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Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

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Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Paris Ouest Nanterre Responsables : Arnault SKORNICKI & Laurent BONELLI Calendrier des Séances 2010-2011 Le Mercredi,14h-16h — Bâtiment F – Salle des Actes (141) 17 novembre 2010 : « La mesure de l’assimilation pour la naturalisation. Technique administrative et savoir scientifique », par Abdellali Hajjat (Maître de conférence en science politique, (...)

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Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

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L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

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Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

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- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

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- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

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- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




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Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

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Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

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Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

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- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

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Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

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Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

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Quelques membres

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Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
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- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
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- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Alain Garrigou

Un document d’André Siegfried



LES DOSSIERS d’invalidation des élections anciennes sont particulièrement riches. Cette source garde en effet des traces précises des compétitions électorales, de la structure des réseaux, de certains aspects occultes des tractations, de la réalité ethnographique des élections et d’un univers fantasmatique des luttes politiques. En outre, leur moindre mérite n’est pas de permettre un accès direct à des paroles d’électeurs disparus qu’on ne connaît guère autrement que par des témoignages.Parmi plusieurs raisons qui expliquent qu’on les ait négligées, le préjugé normatif a détourné l’attention des irrégularités et déviances. Faute d’une problématique de la construction des normes, on ne pouvait concevoir la genèse de l’institution électorale.

Dans le cadre du contrôle de régularité mené par les assemblées parlementaires sous la IIIè République, chaque élection devait passer l’épreuve de validation. Simple formalité pour celles qui n’étaient point contestées. En cas de contestation, les candidats élaboraient un dossier rassemblant leur protestation ou contre-protestation, des témoignages, des pétitions et diverses pièces à convictions. Ce dossier servait à la sous-commission chargée de présenter un avis à l’assemblée par la voix de son rapporteur. Parfois, une enquête était ordonnée qui emmenait une délégation de parlementaires faire des auditions sur les lieux mêmes du litige. L’élection d’avril 1902 dans la circonscription de Castellane donna lieu à une telle contestation et, sans qu’une enquête fut jugée nécessaire, le député Boni de Castellane fut invalidé. Une nouvelle élection eut donc lieu en janvier 1903 et souleva d’ailleurs une nouvelle contestation vite abandonnée.

Le dossier d’invalidation (Archives nationales, C 7180) se présente selon les formes habituelles. La personne du protestataire retient néanmoins l’attention puisque le candidat battu était André Siegfried. Si cela n’apporte rien de particulier à notre connaissance des élections, en va-t-il de même quant à la connaissance des conditions dans lesquelles fut conçu le projet d’analyse scientifique des élections ? L’auteur du Tableau politique de la France de l’Ouest a en effet souligné l’importance de l’expérience électorale comme condition de la connaissance, à la fois en se prévalant de sa propre expérience (quoique de manière feutrée) et en s’appuyant volontiers sur l’expérience des politiciens dont, à propos de la stabilité électorale, il écrivait dès le début du Tableau qu’elle « n’ignore pas ces facteurs solides du jeu électoral ».

La candidature d’A. Siegfried dans les Basses-Alpes paraît quelque peu incongrue. Ayant 27 ans et souhaitant « faire une carrière politique » comme il le déclara plus tard, la circonscription de Castellane, rurale et montagneuse, éloignée de Paris et difficile d’accès, n’offrait pas un terrain favorable. Un jeune héritier de famille bourgeoise, protestante et républicaine avait-il le choix ? Son parrain dans la politique bas-alpine fut Gustave Hubbard, député de la circonscription voisine depuis 1900. Son adversaire, le comte Boniface de Castellane n’était pas, contre toute apparence, un membre d’une noblesse aux racines locales multiséculaires mais un riche aristocrate parisien ayant enlevé la circonscription au député républicain Deloncle en 1898. Dans les circonstances politiques d’alors, il faisait figure d’un de ces « ploutocrates réactionnaires » que le Bloc des gauches devait combattre. On comprend mieux les raisons de la candidature d’A. Siegfried : reprendre une circonscription constituait une épreuve pour un jeune prétendant à la carrière politique, la reprendre à un élu fortuné censé avoir triomphé par une gigantesque corruption imposait que ce prétendant fut lui-même capable de dépenser beaucoup d’argent pour être élu.

Les efforts d’A. Siegfried furent vains. Assez largement battu et poussé par ses partisans locaux, il s’engagea dans une procédure de contestation. Il réunit les divers témoignages sur les pratiques de corruption électorale et rédigea une synthèse du déroulement de la campagne de son adversaire. Ce document constitue sans doute son premier travail systématique sur une élection. Bien sûr, il répondait à d’autres préoccupations que celle de la connaissance scientifique. Son objectif politique conduisait à se fixer sur la dénonciation des irrégularités. Il n’empêche qu’au-delà de l’expérience d’une campagne électorale qui fut d’ailleurs renouvelée en 1903, A. Siegfried collecta les témoignages et faits d’une véritable enquête. Il n’est pas sans ironie que cette enquête s’attache surtout à la corruption politique, c’est à dire la dénégation de l’opinion alors que son auteur eut l’ambition de fonder une science politique à partir de l’analyse de la manifestation de l’opinion dans le vote. Est-ce seulement ironie ?

En vertu des critères de régularité et de légitimité de l’élection, la protestation était placée sous l’invocation de l’opinion. Celle-ci aurait été hostile au député sortant. Ainsi, n’aurait-il pu l’emporter qu’en la déformant par des irrégularités. Comment un candidat arrivé deux mois avant la date du scrutin pouvait-il le savoir ? En fait, il ne faisait que se conformer à la norme. À l’égal de tout autre candidat mieux à même d’en juger, il aurait été bien en mal d’apporter des preuves. L’invocation était une ouverture de principe fondée en principe. L’appréciation était à la discrétion des parlementaires, de leurs calculs partisans et fondée sur les faits exposés. Ceux-ci portaient sur la corruption à l’exclusion de la fraude et de la pression. Cette particularité assez exceptionnelle donnait quelques indications sur les modalités de production des votes et donc sur les caractéristiques d’une société locale, pauvre mais sans domination sociale forte et organisation politique puissante. Dans l’ensemble, les irrégularités décrites donnaient une image fidèle des élections dans l’arrondissement avec son mélange de démarchage et de rituels festifs. L’accusation restait forcément univoque tout en suggérant que son auteur avait mal pu se dispenser de recourir à des moyens équivalents. La contre protestation de Boni de Castellane en faisait l’inventaire, non sans excès et beaucoup d’aplomb. Il y ajoutait l’accusation de candidature officielle. A. Siegfried avait en effet bénéficié d’un soutien dont certaines modalités restèrent ignorées du député sortant qui se serait plus senti dans son droit.

A. Siegfried ne dressait pas seulement un « tableau », selon son expression, des irrégularités mais de la représentation de la déviance. Si la matérialité des faits doit être soumise au doute, leur définition normative relève de l’évidence. Un examen plus sceptique permet pourtant d’y lire le processus de construction des normes. Ainsi après avoir pris ses précautions en concédant le caractère licite des « charités électorales », A. Siegfried n’en accusait pas moins son adversaire d’avoir promis de l’argent et des travaux aux communes. N’était-ce pas ce qu’un candidat doit offrir aux électeurs et qu’A. Siegfried n’avait pu éviter dans sa propre campagne de janvier 1903 en se faisant en outre accompagner par son père Jules Siegfried, présenté comme ancien ministre et homme d’influence pour mieux garantir la valeur des promesses de travaux ? Les promesses n’étaient donc point équivalentes en droit. Seules légitimes étaient celles qui engageaient l’argent public et non point celles qu’un candidat faisait sur ses propres deniers. Ce qui se présente comme un arbitraire, à certains égards cocasse, définissait les moyens légitimes de la compétition électorale que des entrepreneurs politiques avaient su faire prévaloir contre les ressources propres des notables ou simplement d’hommes fortunés comme Boni de Castellane. À sa place, tardive et au milieu de beaucoup d’autres, la protestation d’A. Siegfried participait à la croisade de correction de l’expression électorale. En somme, avant d’avoir fait l’analyse des opinions dans les votes, A. Siegfried avait oeuvré en praticien à l’avènement de l’opinion dans les votes.

Protestation contre l’élection de M. Boni de Castellane le 27 avril dans l’arrondissement de Castellane (Basses-Alpes) Le 31 mai 1902 226, boulevard St Germain, Paris

À M. le Président de la Chambre des Députés

Monsieur le Président

J’ai l’honneur de vous transmettre un grand nombre de protestations qui vous sont adressées contre l’élection de M. de Castellane, par des électeurs de l’arrondissement. J’y joins ma protestation personnelle contre les moyens qui ont été employés par M. de Castellane et ses agents au cours de la campagne électorale.

Au moment où la période électorale s’est ouverte, la situation du député sortant était gravement compromise dans plusieurs cantons, notamment ceux de Colmar, d’Annot et d’Entrevaux. Beaucoup de communes lui faisaient mauvais accueil, et il était facile de constater que dans un grand nombre de localités, l’opinion publique se tournait contre lui. Il se trouve que ce sont justement quelques unes de ces communes (Braux, Saint Benoît, Entrevaux, Blieux, Colmar, Thorame Haute, etc.) qui lui ont donné ses plus fortes majorités. De même les trois cantons mentionnés plus haut (Colmar, Annot, Entrevaux) ont été retournés en quelques jours, par des procédés que nous devons indiquer à la Chambre et qui sont assurément condamnables.

Après avoir essayé pendant plusieurs semaines de se faire passer pour le candidat agréable au gouvernement, M. de Castellane a renoncé à cette tactique et n’a plus guère employé que des moyens de corruption que nous pouvons diviser en plusieurs catégories : 1° Les charités électorales ; 2° Les promesses d’argent et de travaux aux communes ; 3° Les manifestations en masse et les rastels ; 4° L’achat individuel des votes par des dons et des promesses d’argent.

Nous allons passer rapidement en revue ces différentes formes de corruption, en renvoyant pour chacun des principaux faits aux protestations jointes à ce dossier. Nous avons classé les protestations dans quatre chemises différentes. A : Protestations générales. B : Charités électorales. C : Promesses et dons aux communes. D : Manifestations et rastels. E : Achat individuel des votes par dons et promesses d’argent (en fait cinq chemises, erreur qui semble indiquer la rapidité du travail exécuté).

Nous ferons remarquer que seule une enquête pourrait révéler en très grand nombre les faits les plus graves, car ils ne peuvent être atteints que par des commissaires ayant le pouvoir de juges d’instruction. Nous ferons observer aussi que la légalisation de plusieurs signatures a été rendue impossible en fait par la mauvaise volonté de maires politiquement hostiles. Les faits constatés par les pièces ci-jointes ne sont du reste que représentatifs et indicatifs de ce qui s’est réellement passé sur une très grande échelle ; ils donnent le ton de la campagne.

1° - Les charités électorales

Les charités électorales d’un député ne sauraient d’une façon générale être considérées comme des actes de corruption. Toutefois celles de M. de Castellane ont pris, au moment de la période électorale une forme qui doit les rendre suspectes aux yeux les moins prévenus.

C’est ainsi que fut organisée, au mois de décembre 1901, une oeuvre de charité, destinée à venir au secours des familles nécessiteuses. Divers avis furent publiés ; nous les joignons au dossier. Le détenteur d’un bon émis par les agents n’avait qu’à se présenter chez les fournisseurs auprès desquels il était accrédité et recevait des marchandises pour une somme fixée sur le bon numéroté qu’il avait reçu. Comme M. Daumas, maire d’Annot et conseiller d’arrondissement, le fait remarquer : « Depuis quatre ans que M. le comte de Castellane est député, jamais aucun bon n’avait été distribué. Ce n’est donc que pour acheter les électeurs que cette oeuvre, dite de secours, a été organisée immédiatement avant les élections et que des bons ont été distribués à presque tous les électeurs ».

Les mêmes reproches sont adressés à l’oeuvre de secours de M. de Castellane dans une protestation, signée de 40 citoyens d’Entrevaux.

À côté de cette charité ainsi faite directement, le député avait imaginé un moyen de propagande infiniment plus habile. Un docteur subventionné par lui fut installé dans le canton d’Annot, malgré la présence dans ce canton d’un excellent médecin, le docteur Jacquet, mais qui était adversaire politique du comte de Castellane.

Enfin, pour sortir un peu de la question des charités, un établissement de prostitution de Saint-André s’entendit paraît-il avec les agents du comte, pendant la période électorale. Des bons pour fournitures diverses permettaient aux électeurs d’y demander un certain genre de consommations. Il ne s’agit là que d’une rumeur publique dont une enquête pourrait seule établir l’exactitude. Les divers procédés dont nous venons de parler, furent employés plusieurs mois avant les élections alors qu’aucune candidature sérieuse ne s’était encore produite. C’étaient des travaux d’approche qui allèrent de reste s’accentuant, à mesure que les élections devenaient plus proches.

Lorsque M. de Castellane commença sa tournée des communes, il s’engagea dans une voie de promesses d’argent et de travaux dont nous allons parler maintenant.

2 ° - Promesses d’argent et de travaux aux communes.

Les communes de l’arrondissement sont très pauvres ; les travaux à exécuter, tels que routes, fontaines, fours, etc. sont nombreux. C’est un moyen presque sûr d’obtenir les voix que de faire exécuter soi-même ces travaux ou de les promettre d’une façon formelle. Ces dons ou promesses ont été faits sur une large échelle. On pourrait dire qu’il n’y a pas de commune où quelque promesse de ce genre n’ait été faite. Tantôt l’argent a été donné immédiatement, tantôt il a été promis, et ceux qui le promettaient ont eu bien soin de faire remarquer qu’ils ne pouvaient rien sur le moment parce que cela était défendu et que cela pourrait faire casser l’élection...

Nous renvoyons ici aux différentes pièces du dossier (chemise C) qui sont relatives à la réfection d’un chemin à Chabrières, à la promesse d’une fontaine à Blieux, à un four à Chaumié, enfin à la promesse d’une somme de 8.000 frcs. destinée à la construction d’un canal à Saint Benoît. Ce dernier cas est le plus grave car la promesse a été faite ouvertement, en réunion publique. M. de Castellane a dit en propres termes : « Je ne puis donner moi-même les 60.000 frcs. qui sont nécessaires pour la construction du canal d’arrosage projeté ; mais réalisez votre emprunt et s’il vous manque 7 à 8.000 frcs. je les fournirai, comme je l’ai fait à Méailles ». Ce n’est un secret pour personne que la majorité du député sortant dans la commune de Saint Benoît est due uniquement à cette promesse, car cette commune est une de celles qui s’étaient le plus nettement prononcées contre lui, et qui, à l’élection du conseil d’arrondissement, il y a quelque mois, avait donné une forte majorité à ses adversaires.

À côté des promesses de travaux publics, il faut mentionner les dons et promesses d’argent qui ont été faits aux communes, d’ordinaire par l’intermédiaire des maires, devenus ainsi de chauds partisans, intéressés à la réélection du député sortant...

3° - Manifestations et rastels

Les manifestations en masse et les rastels ont ensuite joué un rôle prépondérant dans la campagne. Les rastels ont été la plupart du temps organisés sans manifestations correspondantes. Mais les manifestations ont toujours été accompagnées de rastels qui en étaient naturellement la première attraction. Lorsqu’il s’agissait de frapper un grand coup et de produire de l’impression dans la commune, il fallait pour avoir une assistance nombreuse faire venir des gens des autres communes et même des autres cantons. Ces jours-là, les communes en question se remplissaient d’une foule de gens venus du dehors et qui apparaissaient comme des étrangers aux habitants de la localité.

Naturellement, ces manifestants étaient payés, d’abord un fixe pour la journée, ensuite leurs dépenses de transport étaient réglées ; enfin, ils avaient table ouverte dans les cafés et les restaurants. Un certain jour même, à Annot, la pluie tombant à torrents, il fut donné à chacun d’eux un parapluie. Trois grandes manifestations de cette espèce furent organisées, le 25 mars à Annot, à l’occasion de la présence du préfet pour le conseil de révision, le 20 avril à Castellane, le 25 avril à Entrevaux...

Il convient de remarquer que ces mouvements de population étaient effectués dans un pays privé de chemins de fer, à circulation difficile, et que pour opérer ces transports, il fallait réquisitionner tous les véhicules de la région à prix d’or...

4° - Achat individuel des votes par des dons et promesses d’argent

Nous avons dit que les banquets constituaient en quelque sorte des travaux d’approche. Il s’agissait ensuite de gagner les voix individuellement et de retourner les nombreuses communes qui se montraient hostiles à la candidature du comte de Castellane. Dans ce but, une huitaine de jours environ avant le scrutin, les agents de M. de Castellane partirent en tournée. Chaque matin, deux ou trois agents allaient visiter une commune pour s’y entretenir seul à seul avec les électeurs...

La corruption du samedi et du dimanche a été en effet scandaleuse. Un citoyen de Saint André, interrogé sur la journée de vote dans sa commune a dit : « On se vendait comme à la foire aux bestiaux ». Suivant une ruse classique, beaucoup d’électeurs ont attendu jusqu’à l’après-midi pour voter, afin de faire un marchandage plus profitable. Le bruit a couru que dans le canton de Senez, des abstentions ont été achetées, vers la fin de la journée de 20 à 30 fr. Les sommes dépensées pendant ces deux jours ont été énormes. Il est de notoriété publique que dans les bureaux de poste, notamment à Castellane, il a été envoyé des bons de poste et des mandats télégraphiques pour des sommes considérables, dont les agents du comte de Castellane pourraient difficilement justifier l’usage...

Ainsi, pour résumer cette protestation, la campagne de M. de Castellane a été commencée par des dons et promesses aux communes, continuée par des manifestations qui ont servi de prétexte à des rastels formidables. Puis, pendant la dernière semaine des banquets ont été offerts à tous les électeurs. Enfin, la veille et le jour du scrutin, l’argent a parachevé l’oeuvre commencée par l’achat de la main à la main des votes et même des abstentions. Dans ces conditions, la majorité de M. de Castellane est due à la corruption et je demande qu’elle soit invalidée. Si malgré les faits très probants du dossier ci-joint, la Chambre ne se juge pas suffisamment éclairée, je demande qu’il soit procédé à une enquête, qui montrera que le tableau que nous venons de faire des procédés électoraux de cette campagne est encore au-dessous de la vérité.

André Siegfried






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