gap : Conseil de laboratoire

- Séminaire de recherche : savoirs et idéologies en politique

- Séminaire de recherche : la construction sociale de l’opération électorale

- GAP : réunion de rentrée

- GAP : séance du 1er juin 2009

- Le Gap au congrès de la Society for French Historical Studies




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Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

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L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

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Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

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- Eléments de science politique

- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

- Nouveau manuel de science politique

- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

- Les ravages de la « modernisation » universitaire

- Sociologie de la communication politique

- Amour, Gloire et Crampons. Pour une sociologie du foot

- L’ivresse des sondages

- La canonisation libérale de Tocqueville

- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




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Annonces Diverses
Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

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Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

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Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

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- Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

- Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire 2007-2008

- Lire les sciences sociales, 8 juin 2007

- Lire les sciences sociales, 16 mars 2007

- Comment étudier les idées ?(2)

- Actualité d’Abdelmalek Sayad

- Relégation urbaine et politique :comment dit-on l’injustice ?

- Comment étudier les idées ?

- Lire les sciences sociales : Quartiers sensibles

- Politique et classes populaires

- Les usages de l’histoire en science politique

- Le corps et la santé. Dialogues autour de Norbert Elias




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Membres du Gap

Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

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Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

- Un ennemi anonyme et sans visage

- Unité et diversités politiques françaises au lendemain des élections des 21 et 28 mars : essai de diagnostic sociologique

- Bien se tenir à la chambre

- Activités des membres


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Quelques membres

- Romano Joseph

- Maxime Milanesi

- Lacroix Bernard



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Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
Numéro 1

- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
- A.G. des cheminots de la gare Saint-Lazare jeudi 14 décembre 1995
- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Gérard Mauger

En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?



Je voudrais d’abord évoquer mes réticences à parler de mai 1968. La première - politique - est liée à des réminiscences. Souvenir de circonstance de la XIe thèse sur Feuerbach : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, ce qui importe, c’est de le transformer ». Ou bien Zazie : « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire ! » Mais, à cette défiance s’oppose la conviction, confortée au fil du temps, qu’une meilleure compréhension du monde social peut contribuer à le transformer et que les luttes symboliques qui opposent entre elles les diverses interprétations du monde (« ça cause, ça cause... ») ne sont pas indifférentes à sa transformation.

Ma seconde réticence est liée à un réflexe de prudence - sociologique - à l’égard des objets livrés par l’air du temps. Comment faire d’une date, d’un événement - « les événements de mai-juin 1968 » - un objet de sociologie, sans céder au come back de « l’histoire bataille » ? On peut trouver une réponse à l’objection dans Le Dimanche de Bouvines : c’est précisément « parce qu’il fait du bruit, parce qu’il est grossi par les impressions des témoins, par les illusions des historiens, parce qu’on en parle longtemps, parce que son irruption suscite un torrent de discours, que l’événement sensationnel prend son inestimable valeur », écrit Georges Duby. Sur « mai-juin 1968 » - comme sur Bouvines - on n’a pas cessé de parler et d’écrire, pendant « les événements », au cours des mois qui suivirent, puis chaque année en mai et maintenant tous les dix ans : les récits, les témoignages, les interprétations se sont accumulés.

Ma troisième réticence est liée à la dissuasion que provoque cette accumulation : tout n’a-t-il pas déjà été dit du déroulement des événements, de leurs causes et de leurs conséquences ? Pourtant, les sources restent lacunaires : on sait beaucoup de choses sur « le mai étudiant », mais beaucoup moins sur « le mai ouvrier » ; on sait « tout » sur les leaders étudiants, mais pas grand chose sur les militants de base, etc. Par ailleurs, à de rares exceptions près [1], les interprétations semblent en dire plus long sur les interprètes que sur le phénomène interprété : il faudrait montrer ce que les conflits d’interprétation qui divisent les différentes catégories de professionnels de la représentation du monde social (politiques, journalistes, sociologues) doivent aux positions qu’ils occupent dans le champ politique, médiatique, intellectuel, et aux intérêts qui en sont solidaires. D’où l’apparition d’un nouvel objet d’investigation : parce que les enjeux noués autour de ces interprétations concurrentes restent actifs dans différents champs de l’espace social (politique, médiatique, intellectuel, etc.), il faudrait entreprendre une sociologie des interprétations successives, des commémorations, des usages politico-médiatiques de mai 1968. Dans cette perspective, on peut espérer que la distance que creuse mécaniquement le temps qui passe, facilite l’objectivation...

Dans Homo academicus, Pierre Bourdieu définit mai 1968 comme un « événement critique », « origine chronologique d’une crise générale née de la conjonction soudaine de séries causales indépendantes » [2]. De cette proposition dérive un ensemble de questions. Comment rendre raison du mouvement étudiant ? Comment rendre compte du mouvement ouvrier ? Comment expliquer leur synchronisation ? Quelles ont été par ailleurs les incidences de l’événement dans les différents champs de l’espace social ?

Je m’attacherai ici à la première de ces questions : comment rendre raison sociologiquement du mouvement étudiant ? Mais je voudrais d’abord écarter un malentendu possible : ébaucher une analyse du « mai étudiant », ce n’est évidemment pas ignorer l’importance du « mai ouvrier », sans lequel le premier n’aurait certainement pas pris la forme qui fut la sienne et serait peut-être depuis longtemps oublié. Je voudrais ensuite attirer l’attention sur une double contrainte logique. D’une part, l’analyse du mouvement étudiant d’hier doit tenir compte de son absence trente ans plus tard : il s’agit donc de mettre en évidence des causes agissantes hier, aujourd’hui disparues, ou devenues inopérantes. D’autre part, elle doit rendre compte de l’essor à peu près simultané de mouvements étudiants en France, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon, etc., et de leurs analogies, mais aussi de leurs différences : il faut donc à la fois mettre en évidence des causes génériques et des déterminations spécifiques.

J’essaierai d’abord d’indiquer les principales transformations morphologiques qui affectent le monde étudiant à la fin des années soixante et les dispositions « contestataires » qu’elles engendrent, puis de rendre compte de la forme, initialement « révolutionnaire », ultérieurement « contre-culturelle », prise par cette « humeur anti-institutionnelle ».

L’humeur contestataire de la « génération de mai 68 »

Paraphrasant le Manifeste du Parti Communiste, Daniel Cohn-Bendit écrivait au lendemain de mai 68 : « un spectre hante le monde, le spectre des étudiants ». Si le monde étudiant pouvait apparaître alors, sinon comme l’avant-garde de la Révolution, du moins comme un terrain particulièrement propice à des formes radicales d’engagement politique, c’est à la fois pour des raisons génériques liées à quelques invariants de « la condition étudiante », mais surtout en raison des changements structuraux qui l’affectent : la croissance des effectifs universitaires et les menaces de déclassement qu’elle engendre, d’une part, le renforcement des incohérences statutaires lié aux progrès de l’émancipation féminine, d’autre part.

En France, entre 1958 et 1968, les effectifs de l’enseignement du second degré passent de moins de 2 millions à presque 5 millions et ceux de l’enseignement supérieur passent, dans le même temps, de 250 000 à près de 950 000. Cette croissance spectaculaire des effectifs étudiants a de multiples conséquences [3]. Les transformations du public étudiant (le recrutement n’est plus limité aux héritiers), l’inadaptation des structures et du fonctionnement universitaires (amphithéâtres surchargés et bibliothèques surpeuplées, enseignement « mandarinal » désuet [4]) sont manifestes. Mais l’accroissement des effectifs étudiants engendre aussi l’inquiétude sur les débouchés des études universitaires (i.e. la diminution des chances de chacun d’accéder aux emplois privilégiés de « salariés bourgeois » [5]) : ces transformations morphologiques du monde étudiant suscitent alors de multiples projets de réforme qui focalisent la mobilisation étudiante [6]. La critique élitiste de « l’Université au rabais » se télescope avec celle de « l’Université de classe » [7]. A l’insurrection contre l’avenir de cadre « au service du capital » se mêle le mépris affiché des carrières de cadre moyen, sur fond d’une vision enchantée de « l’intellectuel » et de « l’universitaire » [8].

Par ailleurs, l’émancipation économique des femmes, liée à la prolongation des scolarités et à la généralisation de leur accès au marché du travail, d’une part, la progressive diffusion des moyens modernes de contraception, d’autre part, impliquaient au moins virtuellement leur émancipation par rapport à la tutelle des hommes, et de ce fait, le relâchement du contrôle familial exercé sur les filles, leur émancipation sexuelle, leur accès libre au « marché des liaisons », la redéfinition (et la précarisation) du lien conjugal, toutes transformations qui induisaient la redéfinition (inachevée) des rôles féminins - des « états de femme » [9] - donc aussi celle des « états d’homme » et qui remettaient nécessairement en cause, sinon la pérennité, du moins les modalités de la domination masculine. Initialement circonscrit à des cercles relativement étroits de militantes, le mouvement féministe a contribué à cette redéfinition des états de femmes. Comme le note Michaël Pollak [10], « même si, par la suite, la politique l’emporte sur le thème de la libération sexuelle dans les discours du moment et encore plus dans les interprétations successives données de mai 68, on peut se demander si l’aspiration à la liberté sexuelle et corrélativement à l’affranchissement d’une morale du « qu’en dira-t-on ? », jugée profondément hypocrite, n’ont pas été parmi les motivations les plus mobilisatrices de mai 68, au moins pour les étudiants et les jeunes ».

L’humeur contestataire de la « génération de mai 68 » est née à la fois de ces incohérences statutaires et de l’intensification de la compétition scolaire, des menaces diffuses de déclassement, des décalages entre les aspirations et les chances objectives qui en résultent. Les « prophéties gauchistes » agissent alors comme forces organisatrices et mobilisatrices en explicitant et orientant une révolte diffuse et des aspirations confuses, semi-conscientes ou inconscientes. Sous leurs différentes formes, elles répondent à la « demande de biens de salut politique » d’une génération qui rassemble, dans le malentendu et l’équivoque, « héritiers » et intellectuels « de première génération », « prétendants à l’avant-garde intellectuelle » et intellectuels « déclassés », intellectuels « d’aspiration » et intellectuels « prolétaroïdes », etc. Demande de biens de salut politique qui se décline en demande de vision du monde capable de répondre à la question « qui suis-je ? », proposant à ceux auxquels elle s’adresse des justifications d’exister comme ils existent dans une position sociale déterminée ; demande de prophétie, à même de répondre à la question « où vais-je ? », de donner un sens à ce qu’ils sont, à partir de ce qu’ils ont à être ; demande de guide pratique proposant des réponses à la question « que faire ? » (pour travailler à faire advenir l’utopie annoncée). De façon générale, le contenu d’un « message politique » (vision du monde, prophétie, guide pratique) semble d’autant plus susceptible de satisfaire la demande d’un groupe et de le mobiliser (donc de s’imposer à lui), qu’il est en harmonie avec les intérêts éthiques, idéologiques, politiques et, en définitive, avec la position sociale de ses destinataires privilégiés. Schématiquement, on peut distinguer deux registres qui correspondent approximativement à deux phases successives de la contestation « soixante-huitarde » : le « gauchisme politique » et le « gauchisme contre-culturel » [11]. L’un et l’autre apparaissent à la fois comme l’expression d’une désillusion collective, le produit de l’appropriation, demi-savante ou profane, de représentations du monde social empruntées pour l’essentiel à la philosophie (ainsi pourrait-on mettre en évidence le dégradé d’expressions qui conduit du Capital lu par Louis Althusser au « marxisme-léninisme » du militant de base de la Gauche Prolétarienne, ou de l’Anti-OEdipe au discours « libéré » du « communautaire de base ») et comme des résultantes de l’histoire relativement autonome de « l’extrême-gauche » en France (ainsi les discours et pratiques politiques gauchistes se définissent-ils d’abord par rapport au « révisionnisme » ou au « stalinisme » du P.C.F., la « ligne politique » des maoïstes par rapport à celles des trotskistes et des anarchistes, celle de la Gauche Prolétarienne par rapport à celles des organisations maoïstes concurrentes, Parti Communiste marxiste-léniniste de France ou Vive La Révolution, etc.).

Le « gauchisme politique »

Cette humeur contestataire des étudiants s’exprime d’abord dans le langage de la vulgate marxiste dominante, c’est-à-dire sur fond d’une vision du monde social où s’affrontent « bourgeoisie » d’un côté et « prolétariat » de l’autre : « classe contre classe ». La « rupture avec la bourgeoisie » (expression « rationalisée » d’une situation conflictuelle dans l’univers familier des classes dominantes pour les héritiers ou expression radicalisée d’une difficile insertion dans l’univers étranger des classes dominantes pour les intellectuels de première génération) conduit à « rallier le camp du peuple », du « prolétariat », de « la classe ouvrière », des « larges masses » : la figure exemplaire du militant gauchiste est alors « l’établi » (étudiant devenu provisoirement ouvrier). De façon générale, le gauchisme politique peut être décrit comme un métissage de populisme et d’ascétisme, d’intellectualisme et d’anti-intellectualisme, de spontanéisme et de dogmatisme, d’orthodoxie et d’hérésie, d’ouvriérisme et d’élitisme, de marxisme-léninisme et d’anticommunisme, en proportions variables, hybridation issue de l’intériorisation d’une vision à la fois théorique et romanesque du peuple par des habitus bourgeois ou petits-bourgeois.

Comment comprendre que, sous ses diverses formes - maoïstes, trotskistes, anarchistes - il ait été l’expression - minoritaire jusqu’en mai-juin 1968, puis dominante jusqu’au tournant de 1972 - des dispositions collectives à la révolte apparues dans le monde étudiant en France au cours de la deuxième moitié des années 60 ? La révolte mêlée de ressentiment contre « l’université bourgeoise » s’étend à « l’ordre social bourgeois » tout entier : l’humeur « anti-institutionnelle », « anti-autoritaire » de la génération de mai 68 est au principe de la révolte contre « les Profs », « les Pères » et « les Patrons » (« idéologie des trois P ») [12]. La « lutte pour l’émancipation sexuelle » occupe une place centrale dans les manifestations étudiantes qui préludent aux événements de mai-juin 1968 : s’il est vrai qu’elle est ensuite disqualifiée par « la cause du peuple », l’affranchissement de « la morale bourgeoise » (centrale dans « le gauchisme contre-culturel ») a sans doute été l’un des principes déterminants - explicite, refoulé puis proclamé - des mobilisations successives de « la génération de mai 68 ». Pour comprendre l’attrait qu’exerce alors le gauchisme politique auprès des aspirants intellectuels, il faut rappeler ensuite quel était alors le crédit du P.C.F., de ses intellectuels rebelles (Paul Nizan, Roger Vailland, etc.) et de ses « compagnons de route », la position dominante du marxisme dans le champ intellectuel, les profits symboliques qui étaient alors liés à la lecture du Capital et de Lire le Capital, l’autorité de « l’intellectuel engagé », dont Sartre restait alors « le modèle », contesté dans sa prééminence par Althusser, puis par Foucault, le prestige de Hô Chi Minh et du FLN, de Che Guevara et des guerilleros d’Amérique Latine, etc. L’avant et l’après mai 68 voient la floraison d’une myriade de « petites entreprises de salut politique » - les « groupuscules gauchistes » - dotées d’organes « théoriques » et de propagande, entretenant le culte d’une prophétie et d’un prophète spécifiques (Mao, Trotski, Guevara, etc.), qui s’emploient à définir leur originalité par rapport aux concurrentes, valorisant signes distinctifs et doctrines discriminantes. Dans les luttes qui les opposent à « l’autorité instituée » (le P.C.F.), les « hérétiques » répondent à l’excommunication (« intellectuels bourgeois » ou « petits-bourgeois ») par l’anathème (« staliniens » ou « révisionnistes »). On ne peut comprendre enfin quel fut alors le crédit de la vision marxiste-léniniste du monde sans tenir compte des luttes anti-colonialistes, anti-impérialistes de l’époque (Algérie, Cuba, Viêt-nam) et de l’ampleur des grèves de mai-juin 1968 en France qui semblèrent valider empiriquement le caractère « scientifique » du marxisme-léninisme (sur la couverture des Cahiers marxistes-léninistes,organe « théorique » de l’Union des Jeunesses Communistes marxistes-léninistes, figurait cette citation de Lénine : « La théorie de Marx est toute-puissante parce qu’elle est vraie »).

Les obsèques de Pierre Overney, militant maoïste, tué par un vigile des usines Renault, furent aussi celles du gauchisme politique (1972 marque la disparition des organisations maoïstes les plus importantes et une désertion massive dans les rangs des organisations trotskistes). Comment rendre compte de son déclin accéléré moins de quatre ans après mai 68 ? S’il est vrai que les organisations, la vision du monde, le style, l’humeur gauchistes trouvèrent dans la grève générale de mai-juin 68 « la confirmation par les faits » du réalisme du projet révolutionnaire et une raison de persévérer dans leur être (« Mai a remis la révolution et la lutte de classe au centre de toute stratégie. Sans vouloir jouer aux prophètes : l’horizon 70 ou 72 de la France, c’est la révolution », écrivent alors Alain Geismar, Serge July et Erlyne Morane), la retombée des luttes ouvrières, l’audience retrouvée par les partis politiques de gauche après la signature du Programme Commun de Gouvernement, contribuèrent sans doute, à l’inverse, à l’essoufflement du mouvement gauchiste. L’activisme révolutionnaire avait pu conjurer la menace du déclassement : la période qui s’ouvre est celle des reclassements, des stratégies individuelles et collectives d’invention ou de redéfinition de positions ajustées aux aspirations. Le registre du « gauchisme contre-culturel » (version française de la contre-culture américaine diffusée sous le label « marginal » : communautés et retour à la terre, mystiques orientales et chemins de Katmandou, drogues psychédéliques, etc.) supplante alors auprès du même public celui du gauchisme politique.

Le « gauchisme contre-culturel »

Les mieux dotés en capital scolaire, économique, social, accèdent à la vie professionnelle et ouvrent de « nouveaux fronts » dans différents champs de l’espace social : création du Syndicat de la Magistrature et du Mouvement d’Action Judiciaire dans le champ juridique, du Groupe Information-Asiles dans le champ psychiatrique, du Groupe Information-Santé puis du Syndicat de la Médecine Générale dans le champ médical, de « collectifs contestataires » chez les travailleurs sociaux, les architectes, les chercheurs scientifiques, etc. L’épithète « nouveau » (des « nouveaux philosophes » à la « nouvelle cuisine ») signale l’entrée en lice des prétendants issus de la « génération de mai 68 ». Les porteurs de titres scolaires dévalués « inventent » l’agriculture, l’artisanat, le petit commerce, la presse, les écoles, les thérapies, les productions artistiques (peinture, musique, théâtre, cinéma, danse, mode, etc.), « alternatives », « parallèles ». Enfin, les moins dotés en capital scolaire, économique et social, le plus souvent issus de milieux populaires, voués aux emplois précaires déqualifiés, mais porteurs de dispositions cultivées (liées à la prolongation de la scolarité obligatoire et confortées par le militantisme gauchiste ou contre-culturel) sont les inventeurs de la « bohème populaire » (« les babas » de la fin des années 1970), version prolétarisée du style de vie « bohème » de la petite-bourgeoisie nouvelle en gestation.

L’essor du gauchisme contre-culturel est à la fois le produit de la désillusion révolutionnaire, de la conversion de l’humeur, du style, de la vision du monde qu’impliquent ces divers reclassements, de l’appropriation de la contre-culture américaine et de la vulgarisation de la « philosophie du désir », dernier cri de l’avant-garde philosophique de l’époque. « Ces gauchistes vieillissants, écrit alors Robert Linhart, cherchent, en vagues successives, une voie pour s’intégrer dans la société sans paraître, à leurs propres yeux, se renier. Encore contestataires dans la forme, ayant fait leur reddition en leur for intérieur, ils sont, pour des maîtres à penser la « déculpabilisation », la reconnaissance du désir, la « déterritorialisation », une base sociale et un public tout trouvé. Dans le cadre de la vision dichotomique du monde social héritée du gauchisme politique, ces positions de reclassement étaient alors perçues comme « ni bourgeoises, ni prolétaires », « inclassables », « utopiques » (i.e. sans lieu assignable dans une représentation du monde social divisé en « bourgeois » et « prolétaires »), « hors-système », « parallèles », « marginales ». A la vision d’une classe qui en exploite une autre se substitue celle « d’un système cerné et miné par ses marges ». Ainsi peut-on comprendre le succès soudain de la thématique de l’underground américain importée par Actuel, la vogue des chemins de Katmandou et du « retour à la terre » (marginalité spatiale), les engouements passéistes ou futuristes (marginalité temporelle), les quêtes mystiques (marginalité religieuse), ou encore le caractère emblématique des drogues contre-culturelles, véhicules pour « l’ailleurs » d’un voyage intérieur.

Le gauchisme contre-culturel est aussi connoté par la thématique du désir et de la libération jusque là refoulée et confinée dans quelques cercles de petits producteurs intellectuels « radicaux » dont les situationnistes furent sans doute les plus influents. Comment rendre compte de ce « retour du sujet » dans la conversion quasi-générale de la génération de mai 68 au gauchisme contre-culturel ? L’énigme apparente de la coexistence, dans le gauchisme politique, de l’exaltation de la révolte anti-autoritaire et d’un penchant anti-subjectiviste, d’un anti-intellectualisme plus ou moins radical et d’un engouement pour « le structuralisme » (en dépit, mais sans doute aussi à cause, du caractère abscon de la plupart des textes de reférence), peut être résolue si l’on songe que dans le cadre d’une vision du monde où s’affrontent bourgeoisie et prolétariat, il n’y avait de place que pour bourgeois ou prolétaires et que cette représentation vouait les militants gauchistes au refoulement - plus ou moins « efficace » - de leurs dispositions d’origine (« bourgeoises » ou « petits-bourgeoises ») et de leurs « penchants intellectuels » et ne leur laissait pas d’autre issue qu’une identification, plus ou moins « réussie », à une représentation à la fois populiste et ascétique du peuple : « il faut être comme les poissons dans l’eau dans les masses populaires, vivre comme elles (...). Un style de vie simple et de lutte ardue, voilà ce dont nous avons besoin pour faire affluer le sang neuf prolétarien », écrivaient alors « les maos » de La Gauche Prolétarienne. A l’abnégation gauchiste faisaient écho « la mort de l’homme », « les procès sans sujet » et « les procès contre le sujet » de la vulgate structuraliste. L’échec du gauchisme politique lève la censure sacrificielle : « on liquide le militantisme chrétien », « on ne va pas se présenter en crucifiés, adorateurs du peuple », « on veut parler avec nos tripes... on veut dire ce qu’on est, ce qu’on veut », « être nous-mêmes, c’est-à-dire un courant dans un mouvement principalement jeune, principalement issu de la petite-bourgeoisie des villes », écrivent maintenant « les ex-maos » de Vive La Révolution (V.L.R.). Cette « ressaisie de soi », cette revendication « d’être soi-même », de « retrouver des racines », de « satisfaire ses désirs », d’affirmer une identité ethnique, religieuse, de sexe, d’âge, etc., trouve un écho théorique dans l’Anti-Oedipe, nouveau bréviaire de l’implication subjective et de l’assouvissement sans entraves (bien qu’il les comprenne dans l’appareil conceptuel de la destitution de la subjectivité) [13]. Ainsi peut-on rendre compte, au moins pour partie, de l’apparition des « nouveaux » mouvements sociaux qui traversent les camps opposés de la lutte de classes - « bourgeoisie/prolétariat » - et dont le mouvement de libération des femmes forme l’avant-garde : Front de Libération des Jeunes (F.L.J.), Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (F.H.A.R.), mouvements régionalistes, etc. Sont alors fédérés « sur la base de leur désir et de leur oppression », « les pédés, les gouines, les femmes, les emprisonnés, les avortées, les asociaux, les fous ». Les oppositions à peu près équivalentes, « femmes/hommes », « jeunes/vieux », « homosexuels/hétérosexuels », « fous/ normaux », « régions/Etat », « campagne/ville », « ancien/moderne », « naturel/ artificiel », « anti-nucléaire/EDF », etc., apparaissent comme la monnaie d’un ensemble d’oppositions génériques : « désir/répression », « subversion/ conformisme », « transgression/ intégration », « dissidence/récupération », « hors-système/dans le système » et, en définitive, « marginalité/normalité ».

A l’opposition entre « bourgeois » et « prolétaires » se substitue celle entre « marge » et « système », « société » et « contre-société », intégration et contestation, ordre et dissidence, pouvoir et illégalismes, etc. La notion de « marginalité » condense en un mot un changement d’humeur, d’hexis corporelle, de goûts littéraires, artistiques, de penchants et d’intérêts libérés et comme en état de suspension après la dissolution partielle ou totale des organisations gauchistes. Le label marginal, connoté spatialement, temporellement et socialement, dénote aussi bien la sécession, la retraite, le repli, l’isolement, l’autarcie que la contestation, la dissidence, la rébellion, la révolte. Il s’applique à des pratiques et des dispositions aussi hétéroclites en apparence que la vie communautaire [14], la consommation de drogues, la route, le mysticisme, la libération sexuelle, le goût du « naturel » et des produits naturels, le zen et le yoga, etc., à des populations aussi diverses que les femmes, les jeunes, les minorités, sexuelles, religieuses, régionales, etc. C’est sous ce label que s’opèrent la définition et la redéfinition de l’ensemble des positions de l’espace social qu’investissent alors d’ex-étudiants plus ou moins menacés de déclassement, « déçus par la classe ouvrière » et encore mal réconciliés avec leurs familles d’origine (« bourgeoises » ou « petite-bourgeoises ») : néo-paysans, artisans, commerçants, journalistes, animateurs et éducateurs, thérapeutes des âmes et des corps, « à l’enseigne du parallèle », artistes « underground », enseignants, chercheurs, médecins, avocats, architectes « contestataires ». « Marginal » est la griffe sous laquelle s’est définie la petite-bourgeoisie nouvelle : le gauchisme contre-culturel caractérise son humeur, son style, son idéologie, et la vision qu’elle a alors de la position qu’elle occupe dans l’espace social [15].

Etudiants d’hier, étudiants d’aujourd’hui

La révolte contre la famille et l’ordre moral qui résultait, dans les années 1960, des incohérences statutaires de « la condition étudiante » a sans doute beaucoup perdu de sa force avec le développement de la contraception, la liberté de l’avortement et le rapprochement des attitudes des parents et des jeunes à l’égard de la morale quotidienne et de la morale sexuelle en particulier.

A l’inverse, l’inflation et la dévaluation des titres scolaires n’ont pas pris fin avec les évènements de mai-juin 1968 : comment alors rendre compte du fait que des situations identiques (en fait, aggravées) aient pu produire des réactions différentes, voire opposées ? On peut supposer que les nouvelles générations scolaires ont pris conscience de l’inflation-dévaluation des titres scolaires et du nouveau cours des titres sur le marché du travail et que, plus réalistes, mieux informées, elles sont moins exposées aux désillusions, au désenchantement. Par ailleurs, les tensions croissantes sur le marché du travail à partir de la deuxième moitié des années 1970, ont nécessairement eu des incidences multiples sur les stratégies individuelles et collectives de lutte contre le déclassement. Faute de pouvoir accéder à des positions ajustées aux dispositions, reste à ajuster les dispositions aux positions, à intérioriser l’ordre des successions, la nouvelle correspondance entre les titres et les postes : la jeunesse apparaît alors comme le temps nécessaire au deuil des illusions.

Mais s’il en est ainsi, c’est aussi et peut-être surtout, parce que les schèmes de représentation et d’action face au déclassement (le Zeitgeist, l’humeur, la doxa)transmis, proposés en modèles, inculqués, aux nouvelles générations, se sont transformés au fil du temps. Le travail de dévalorisation, de disqualification du militantisme, de dénonciation du marxisme et de la pensée critique, systématiquement mené en France dans le champ politique, médiatique, intellectuel, depuis une vingtaine d’années a peut-être contribué aussi efficacement que « la crise » à la démobilisation, au découragement.




[1] . Dans la production récente, cf. le livre de Marie-Claire Lavabre et Henri Rey, Les mouvements de 1968, Firenze, Casterman/Giunti, 1998.

[2] . Pierre Bourdieu, Homo academicus, Paris, Editions de Minuit, 1984.

[3] . Mais cette croissance des effectifs et les tensions qu’elle engendre varient beaucoup d’une faculté à l’autre. La sélectivité, différentielle selon les facultés, s’accompagne d’une différenciation sociale accrue. Si le nombre des diplômes délivrés s’accroît partout, l’inflation qui reste faible en médecine, atteint son maximum en lettres.

[4] . La critique anti-autoritaire, anti-hiérarchique se double d’une critique des contenus : à New York, à Londres, à Berlin se mettent en place des anti ou contre-universités.

[5] . Sur ce sujet, cf. Luc Boltanski, Les cadres. La formation d’un groupe social, Paris, Editions de Minuit, 1982.

[6] . En France le plan Fouchet prévoit la mise en place d’un cycle court en 2 ans, ouvrant la porte à la sélection à l’entrée de l’université au nom de l’adaptation des formations. En Italie, où les effectifs étudiants passent de 300 000 en 1960 à 500 000 en 1968, les étudiants se mobilisent contre le projet de réforme Gué qui cherche à adapter l’université au gonflement des effectifs et aux exigences nouvelles de l’économie. En Allemagne, le SDS se mobilise contre la réforme universitaire suspectée d’engager la soumission de l’université aux besoins du capitalisme.

[7] . Sur ce sujet, cf. Nicole de Maupeou-Abboud, Ouverture du ghetto étudiant. La gauche étudiante à la recherche d’un nouveau mode d’intervention politique (1960-1970), Paris, Editions Anthropos, 1974.

[8] . Cf. l’indétermination de Jérôme et Sylvie (les héros du roman de Georges Pérec,Les choses. publié chez Julliard en 1965) confrontés au champ des possibles professionnels qui était alors celui de deux jeunes psychosiociologues, « fils de petits-bourgeois sans envergure, puis étudiants amorphes et indifférenciés ».

[9] . La formule est empruntée à Nathalie Heinich (Etats de femmes, Paris, Editions Gallimard, 1996). A ces transformations de la condition féminine correspond dans la terminologie qu’elle propose, « l’état de femme déliée ».

[10] . Michaël Pollak, « Signes de crise, signes de changement », Cahiers de l’IHTP, « Mai 68 et les Sciences Sociales », n°11, avril 1989, p. 9-20.

[11] . Sur ce sujet, cf. Gérard Mauger, « Gauchisme, contre-culture et néo-libéralisme. Pour une histoire de la génération de mai 68 », in CURAPP, L’identité politique, Paris, PUF, 1994, p. 206-226.

[12] . Sur ce sujet, cf. Pierre Bourdieu, « Classement, déclassement, reclassement », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 24, novembre 1978, p. 2-22.

[13] . Sur ce sujet, cf. Louis Pinto, « Mai 68 et le rapport des philosophes aux sciences de l’homme », Les Cahiers de l’IHTP, n°11, avril 1989.

[14] . Sur ce sujet, cf. Bernard Lacroix, L’utopie communautaire, Paris, PUF, 1981.

[15] . Sur ce sujet, cf. Pierre Bourdieu, La distinction. Critique sociale du jugement, Paris Editions de Minuit, 1979.



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