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Groupe d’analyse politique



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Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

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Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Paris Ouest Nanterre Responsables : Arnault SKORNICKI & Laurent BONELLI Calendrier des Séances 2010-2011 Le Mercredi,14h-16h — Bâtiment F – Salle des Actes (141) 17 novembre 2010 : « La mesure de l’assimilation pour la naturalisation. Technique administrative et savoir scientifique », par Abdellali Hajjat (Maître de conférence en science politique, (...)

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- Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

- Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

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- Séminaire de recherche : savoirs et idéologies en politique

- Séminaire de recherche : la construction sociale de l’opération électorale

- GAP : réunion de rentrée

- GAP : séance du 1er juin 2009

- Le Gap au congrès de la Society for French Historical Studies




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Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

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L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

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Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

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- Eléments de science politique

- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

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- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

- Les ravages de la « modernisation » universitaire

- Sociologie de la communication politique

- Amour, Gloire et Crampons. Pour une sociologie du foot

- L’ivresse des sondages

- La canonisation libérale de Tocqueville

- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




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Annonces Diverses
Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

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Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

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Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

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- Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

- Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire 2007-2008

- Lire les sciences sociales, 8 juin 2007

- Lire les sciences sociales, 16 mars 2007

- Comment étudier les idées ?(2)

- Actualité d’Abdelmalek Sayad

- Relégation urbaine et politique :comment dit-on l’injustice ?

- Comment étudier les idées ?

- Lire les sciences sociales : Quartiers sensibles

- Politique et classes populaires

- Les usages de l’histoire en science politique

- Le corps et la santé. Dialogues autour de Norbert Elias




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Membres du Gap

Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

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Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

- Un ennemi anonyme et sans visage

- Unité et diversités politiques françaises au lendemain des élections des 21 et 28 mars : essai de diagnostic sociologique

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Quelques membres

- Fayat Hervé

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Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
Numéro 1

- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
- A.G. des cheminots de la gare Saint-Lazare jeudi 14 décembre 1995
- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Michel Dobry

Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations



L’ANALYSE des idéologies peut sans doute tenir pour acquis le rapport étroit qu’entretiennent les « poussées idéologiques » , quel qu’en soit le contenu, religieux ou profane, avec le passage des sociétés globales et de segments sociaux en leur sein à un état plus ou moins critique [1]. Les difficultés surgissent en revanche dès qu’il s’agit de préciser la nature de ce rapport, dès que l’on s’interroge sur la manière dont se constituent, s’organisent et se transforment, selon les conjonctures, les systèmes de représentations et sur les processus par lesquels ces systèmes gagnent, maintiennent ou perdent leur efficacité, c’est-à-dire leur emprise sur les groupes et les individus. Même si elle a pour objet privilégié de comprendre l’émergence des comportements collectifs, la construction conceptuelle que Neil J. Smelser a proposée dans son ouvrageTheory of collective behaviorprésente l’avantage rare d’une exploration systématiquede lazone d’ombre que delimitent, grossièrement, ces quelques questions [2].On y trouve en effet à l’oeuvre une hypothèse originale sur la dynamique des représentations et l’on peut constater que cette hypothèse est au principe de la définition des comportements collectifs, à partir des types de croyances qui leur sont associés. C’est cet aspect de la construction très complexe de N. J. Smelser que nous nous attacherons à mettre d’abord en évidence, avant de nous en servir comme d’un guide dans la reconnaissance des problèmes ardus auxquels est confrontée toute investigation dans ce domaine. Ce n’est que marginalement que l’on tentera d’esquisser, toujours par le biais de la discussion des conceptions de N. J. Smelser, quelques orientations de travail alternatives.

L’ambition de N. J. Smelser est de rendre compte de l’apparition et des caractéristiques de divers types de comportements ou de mouvements collectifs à l’aide d’une approche unique et relativement simple, le schème de la « valeur ajoutée » . Le comportement collectif est décrit en tant que résultat d’un processus social de production dans lequel plusieurs déterminants distincts, mais toujours présents, peuvent se combiner de différentes manières pour façonner les caractéristiques originales de chaque type de comportement collectif. Dans ce processus chaque déterminant apporte une valeur ajoutée spécifique tout comme dans la production d’objets manufacturés chaque étape de la production a pour effet de spécifier, individualiser et achever davantage le produit final [3]. Selon les combinaisons des divers déterminants et la nature, variable, de chaque déterminant, on aura en tant que résultat de ces processus une panique, une rumeur, une explosion d’hostilité ou encore un mouvement social mettant en cause les normes et valeurs ultimes de la société.

Les divers déterminants isolés sont donc des catégories abstraites dont le contenu effectif peut varier. Prenons l’exemple d’un déterminant essentiel que N. J. Smelser appelle la conductivité structurelle. Cette notion, à aucun momentvraiment définie, renvoie aux structures ou arrangements sociaux. Ils permettent à certains mouvements de se propager et, à l’opposé ne sont guère « conductifs » pour d’autres. Ainsi, parmi les éléments structuraux qui rendent possibles des paniques, dont, par exemple, les paniques boursières, N. J. Smelser relève l’accès limité à la possibilité de fuite physique ou de retrait de ressources et simultanément, un contexte situationnel ou institutionnel dans lequel l’information peut aisément circuler, ne serait-ce que sous la forme élémentaire d’états émotionnels visibles pour les autres protagonistes de l’interaction [4]. Autre illustration : pour qu’il y ait un mouvement social affectant les valeurs d’une société, ou un mouvement orienté vers les valeurs, il faut en revanche que des groupes sociaux soient privés des moyens - notamment de canaux institutionnels - de faire valoir leurs intérêts ou revendications ; qu’ils soient, par exemple, dépourvus de toute représentation au sein du système politique [5].

Mais la conductivité des structures sociales ne suffit pas : il faut encore, pour qu’émerge un comportement collectif donné, qu’interviennent les autres déterminants isolés par N. J. Smelser. Ce sont :

- la tension structurelle (structural strain) qui désorganise l’univers des représentations, anticipations et normes et affecte de cette manière, dans la perspective fonctionnaliste de N. J. Smelser, les conditions de la persistance de l’ordre social. Les phénomènes de frustration relative, les écarts entre des attentes légitimes et certains aspects de la réalité, constituent l’une des variantes classiques de ce déterrninant des comportements collectifs ;

- l’émergence et l’expansion d’une croyance ; nous reviendrons longuement sur ce point mais soulignons dès maintenant que le contenu de cette croyance peut être extrêmement variable puisque N. J. Smelser fait entrer dans cette catégorie tant les représentations associées à un mouvement de panique que les idéologies, c’est-à-dire des ensembles de représentations davantage systématisées ;

- et, enfin, l’activité de contrôle social, c’est-à-dire les types divers de réponse des agences de contrôle social au début d’une matérialisation d’un comportement collectif [6].

C’est la constellation spécifique de ces divers déterminants qui expliquera l’apparition d’un type particulier de comportement collectif, chaque déterminant, par son contenu variable, contribuant à dessiner les traits originaux du produit final. Mais on remarquera aussi que, dans ce processus de valeur ajoutée, deux déterminants renvoient directement à l’univers des représentations. La place décisive de ces dernières tient pourtant à un tout autre aspect de la construction de N. J. Smelser.

*

Curieusement, l’hypothèse qui nous intéresse, parce qu’elle est grosse d’une théorie de la dynamique des représentations, est énoncée presque indépendamment de ce cadre théorique. Selon N. J. Smelser seuls les processus de valeur ajoutée ont, dans cette construction, quelque vertu explicative et les propositions qui portent sur l’organisation des représentations ne concerneraient qu’un « langage », terminologie et ne sauraient constituer une source directe d’hypothèses explicatives [7]. La dynamique des représentations n’a pas, de ce fait, rencontré la même attention que la logique de la valeur ajoutée, alors même que sa place dans la construction proposée par N. J. Smelser, malgré ce qu’il en dit, est tout à fait centrale.

Dans la perspective de N. J. Smelser, le comportement collectif a en effet pour résultat de reconstituer les conditions de l’action sociale affectées par un type quelconque de tension structurelle. Cette reconstitution se fait au moyen d’une croyance (ou d’un système de croyances) qui court-circuite les processus par lesquels l’action sociale et ses différentes composantes sont progressivement spécifiées. Il s’agit donc d’une hypothèse très précise :

a) sur l’organisation interne des croyances associées aux comportements collectifs (absence de spécification progressive),

b) sur ce qui les oppose aux représentations associées aux processus institutionnels (caractérisées par une spécification progressive justement),

c) sur la fonction de ces croyances dans les périodes d’effritement ou d’écroulement de l’ordre social (la reconstitution des conditions de l’action sociale),

d) sur le ressort de leur emprise sociale (sont-elles capables, vis-à-vis des segments sociaux affectés par telle forme de tension structurelle de reconstituer les conditions de l’action sociale ?).

Explicitons davantage les divers éléments de cette hypothèse que l’on vient de présenter sous une forme très concise. Il apparaît d’abord très clairement que toutes ces propositions sont étroitement solidaires d’une théorie sociologique de l’action qui, à la différence du schème de la valeur ajoutée, représente le cadre conceptuel véritable de la notion de court-circuitage. S’inspirant, en gros, des conceptions de T. Parsons - notamment de sa hiérarchie cybernétique des composantes structurales du système social et de contrôle de l’action - N. J. Smelser distingue quatre composantes hiérarchisées de l’action :

- les valeurs, buts ou objectifs généraux, guides les plus larges des comportements sociaux finalisés (purposive), tels que, par exemple, la « libre entreprise » ou la « démocratie » ;

- les normes,règles concernant la régulation de l’activité qui correspond à la poursuite des valeurs ;

- la mobilisation de la motivation des acteursau travers des rôles organisés, notamment la structure et le système de récompenses qu’offrent les organisations sociales qui sont le support de cette motivation ;

- l’équipement situationnel(situational facilities) qui permet d’atteindre des objectifs concrets dans le cadre de l’organisation ; il s’agit de la connaissance, par l’acteur, des caractéristiques de son environnement et des moyens de le modifier [8].

La hiérarchie que forment ces composantes peut être caractérisée par les deux propositions suivantes : 1. lorsque l’on se déplace des valeurs vers l’équipement situationnel, les détails concrets de l’action font l’objet d’une définition de plus en plus spécifique et de plus en plus précise (nous avons ici le premier aspect de la spécification progressive caractéristique, selon N. J. Smelser, de l’organisation routinière des univers de représentations) ; 2. lorsque l’on se déplace des valeurs vers l’équipement situationnel, les composantes deviennent de moins en moins centrales ou décisives pour l’intégration de l’ordre social. C’est-à-dire que toute redéfinition d’un élément de l’action sociale implique nécessairement une redéfinition des composantes intérieures, mais ne rend pas nécessaire une redéfinition des composantes d’un rang supérieur [9].

Cette hiérarchie des composantes de l’action se dédouble en outre en une autre hiérarchie à l’intérieur de chaque composante : N. J. Smelser distingue sept niveaux de spécificité qui rendent chaque composante davantage « applicable » - c’est-à-dire qui la définissent d’une manière de plus en plus spécifique et de plus en plus étroite [10]. Le tableau que nous reproduisons ci-dessous [11] rend compte de la combinaison des deux hiérarchies. La règle de lecture pertinente sera ici du même type que celle que l’on vient d’énoncer : toute redéfinition d’une composante de l’action en quelque point (ou niveau) que ce soit implique une redéfinition de l’ensemble des éléments en dessous et à la droite de ce point [12].

Cette règle de lecture nous permet de circonscrire d’une manière plus précise l’hypothèse fondamentale de N. J. Smelser : toute tension structurelle affecte une des quatre composantes fondamentales de l’action sociale aux échelons les plus « opératifs » (les plus spécifiés) [13] ; lorqu’un tel phénomène se produit, la réaction des acteurs sociaux concernés par cette désorganisation de l’action sociale consistera en un mouvement de généralisation (vers le haut sur le tableau et/ou vers la gauche) pour réduire cette tension par une réorganisation des niveaux ou des composantes supérieures ; cette généralisation et cette réorganisation, qui prend la forme d’une croyance (ou d’un système de croyances), que l’on dira « généralisée » , court-circuite enfin les processus de spécification progressive « normaux » en restructurant directement les échelons « opératifs » (du bas) à partir des échelons les plus hauts [14].

C’est dans ce processus de réduction de la tension structurelle, dans cette réorganisation sans spécification progressive de l’univers des representations que N. J. Smelser voit l’origine du caractère « extravagant » , « excentrique » ou « excessif » de nombreuses croyances associées aux comportements collectifs. Mais surtout cette absence de spécification, ce court circuitage oppose deux types d’univers de représentations et de processus de réajustement des anticipations :

- ceux qui sont associés à des moyens institutionnels de surmonter les tensions structurelles et qui respectent l’échelle de spécification progressive de l’action
- et ceux qui sont davantage « idéologiques » qui ne respectent pas cette exigence de spécification progressive et qui sont un élément constitutif des comportements collectifs.

Cette construction complexe appelle une observation décisive pour notre propos. Si la théorie de N. J. Smelser a pour objet privilégié, comme on l’a déjà vu, de tenter d’expliquer la génèse de divers types de comportements collectifs, ces derniers sont, pour l’essentiel, apprehendés d’abord en tant que représentations ou systèmes de représentations, ou, au minimum, sont qualifiés et discriminés à partir des contenus, variables, des représentations (croyances) qui en sont des éléments constitutifs fondamentaux [15].

Levels of specifity of components of social action

Level Values Norms Mobilization of motivation for organized action Situational facilities

*

1 Societal values General conformity Socialized motivation Preconceptions concerning causality

**

*

2 Legitimation of values for institutionalized sectors Specification of norms according to institutional sectors Generalized performance capacity Codification of knowledge ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥

*

3 Legitimization of rewards Specification of norms according to types of roles and organizations Trained capacity Technology, or specification of knowledge in situational terms ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥

a

*

4 Legitimization of individual commitment Specification of requirements for individual observation of norms Transition to adult role-asumption Procurement of wealth, power, or prestige to activate Level 3 ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥

b

*

5 Legitimization of competing values Specification of norms of competing institutional sectors Allocation to sector of society Allocation of effective technology to sector of society ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥ ≥

*

6 Legitimization of values for realizing organizational goals Specification of rules of cooperation and coordination within organization Allocation to spectific roles or organizations Allocation of effective technology to roles or organizations * ≥≥≥≥≥≥

* 7 Legitimization of values for expenditure of effort Specification of schedules and programs to regulate activity Allocation to roles and tasks within organization Allocation of facilities within to attain concrete goals * **************************************

More specific

La « double hiérarchie » des composantes de l’action sociale et les deux modes de réorganisation des niveaux de spécificité :

a) la spécification progressive b) le « court-circuitage »

Mais il en est en outre, d’une manière significative, un peu de même d’un autre déterminant des comportements collectifs : la tension structurelle, qui est à l’origine de la dynamique idéelle assignée aux comportements collectifs, et, par là, de la reconstitution d’une composante de l’action sociale. La tension structurelle ne s’insère en effet dans le schéma explicatif de N. J. Smelser que parce qu’elle est sensée provoquer chez les acteurs sociaux une désorganisation de la compréhension et du sens (meaning) que les acteurs sociaux attachent à leur environnement social et physique. La tension structurelle exprime toujours, dès lors, une relation entre une situation, un événement et des modèles culturels (standards) ou des attentes et anticipations individuelles [16]. La forme concrète qu’elle est susceptible de prendre varie, bien entendu, selon les composantes de l’action sociale (et même les niveaux des composantes) atteintes. Mais dans tous les cas la tension structurelle se traduit pour l’acteur par une incertitude qui se situe au plan des représentations et impulse une « solution » - la croyance généralisée - qui y est également localisée. L’hypothèse du « court-circuitage » porte, en somme, dans son ensemble, sur la dynamique des représentations.

*

L

’objection la plus fréquente à cette construction théorique a porté sur l’opposition des traits qui caractérisent, selon N. J. Smelser, les comportements collectifs et ceux par lesquels est décrit le comportement institutionnalisé. Le caractère non rationnelque N. J. Smelser a imputé aux comportements collectifs traduirait un « biais managerial » ou même une intention de discréditer les mouvements sociaux [17].

Écartons d’emblée la question de la rationalité. Il n’y a aucun inconvénient à ne pas postuler une rationalité absolue des comportements collectifs. Sans qu’il soit utile de développer ici ce point, on peut même exiger de toute perspective assignant un type quelconque de rationalité à un comportement donné - collectif ou non - de spécifier les conditions sociales qui rendent possible une action « rationnelle » . Il est même encore plus convaincant de décrire les cadres sociaux qui imposent la rationalité aux acteurs et sanctionnent les écarts éventuels par rapport à cette « règle du jeu » . Pour cette raison il est facile pour N. J. Smelser de rappeler à ses contradicteurs la naïveté et le danger « d’expliquer les comportements par les significations qui leur sont données par les acteurs eux-mêmes » [18].

Si donc cette objection classique est, de ce point de vue, sans grand intérêt, elle a cependant pour mérite de désigner dans la démarche de N. J. Smelser une asymétriesymptomatique : tout se passe comme si pour les agences de contrôle social la rationalité était toujours un principe de l’action des membres de ces agences ; ou, au moins, comme s’il était toujours possible de postuler cette rationalité. Les agences de contrôle social paraissent toujours disposer, à chaque moment des épisodes envisagés, d’une gamme étendue de tactiques entre lesquelles elles sont censées pouvoir opter [19]. On comprend alors mal l’échec éventuel du contrôle social autrement qu’en termes d’insuffisance de ressources politiques (par exemple la violence physique organisée). Mais ce dernier point n’est pas le plus important : N. J. Smelser n’avance en effet aucune justification plausible pour traiter les acteurs composant ces agences comme une catégorie anthropologique à part, comme s’ils pouvaient échapper en toutes circonstances à l’emprise des croyances généralisées et à leurs effets tels que cet auteur les a décrits. Faut-il croire que les institutions et les organisations, ou, plus spécialement les univers idéels des individus qui en sont les constituants physiques, ne soient jamais affectés par une forme quelconque de tension structurelle ? Les structures de ces « construits sociaux » , pour reprendre l’expression de M. Crozier, les rendent-elles totalement inconductifs à des phénomènes analogues aux « comportements collectifs » ? De telles assertions mériteraient au moins quelque effort de démonstration, qui paraît, il est vrai, difficile à développer. Peut-on ainsi comprendre des épisodes tels que par exemple, l’émergence du national-socialisme - N. J. Smelser n’hésiterait certainement pas à le qualifier de mouvement orienté vers les valeurs - sans sonder les transformations et les réorganisations des univers idéels propres à la fonction publique, ou au corps des officiers du régime de Weimar [20] ? En d’autres termes ne serait-il pas plus fécond d’étendre à tous les secteurs de la société, quelle que soit leur institutionnalisation, les éclairages issus des analyses de N. J. Smelser même si cela remet en cause une image peut-être par trop réifiée de ce que sont les institutions ?

En outre les agences de contrôle social ne sont pas les seuls lieux de la société connaissant l’institutionnalisation. Les « comportements collectifs » peuvent fort bien bénéficier de la même caractéristique. Songeons tout simplement aux divers types d’organisations - partis politiques, églises, syndicats, etc. - associés fréquemment à de tels mouvements. N. J. Smelser ne l’ignore d’ailleurs pas totalement puisqu’il mentionne explicitement le rôle de ces organisations dès qu’il s’agit de restituer les trajectoires historiques des mouvements orientés vers les normes et les valeurs [21]. Mais, pour des raisons obscures là même où le « comportement collectif » a connu une routinisation institutionnelle, les caractéristiques qui l’opposent au comportement institutionnalisé paraissent subsister. En somme, tout comme elle sous-estime la possibilité de l’émergence des comportements collectifs su sein des agences de contrôle social, la démarche de N. J. Smelser tend à ignorer, dans son hypothèse centrale au moins, ce que les comportements collectifs doivent aux institutions ou organisations qu’ils créent ou sur lesquelles ils s’appuient [22].

*

Bien plus décisives pour notre propos sont les difficultés qui apparaissent avec les diverses formes de tension structurelle. Celle-ci représente, on le sait, l’un des détermi-nants nécessaires à l’intérieur du processus de valeur ajoutée, mais, surtout, elle est au point de départ de la dynamique de la reconstitution, au moyen d’une croyance « généralisée » , des conditions de l’action sociale : elle est, par conséquent, à l’origine de la réorganisation des univers de représentations.

Ces difficultés viennent de ce que sont confondus dans la même typologie, voire hiérarchie, de tensions structurelles des mécanismes et phénomènes sociaux hétérogènes que, de surcroît, toute analyse du fonctionnement des systèmes de croyances dans les conjonctures non routinières aurait intérêt à dissocier. On peut s’en rendre compte en recensant rapidement les formes des tensions structurelles selon les composantes de l’action sociale qu’elles sont susceptibles d’affecter ou de désorganiser. En ce qui concerne l’équipement situationnel les principaux types de tension structurelle se ramènent à l’ambiguïté ou à l’incertitude portant sur l’adéquationdes moyens à la disposition de l’acteur à certaines fins ou objectifs qui lui sont assignés [23].

De même, la forme classique de la tension structurelle pouvant affecter la mobilisation de la motivation des acteurs peut être représentée par la notion classique de frustration ou de privation relative : il s’agit de la perception d’un écart négatif entre des espérances ou attentes associées à divers rôles, positions ou activités et la récompense, effectivement obtenue ou seulement probable [24]. On a pu ainsi tenter d’expliquer certains aspects (le radicalisme étudiant) des « événements » de mai 1968 en France par une frustration née de l’écart entre l’état effectif du marché du travail et les attentes d’un statut social ou d’une insertion professionnelle élevés chez des étudiants issus des classes moyennes.

Avec les normes, la tension structurelle renvoie à ce que de nombreux travaux avaient abordé par le biais de notions telles que les conflits de rôles ou les pressions croisées ou contradictoires (cross-pressures). Sont donc globalement visés par cette catégorie les conflits ou les incertitudes qui concernent les règles générales censées régir un secteur d’activité sociale, par exemple les affrontements sur la compatibilité des règles régissant le droit de grève ou l’activité politique des salariés avec celles qui organisent, ou supposent, « l’ autorité » du chef d’entreprise ou celle de l’encadrement [25].

Enfin lorsqu’il s’agit des valeurs ultimes de la société, la tension structurelle prend la forme d’un conflit ou d’une compétition de valeurs alternatives. Ce type de tension couvre donc une très large gamme de phénomènes qui va du choc de cultures (ce que l’on nommait autrefois l’acculturation) aux affrontements entre groupes sociaux ayant opté pour des valeurs ou des systèmes de valeurs divergents ou opposés. C’est dans ce type de phénomènes qu’il faut rechercher, selon N. J. Smelser, l’explication des mécanismes des faits curieux que constituent les « scandales » gouverne-mentaux (tels que ceux qui précèdent les émeutes de février 1934 par exemple), qui voient la mise en cause du type de système social et politique au travers des valeurs qui en constituent les principes d’intégration [26]. Apparaissent donc, en tant que tensions structurelles, à la fois :

- les conflits entre groupes ou segments sociauxaffichant et véhiculant des normes ou des valeurs distinctes ou même alternatives ;

- et des types de tension tout à fait différents, où le conflit entre fins et moyens, équipement situationnel et objectifs de l’action par exemple, se passe en quelque sorte dans la tête de chaque protagoniste [27].

Il est peut-être fallacieux, dans le premier cas, de parler systématiquement « d’incertitude psychologique » parmi les membres des groupes protagonistes concernés. À vrai dire pour retrouver l’incertitude sur les normes et les valeurs il faudrait alors s’intéresser davantage aux segments sociaux écartelés ou placés en porte à faux entre, idéal typiquement, deux pôles sociaux opposés, par exemple les classes moyennes que l’on présente souvent dans cette inconfortable position [28]. Dans le cas de conflits portant sur les valeurs ou les normes, le schème de N. J. Smelser est donc à manipuler avec beaucoup de prudence ; le plus souvent les protagonistes des conflits concernant le rapport entre le droit de grève et l’autorité du chef d’entreprise ne vivent, individuellement, aucune incertitude psychologique au sujet des normes auxquelles ils sont attachés et il serait pour le moins erroné de décrire leur comportement conflictuel en tant que résultante d’un conflit de normes au plan psychologique. À l’intérieur des segments sociaux en conflit la désorganisation des composantes de l’action sociale n’a pas de lien causal nécessaire avec le conflit [29]. L’absence de toute désorganisation est même, peut être, la situation la plus fréquente. Même si (et cela donne quelque apparence de plausibilité à cet aspect de la construction de N. J. Smelser) certainessituations conflictuelles peuvent simultanément induire de très sévères ambiguïtés, réorganisations et luttes symboliques internes à des systèmes de représentations concurrents. Les années 1920 dans l’Allemagne de Weimar en offrent une bonne illustration : c’est ce que traduisent les emprunts, translations, réorganisations ou mutations des thèmes normatifs et des valeurs dans les discours, les systèmes de croyances et leurs emprises fluctuantes pour toutes les forces politiques. Les traits en sont simplement accentuésdans le « National-bolchevisme » ou dans les formes voisines de l’idéologie de la « Révolution conservatrice » [30] .

Dans le second cas, en revanche, il n’y a aucune difficulté à accepter globalement le schème théorique de N. J. Smelser, c’est-à-dire l’idée d’une tension structurelle désorganisant l’univers des représentations et les conditions de l’action sociale (si l’on accepte, bien sûr, cette relation entre représentations et action). Le comportement collectif et les croyances qui le sous-tendent apparaissent bien ici directement dans leur fonction de recomposition des conditions de l’action sociale. Ajoutons que la confusion que l’on vient de décrire serait sans conséquence grave si dans le premier cas la possibilité, que nous avons suggérée, de l’émergence de conflits et de mouvements sociaux normatifs ou valorisants, mais n’impliquant aucune incertitude psychologique chez les participants, ne mettait quelque peu à mal l’hypothèse de N. J. Smelser : les comportements collectifs peuvent-ils vraiment être pensés dans ce cas comme des réponses à une désorganisation de la compréhension ou des composantes de l’action sociale ? Cette question conduit de toute manière à remettre en cause l’image que propose N. J. Smelser de l’intégration des univers idéels.

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Neils J. Smelser prête aux univers idéels, lorsqu’ils sont associés à des processus institutionnels, une organisation interne hiérarchisée et intégrée, chaque élément spécifiant l’élément immédiatement supérieur. Il leur oppose « le court-circuitage » que sont censées opérer les croyances . Cette organisation achevée des représentations que, par commodité, on dira institutionnelles, ne saurait pourtant être parfaitement naturelle. N. J. Smelser l’admettrait sans doute aisément. Mais il ne nous fournit cependant aucune indication précise sur les mécanismes sociaux qui constituent la source de cette organisation, sauf, bien entendu, l’idée très globale que ce serait le résultat (et la condition) de l’activité routinière des institutions [31].

Ce manque d’intérêt est difficile à expliquer. Peut-être est-ce parce qu’il considère (à tort, nous l’avons vu) comme simplement définitionnelle et classificatoire l’organisation hiérarchisée des composantes de l’action sociale que N. J. Smelser néglige toute exploration de l’activité d’organisation ou de systématisation des représentations ? Les croyances généralisées, elles, émergent miraculeusement des situations de crise, sont énoncées par les leaders, existent à un état non-activé ou latent et peuvent être importés d’autres cultures [32]. Même le chapitre consacré, en principe, à la création des croyances ne contient en réalité qu’une description de leur structure formelle [33].

Or la possibilité de rencontrer une organisation aussi achevée que celle que N. J. Smelser attribue aux représentations institutionnalisées s’estompe singulièrement dès que l’analyse s’attaque aux processus sociaux d’où peuvent émerger les systèmes de croyances, les idéologies ou plus généralement les univers de représentations un tant soi peu systématisés. L’activité d’organisation ou d’intégration des représentations, plus ou moins spécialisée et plus ou moins autonomisée au sein d’un ensemble institutionnel (par exemple le champ politique) ne présente en effet qu’exceptionnellement la propriété de tendre vers une spécification progressive des représentations par rapport à celles qui sont supposées avoir un rang supérieur. Cette activité correspond le plus souvent à des pratiques qui obéissent à de toutes autres logiques sociales que la recherche d’une cohérence logique, hiérarchique ou non. Seuls quelques champs sociaux étroits, tel le champ scientifique, imposent aux individus qui s’y trouvent localisés une pression vers la cohérence et l’organisation systématique des représentations (ou plus exactement des représentations pertinentes). Partout ailleurs l’activité d’organisation des représentations est telle que son produit, l’organisation interne des systèmes de représentation, est beaucoup plus relâché,a davantage recours à des chevilles rhétoriques ou symboliques et fait coexister, sans mal, des représentations contradictoires au plan logique ; celles-ci doivent leur cohabitation au fait de n’être que très rarement sollicitées conjointement et jamais confrontées dans des tests de consistance logique. Il n’y a pas, en temps ordinaire, grand inconvénient pour nombre de partis politiques actuels à promouvoir des valeurs démocratiques et à les méconnaître ouvertement, sur le plan de leur organisation et discipline interne, au nom, par exemple, de « l’efficacité politique » ou des « dangers des divisions » [34].

Mais ces caractéristiques de l’organisation des représentations institutionnelles proviennent également d’autres facteurs. Même les institutions les plus achevées du point de vue de leur hiérarchisation n’ignorent nullement les phénomènes de conflit ou de compétition. Les hiérarchies, et, plus généralement, l’organisation des systèmes de représentations, quelles qu’elles soient, en sont souvent à la fois l’enjeu et la matière. Elles font l’objet de manipulations et de marchandages. Elles voient s’investir en elles des stratégies de distinction ou d’identification, de stigmatisation ou de captation. Elles proviennent de séries hétérogènes et souvent discontinues d’affrontements et de négociations, elles-mêmes plus ou moins régies par les règles du jeu constitutives des institutions concernées [35]. Là même où les institutions imposent des formulations consensuelles, il serait encore erroné de voir dans les productions idéelles qui en sont issues autre chose que des compromis dont les modes d’apparition compromettent la cohérence logique. Ces réserves concernent d’ailleurs tout autant les secteurs institutionnels dotés de mécanismes fortement hiérarchisés d’ajustement et de régulation des pratiques et des représentations et en cela homologues par rapport à la hiérarchie postulée par N. J. Smelser. Il n’est ainsi pas certain que l’on gagne beaucoup à interpréter (et utiliser) la vision de l’univers des normes juridiques du type de celle élaborée par Kelsen autrement qu’en termes de posture épistémologique [36], voire de définition préalable, et provisoire, de ce que l’on souhaite appeler normes juridiques. Les notions de norme fondamentale et d’ordre normatif s’organisant à partir d’elle ne sauraient constituer dès lors une description de l’organisation et du fonctionnement effectifs de cet univers. Les hiérarchies repérables dans les systèmes de normes juridiques sont elles aussi façonnées par des logiques institutionnelles qui ne sont pas nécessairement ou entièrement celles de la cohérence intellectuelle ou de la logique hiérarchique.

En somme les univers des représentations institutionnelles sont le plus souvent beaucoup moins intégrés, plus relâchés et éclatés que ne le suppose N. J. Smelser. Il n’est par conséquent plus aussi aisé d’opposer leur organisation hiérarchisée cohérente au « court-circuitage » qui caractériserait les systèmes de croyances non institutionnelles. Il va de soi que ce qui est en cause ici c’est la conception, que N. J. Smelser partage avec Parsons, de l’action sociale, de l’institution et de l’ordre social, plus généralement. Toutes ces réalités sociales ne dépendent sans doute pas autant que paraissent le croire ces auteurs de l’intégration idéelle, normative ou évaluative, mais d’autres mécanismes sociaux d’integration, de domination et de coordination ; ceux-ci ne requièrent pas par eux-mêmes et pour leur maintien une intégration aussi hiérarchisée et aussi achevée des composantes de l’action sociale et des représentations qui en sont le véhicule [37].

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Les difficultés les plus redoutables concernent cependant le dernier point que nous voudrions aborder ici : la fonction que N. J. Smelser assigne aux systèmes de représentations et l’explication qu’il suggère, très timidement, de l’emprise sociale de ces systèmes. La construction conceptuelle de N. J. Smelser oscille à cet égard entre deux thèses distinctes et inégalement formulées.

La première, classique, se situe dans le prolongement direct des conceptions de Parsons. On peut la résumer de la manière suivante. La fonction privilégiée des systèmes de représentations est celle de l’intégration et de la régulation normative de la société, et, pour l’individu, de l’évaluation de l’action. Dans cette perspective l’ordre social est sous-tendu principalement par un consensus idéel. Les représentations partagées ont pour effet, en tant qu’obligations morales, d’intégrer leurs anticipations et leurs comportements. Parmi les divers composantes de l’action sociale ce sont, on s’en souvient, les composantes les plus hautes qui sont les plus décisives pour l’intégration des sociétés. C’est enfin la même perspective qui doit aussi permettre - en principe - d’appréhender l’écroulement ou l’effritement de l’ordre social (une tension pouvant affecter une composante de l’action sociale, cette conception aboutissant à penser tout conflit d’abord en tant que désordre idéel) et la reconstitution au moyen de croyances généralisées, des conditions de l’action sociale ainsi troublées. Nous avons donc à l’oeuvre ici, et cela n’est pas aisé à percevoir, ce que nous appellerons le principe de la continuité fonctionnelledes univers, ou plus étroitement, des systèmes de représentations. Car quelle que soit la conjoncture (ou l’état de la société), que l’on ait affaire à des processus institutionnels ou à l’opposé, si l’on utilise la terminologie de N. J. Smelser, à des situations sociales non structurées, les représentations sont censées travailler de la même manière : elles relient les valeurs ultimes d’une société aux motivations des acteurs individuels. On comprend qu’une telle conception ait quelque mal, au plan logique, à rendre compte du fonctionnement dysfonctionnel pour l’ordre social, de certains systèmes de représentations. Sans doute doit-on rechercher là l’origine des écarts que manifestent certains aspects de la construction de N. J. Smelser par rapport à ce schème et où se dessine une perspective quelque peu décalée.

Ainsi, par exemple les fonctions proprement cognitives des systèmes de représentations ne sont nullement ignorées. Non seulement les composantes les plus basses de l’action sociale (surtout l’équipement situationnel) ont une dimension cognitive particulièrement marquée mais N. J. Smelser souligne encore que des éléments cognitifs sont nécessairement présents dans toutes les croyances, même en ce qui concerne les croyances normatives ou valorisantes [38]. Les croyances généralisées agissent en tant que « culture commune » aux protagonistes de l’action collective, leur permettent d’interpréter les situations auxquelles ils sont confrontés et les « expliquent » (les guillemets sont ici de N. J. Smelser) [39].

Face à l’ambiguïté, la menace ou l’incertitude qui sont inhérentes à toutes les situations de tension structurelle, les croyances généralisées constituent ce que N. J. Smelser a nommé la structuration cognitive(cognitive structuring) de ces situations, qui permet aux acteurs sociaux de les appréhender et d’y agir [40].

On peut mieux mesurer la portée de ces remarques en les rapprochant de l’explication de l’emprise sociale des systèmes de représentations que l’on peut discerner dans l’approche de N. J. Smelser. Cette emprise est certes, lorsqu’il s’agit des croyances généralisées, conditionnée par la co-occurrence des autres déterminants du comportement collectif, la tension culturelle, la conductivité structurelle et l’activité des agences du contrôle social. Mais elle est également dépendante, semble-t-il, du contenu et de la structure interne de ces croyances, c’est-à-dire de leur capacité à servir de solutiondans une situation de tension nécessairement caractérisée par quelque incertitude ou ambiguïté. « Solution » signifie dans ce contexte à la fois possibilité pour ces individus de définir la situation à laquelle ils sont confrontés, de l’interpréter, de s’y situer et celle de dégager des lignes d’action offrant une prise minimale sur cette situation [41]. Le mouvement de généralisation vers les éléments les plus hauts des systèmes de représentation et la redéfinition des échelons inférieurs par « court-circuitage » n’ont donc d’effet d’emprise que si cette dynamique est à même de fournir à l’acteur une interprétation de la situation ; cette dynamique s’impose davantage par sa dimension cognitive que par les éléments d’obligation morale qu’elle peut véhiculer.

Ces diverses notations s’écartent donc sensiblement du postulat de la continuité fonctionnelle et laissent transparaître une perspective alternative. La prémisse fondamentale en serait que ces fonctions des systèmes idéels ne sauraient être considérées comme nécessairement fixes. Ces fonctions dépendent, entre autres, des contextes sociaux dans lesquels les systèmes de représentations s’insèrent, opèrent et se transforment. S’opposent à cet égard les contextes sociaux dans lesquels la demande sociale d’intégration logique de la réalité est forte et ceux dans lesquels les acteurs sociaux peuvent fort bien s’accommoder de la segmentation de leurs univers idéels.

Cette perspective met dès lors en valeur les variations conjoncturelles du volume d’activité de définition de la situation par les acteurs qui y sont impliqués en tant que facteur explicatif de la mobilité fonctionnelle des systèmes idéels. Elle associe le poids ou la pertinence des fonctions cognitives des systèmes de représentations et l’emprise plus forte de ces derniers dans les conjonctures critiques à l’accroissement de la part de l’incertain, de l’indéfini et du négociable dans le monde social. Elle suppose également que dans les contextes institutionnels, dans les situations « structurées », l’intégration sociale - jamais aussi achevée que ne le croient certains fonctionnalistes - dépend moins des systématisations idéelles que de la performance de mécanismes sociaux routiniers qui maintiennent, par l’occurrence régulière de leurs « outputs »Erreur ! Source du renvoi introuvable.Erreur ! Source du renvoi introuvable., la réalité du monde social et ses définitions légitimes [42] .

Il faut reconnaître pourtant que cette deuxième perspective n’est pas celle de N. J. Smelser, même si nombre d’aspects de sa conceptualisation ne sauraient sauvegarder leur consistance qu’au regard des propositions que l’on vient d’esquisser. L’acceptation du principe d’une variabilité ou d’une mobilité fonctionnelledes systèmes de représentations se heurte bien sûr en premier lieu à la conception fonctionnaliste de l’ordre social et de l’action. Mais y fait également obstacle l’idée que se fait N. J. Smelser (avec tant d’autres !) des rapports entre croyances « généralisées » et réalité. Il ne parvient en effet à penser ces rapports qu’en terme de distorsion, inadéquation ou écart. Les croyances généralisées ne saisissent pas les détails, la spécificité et la complexité des situations : elles sont irréalistes, invérifiables et excessives [43]. Ces traits constituent d’ailleurs l’un des fondements de l’opposition des comportements collectifs et de l’action institutionnelle, donnée pour plus réaliste. Ce piège classique de l’analyse des idéologies et des mythes (que l’on songe par exemple au destin de la notion de « fausse conscience » ) a en outre pour conséquence paradoxale de ne pas permettre de comprendre comment les croyances se vérifient dans le monde social pour les individus qui y adhèrent. La vérité, le caractère réel, la validation empirique en quelque sorte, des croyances ne tiennent sans doute pas tant à leur rapport à la réalité « objective » qu’à ce que P. Berger et T. Luckmann appellent leurs structures de plausibilité, c’est-à-dire au soutien proprement social dont elles bénéficient [44]. Pour reprendre une illustration devenue classique, le démenti apporté par la « réalité » à la prophétie n’a pas les mêmes effets selon que l’environnement social fournit la possibilité d’une interprétation ne remettant pas en cause la croyance ou que cet environnement, par exemple du fait de l’isolement du croyant, la rend problématique [45]. À négliger la plausibilité sociale au profit d’une réalité objective (au demeurant difficile à cerner dans nombre de cas) on perd à coup sûr un puissant ressort explicatif de l’emprise des systèmes de représentations. Il est vrai que, de ce point de vue, il n’y a plus, au plan théorique, de différences entre croyances généralisées et représentations institutionnelles.

L’hypothèse du « court-circuitage » ne constitue pas, de toute évidence, une explication satisfaisante des variations conjoncturelles de l’emprise des représentations et des dynamiques qu’elles connaissent. Nous avons essayé de montrer que sa liaison avec les conceptions fonctionnalistes de l’action sociale n’en était pas sans doute l’unique responsable. En ce sens cette hypothèse débouche effectivement sur un repérage utile des points aveugles dans un domaine de recherche sur lequel l’analyse des idéologies offre encore peu de prises solides. Il serait sans doute naïf d’espérer les obtenir par une simple critique de la démarche de N. J. Smelser. Mais il serait encore plus illusoire de penser le faire en prenant systématiquement le contre-pied de l’hypothèse de N. J. Smelser. On ne comprendrait pas mieux, en effet, les idéologies et les mythes en leur attribuant la dignité d’une cohérence ou d’une rationalité achevées, ou même en récusant toute différence entre les contextes institutionnels et les situations « non structurées » . Cette forme de fidélité à l’envers aux présupposés et impasses de la construction conceptuelle de N. J. Smelser constituerait la manière la plus dangereuse, et de l’utiliser, et de lire les quelques objections que nous avons tenté de formuler.




[1] . Cet article a été publié d’abord dans Duprat (G.) dir., Analyse de l’idéologie, Paris, Galilée, 1980. Le texte original est reproduit ici sans aucune modification.

. Pour un recensement de près de six cents travaux, très souvent d’origine anthropologique, établissant ce rapport, voir La Barre (W.), « Materials for a history of crisis cults : a bibliographical essay », Current anthropology,vol.XII,n°1, février 1971, p.3-44. Voir également, pour une présentation rapide, mais utile, des diverses orientations des tentatives pour expliquer ce rapport : Lanterini (V.), « Nativistic and socio-religious movements : a reconsideration », Comparative studies in societies and history,vol.16, n°4, septembre 1964, p.483-503 et Fabian (J.), « The anthropology of religious movements : from explanation to interpretation », Social research,vol.XLVI, n°1, printemps 1979.

[2] . Smelser (N. J.), Theory of collective behavior,New York, The Free Press, 1962. Par systèmes de représentations, systèmes de croyances et systèmes idéels on entendra les univers ou ensembles de représentations ayant fait l’objet d’une activité, non nécesserairement consciente, de systématisation.

[3] . Sur la logique de la valeur ajoutée,ibid., p.12-21. Le rapport de la logique de la valeur ajoutée à un ordonnan-cement temporel de séquences, est loin d’être clair dans la démarche de N. J. Smelser. Ce point, nullement central pour notre propos actuel, est abordé dans un travail plus ample que nous consacrons aux dynamiques des crises politiques.

[4] . Ibid., p.137-139.

[5] . Ibid., p.324s. Pour une utilisation intéressante de la notion de conductivité structurelle - l’explication de l’émergence électorale d’un tiers-parti, le Crédit social québécois, dans un système bipartisan - voir Pinard (M.), The rise of third party. A study in crisis politics,Englewood Cliffs, N. J., Prentice-Hall, 1971.

[6] . N. J. Smelser, Theory of collective behavior,op. cit., p.12-21. Les autres déterminants cités par N. J. Smelser, notamment les facteurs de précipitation (événements qui permettent aux croyances de se cristalliser) et la mobilisation des participants pour l’action (par exemple l’activité des Erreur ! Source du renvoi introuvable.Erreur ! Source du renvoi introuvable.) n’ont pas le même statut dans le schème de la valeur ajoutée : ils ne sont pas nécessaires à l’émergence d’un comportement collectif.

[7] . Ibid.,p.383.

[8] . Ibid., p.24-28.

[9] . Ibid.,p.32-33.

[10] . Ibid.,p.35.

[11] . Ibid., p.44 et p.68. Nous avons jugé préférable de restituer ce tableau dans sa version originale, la traduction de certains termes risquant à la fois d’être inélégante et infidèle ; la représentation graphique de la réorganisation des niveaux de spécificité, en revanche n’est pas de N. J. Smelser.

[12] . Ibid.,p.43.

[13] . Ibid., p.49-50.

[14] . Ibid., p.70s. Il faut cependant souligner que le court-circuitage ne concerne que l’organisation internede chaque composante et ne saurait affecter la hiérarchie des composantes elles-mêmes. N. J. Smelser n’explique pas cette propriété qu’il attribue aux croyances généralisées (p.92.).

[15] . Ibid., p.8 et 383.

[16] . Ibid., p.51.

[17] . Voir, entre autres : Currie (E.) et Skolnick (J. H.) , « A critical note on conceptions of collective behavior », The Annals, 391, septembre, 1970, p.34-45 ; Skolnick (J. H.), dir., The politics of protest, New York, Simon & Schuster, 1969 (première édition), p.330-339 ; Nardin (T.), Violence and the state : a critique of empirical political theory, Beverly Hills, Sage, 1971, p.14-19 ou encore Oberschall (A.), Social conflict and social movements,Englewood Cliffs, N.J., Prentice-Hall, 1973, p.21-24.

[18] . Smelser (N. J.), « Two critics in search of a bias : a response to Currie and Skolnick »Erreur ! Source du renvoi introuvable.Erreur ! Source du renvoi introuvable., The Annals,391, septembre, 1970, p.46-55.

[19] . Cf. Leca (J.), Sociologie politique. Quelques théories explicatives des crises,Cours ronéoté, Grenoble, Université des Sciences Sociales, s.d.

[20] . Voir, par exemple, Bracher (K. D.), The German dictatorship. The origins, structure and consequences of national socialism,Penguin Books, Harmondsworth, G.B., 1978, p.183-189 et 311-326. Puis généralement sur les comportements collectifs internes aux organisations et aux institutions, voir Zald (M. N.) et Berger (M. A.), « Social movements in organizations : coup d’État, insurgency, and mass movements », Erreur ! Source du renvoi introuvable.Erreur ! Source du renvoi introuvable.The American journal of sociology,vol. 83, n° 4, janvier 1978, p.823-861.

[21] . Smelser (N. J.), Theory of collective behavior,op. cit., p.298-306, en ce qui concerne les mouvements orientés vers les normes et p.359-364 pour une analyse directe de l’institutionnalisation des mouvements orientés vers les valeurs ; d’une manière significative N. J. Smelser tente d’esquiver le problème désigné ci-dessus en faisant de l’institutionnalisation et de la question de l’organisation des mouvements sociaux simplement un aspect de la mobilisation pour l’action (déterminant secondaire et non-nécessaire à I’intérieur du processus de valeur ajoutée).

[22] . Sur le rôle des organisations dans le développement des mouvements sociaux, et, en particulier, pour une critique des postulats des theoriciens de la « société de masse »Erreur ! Source du renvoi introuvable.Erreur ! Source du renvoi introuvable., voir surtout A. Oberschall, Social conflict and social movements,op. cit., p.102-145 ; voir également Charles Tilly, From mobilization to revolution,Reading, Mass, Addison-Wesley, 1978, p.52-97.

[23] . N. J. Smelser, op. cit.,p.51-54.

[24] . Ibid.,p.55-59.

[25] . Ibid., p.60-61.

[26] . Ibid., p.64.

[27] . Il semble même que, dans la perspective discutée, chaque type de tension structurelle est nécessairement constitutif d’une incertitude psychologique pour tout individu qui y est soumis. Le problème que l’on vient de signaler se dissout, en quelque sorte, pour N. J. Smelser, dans la double nature, sociale et psychologique, des tensions structurelles. Voir, en ce qui concerne ce dernier point, François Chazel, « De quelques composantes de l’aliénation politique », Revue française de sociologie, vol.17,janvier-mars, 1976, p.101-115.

[28] . Voir, sur ce point, Bernard Lacroix et Michel Dobry, « A la recherche d’un cadre théorique pour l’analyse politique des classes moyennes », Annales de la Faculté de droit et de science politique de Clermont-Ferrand,Fascicule 14, 1977, p.380-409.

[29] . Il faut toutefois tenir compte des réserves, que l’on énoncera plus loin, en ce qui concerne l’organisation interne et l’activité d’organisation des systèmes de représentations.

[30] . Voir, par exemple, Louis Dupeux, Stratégie communiste et dynamique conservatrice. Essai sur les différents sens de l’expression Erreur ! Source du renvoi introuvable.« national-bolchevisme » en Allemagne sous la République de Weimar,Paris, Honoré Champion, 1976 et Jean-Pierre Faye, Langages totalitaire,Paris, Herrmann, 1972.

[31] . Il faut toutefois signaler quelques hésitations de N. J. Smelser sur le degré d’achèvement de cette organisation des représentations : il admet ainsi la possibilité de la coexistence de valeurs contradictoires dans une société donnée (op. cit., p.26) et surtout, observation capitale, il suggère que les valeurs peuvent fort bien ne pas être différenciées des normes (p.320). Ces remarques ne modifient malheureusement pas la conception globale de l’organisation des représentations institutionnelles.

[32] . Smelser (N. J.), Theory of collective behavior,op. cit.,p.293 (en ce qui concerne les croyances orientées vers les normes) ; voir également p.150-151, 206, 249 et 352-354, sur le rôle des facteurs de précipitation dans la « cristallisation » des croyances.

[33] . Ibid.,p.79-130.

[34] . Voir, en ce qui concerne ce relâchement, l’important article de Clifford Geertz, « Ideology as a cultural system »Erreur ! Source du renvoi introuvable.Erreur ! Source du renvoi introuvable., in Apter (D. E.), dir., Ideology and discontent,New York, The Free Press, 1964, p.476 et, plus généralement, sur les logiques des pratiques, les travaux de Pierre Bourdieu, Esquisse d ’un théorie de la pratique, Genève, Droz, 1972 et Le Sens pratique,Paris, Éditions de Minuit, 1980, p.135-165.

[35] . Voir, sur ce point, Pierre Ansart, Idéologies conflits et pouvoir, Paris, PUF., 1977 (chap. III). L’analyse des idéologies gagnerait, de ce point de vue, à êtrerapprochée de la réflexion critique sur les décisions produites par les organisations et les institutions qui sont, elles aussi, façonnées par des processus sociaux analogues à ceux que nous évoquons ci-dessus (voir notamment Graham T. Allison, The essence of decision. Explaining the Cuban missile crisis,Boston, Little Brown, 1971).

[36] . Cf. Troper (M.), « La pyramide est toujours debout ! Réponse à Paul Amselek »Erreur ! Source du renvoi introuvable.Erreur ! Source du renvoi introuvable., Revue du Droit Public,XCIV, n°6, 1978, surtout p.1530-1533.

[37] . Pour une critique incisive des conceptions fonctionnalistes sur ce point, voir Peter L. Berger et Thomas Luckmann, The social construction of reality,Londres, Penguin Books, 1971, p.80-82. La gamme de ces mécanismes va du simple usage de la force physique et de l’activité de régulation d’institutions spécialisées dans l’intégration des autres secteurs de la société à l’ensemble de jeux tactiques que permettent les diverses formes de multipositionnalité que l’on rencontre souvent dans les hauteurs de la structure sociale.

[38] . Smelser (N. J.), Theory of collective behavior,op. cit., p.81, 384 et, en ce qui concerne les croyances orientées vers les valeurs, p.348-350.

[39] . Ibid., p.82.

[40] . Smelser (N. J.), « Collective behavior and conflict. Theoretical issues of scope and problems »Erreur ! Source du renvoi introuvable.Erreur ! Source du renvoi introuvable., The sociological quarterly,vol.5, n° 2, printemps, 1964, p.120.

[41] . Smelser (N. J.), Theory of collective behavior,op. cit., p.348-351.

[42] . Cette perspective permet donc de faire l’économie de tout postulat sur les structures mentales qui seraient à l’origine d’un besoin de cohérence logique des représentations. Elle n’implique cependant pas le rejet d’un jeu éventuel de ces structures : simplement il n’est pas nécessaire d’y avoir recours pour expliquer la dynamique des univers idéels.

[43] . Smelser (N. J.), Theory of collective behavior,op. cit.,p.72-73.

[44] . Berger (P. L.) et Luckmann (T.), The social construction of reality, op. cit., p.174-175.

[45] . Par exemple : Leon Festinger, A theory of cognitive dissonance, Stanford, Standford University Press, 1957 et Festinger (L.), Riecken (H. W.) et Schachter (S.), When prophecy fails. An account of a modern group that predicted the destruction of the world,Minneapolis, University of Minnesota Press, 1956.



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