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Groupe d'analyse politique GAP
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Groupe d’analyse politique



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Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

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Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Paris Ouest Nanterre Responsables : Arnault SKORNICKI & Laurent BONELLI Calendrier des Séances 2010-2011 Le Mercredi,14h-16h — Bâtiment F – Salle des Actes (141) 17 novembre 2010 : « La mesure de l’assimilation pour la naturalisation. Technique administrative et savoir scientifique », par Abdellali Hajjat (Maître de conférence en science politique, (...)

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- Groupe d’analyse politique

- Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

- Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

- GAP : Réunion de rentrée

- Gap : Conseil de laboratoire

- Séminaire de recherche : savoirs et idéologies en politique

- Séminaire de recherche : la construction sociale de l’opération électorale

- GAP : réunion de rentrée

- GAP : séance du 1er juin 2009

- Le Gap au congrès de la Society for French Historical Studies




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Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

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L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

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Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

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- Eléments de science politique

- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

- Nouveau manuel de science politique

- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

- Les ravages de la « modernisation » universitaire

- Sociologie de la communication politique

- Amour, Gloire et Crampons. Pour une sociologie du foot

- L’ivresse des sondages

- La canonisation libérale de Tocqueville

- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




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Annonces Diverses
Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

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Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

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Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

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- Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

- Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire 2007-2008

- Lire les sciences sociales, 8 juin 2007

- Lire les sciences sociales, 16 mars 2007

- Comment étudier les idées ?(2)

- Actualité d’Abdelmalek Sayad

- Relégation urbaine et politique :comment dit-on l’injustice ?

- Comment étudier les idées ?

- Lire les sciences sociales : Quartiers sensibles

- Politique et classes populaires

- Les usages de l’histoire en science politique

- Le corps et la santé. Dialogues autour de Norbert Elias




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Membres du Gap

Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

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Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

- Un ennemi anonyme et sans visage

- Unité et diversités politiques françaises au lendemain des élections des 21 et 28 mars : essai de diagnostic sociologique

- Bien se tenir à la chambre

- Activités des membres


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Quelques membres

- Fayat Hervé

- Rotman David

- Blaise Magnin



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Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
Numéro 1

- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
- A.G. des cheminots de la gare Saint-Lazare jeudi 14 décembre 1995
- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Éric Phélippeau

Conjonctures électorales et conjectures préfectorales



L’ANNÉE 1913 voit la publication du Tableau politique de la France de l’ouest [1]. L’ouvrage traite des tempéraments politiques de cette région. Le travail de son auteur, André Siegfried, est réputé inaugurer l’étude scientifique des élections. L’histoire de la sociologie électorale le présente d’ailleurs aujourd’hui non pas comme l’auteur d’une oeuvre particulière mais bien comme le fondateur d’une discipline « authentiquement scientifique » [2].

Ce n’est pourtant pas la scientificité du livre qui retient exclusivement en son temps l’attention des commentateurs, comme on peut le voir à travers les coupures de presse, recueillies par A. Siegfried lui même et conservées dans ses archives [3]. Célestin Bouglé met en avant les conclusions pratiques qu’il retire de sa fréquentation de l’ouvrage. Frappé par l’influence politique du clergé et la puissance matérielle des propriétaires fonciers, omniprésentes aux détours de l’ouvrage, le militant Bouglé sort de sa lecture convaincu de ce que « la défense laïque demeure pour les républicains de gauche une nécessité vitale » [4]. Il voit aussi dans ces influences qui pèsent sur le vote une justification supplémentaire de la « cabine d’isolement » ; il n’est que temps de la faire entrer dans les moeurs pour garantir la liberté du vote. C’est encore aux conclusions pratiques que l’on peut tirer de l’entreprise que s’attache Philippe Millet dans son article du Temps du 6 janvier 1914. « Le travail de bénédictin » d’A. Siegfried lui paraît se réduire à « un atlas politique d’une incontestable valeur ». L’étude de la « géographie politique » lui semble donc devoir permettre la rédaction de ce « manuel électoral », que tous les partis attendent et dans lequel on « définirait la tactique à suivre dans chaque pays ». L’auteur se réjouit pour finir de ce que cet ouvrage puisse « rendre de précieux services au Parti Républicain ». Même son de cloche, paradoxalement, dans les colonnes de L’Humanité du 16 janvier 1914 : André Morizet félicite l’auteur pour son travail, en recommande la lecture aux militants et précise même qu’il est en vente à la librairie de L’Humanité. Dans l’Opinion du 9 mai 1914, A. Fribourg s’aligne sur cette façon de voir lorsqu’il note que cette enquête de « topographie électorale [est riche] d’enseignements pratiques ». Il propose alors, non sans humour, de débaptiser le livre d’A. Siegfried et de l’appeler « Comment choisir une circonscription électorale ou guide de l’aspirant candidat à la députation dans l’ouest ». Ce sont donc d’abord les leçons politiques que ce regard distancié permet de tirer qui intéressent la totalité des rares commentateurs ; et tous lisent ces conclusions à travers les lunettes de leur propre engagement : A. Morizet prend soin de préciser qu’A. Siegfried n’est pas l’un de ses compagnons, bien qu’il le crédite d’une « démonstration éclatante [...] des vérités que le socialisme s’efforce de propager ».

Le Tableau se présente ainsi sous un double aspect : d’un côté, à partir de l’existence de consultations électorales désormais régulières, l’étude savante de leurs résultats et, de l’autre, à travers l’investissement dans l’étude des élections du savoir de l’acteur politique, la construction d’une science à tout moment susceptible d’être réinvestie dans l’action politique. On aperçoit donc comment, dans un travail qui se présente sous la double espèce d’un savoir pratique et de son usage savant, les commentateurs valorisent l’aspect qui leur convient le mieux : pour les commentateurs savants d’aujourd’hui, l’insistance sur le caractère savant de l’ouvrage, pour les critiques d’hier, investissant dans leurs commentaires leur intérêt immédiatement politique, l’attention aux usages proprement politiques qui peuvent être faits d’un savoir pratique. Tout n’est pourtant pas qu’effet de commentaires. Car on sait qu’au lendemain des législatives de 1906 A. Siegfried s’est essayé sans succès à la politique, comme il refera en vain acte de candidature aux élections de 1910, sa recherche n’étant pas encore achevée. Il n’est donc pas étonnant en ce sens que son travail ait à voir avec son attrait pour la politique, même s’il en est la conversion intellectuelle. Et il est possible de ce fait, que ce Tableauoù les commentateurs actuels voient trop vite la naissance d’une science, n’ait revêtu d’abord pour son auteur qu’un intérêt pratique conjoncturel, par la suite désintéressé de la pratique.

Le caractère novateur de l’ouvrage peut également faire l’objet d’une telle réévaluation ; car parmi toutes les opérations qui permettent à A. Siegfried de faire progresser sa démonstration, ni ses techniques de classification politique, ni sa minutie cartographique et statistique ne naissent avec la publication de son célèbre ouvrage. On sait par exemple que la population est l’enjeu de dénombrements statistiques officiels au moins depuis 1801. Le XIXè siècle est d’ailleurs profondément marqué par l’essor de la statistique qui s’étend alors vers 1830 à de nouveaux domaines, le statisticien devenant « le grand expert social, capable de prendre la mesure de toute chose » [5]. Le jeu politique ne reste pas en marge de ces transformations puisqu’à l’issue de consultations désormais régulières qui requièrent aussi bien la remise à jour de listes électorales que le décompte de groupes de suffrages, se constitue en effet un savoir-faire statistique de toute première nécessité. Les cartes et graphiques qui agrémentent les chapitres du Tableau sont tributaires des mêmes observations : selon toute vraisemblance les premiers développements de la cartographie électorale s’inscrivent aussi dans le contexte de l’essor de ce courant de la statistique morale de la Monarchie de Juillet [6].

Le caractère à la fois scientifique et novateur du Tableau d’A. Siegfried ne va donc pas de soi. Ces éléments de discussion conduisent plutôt à rendre cet ouvrage à la continuité au sein de laquelle il s’inscrit. C’est d’ailleurs ce à quoi invite, outre tous les commentaires déjà cités, l’article de Raoul Allier de L’Action du 16 janvier 1914 : « la répartition géographique des opinions politiques et [les] phénomènes de continuité politique » soulignés par l’auteur sont biens connus des « professionnels de la politique » signale ce commentateur. Le Tableau peut donc être considéré avec au moins autant de vraisemblance comme une étape marquante qui participe d’un processus plus long : celui qui voit se constituer une pluralité de savoirs et de savoir-faire - ceux-ci pouvant même être le fait de différents opérateurs du jeu politique - rassemblés ici puis systématisés et démultipliés dans l’enquête conduite par A. Siegfried. De ce point de vue, même si la rareté des publications spécifiquement consacrées aux phénomènes électoraux fait apparaître l’ouvrage comme novateur, sa publication prolonge et reconduit le sens politique des élections progressivement constitué dans l’apprentissage et la maîtrise de la technologie électorale. Le mode d’approche qu’engage le travail de A. Siegfried d’une part, les techniques qu’il met en oeuvre de l’autre, sont donc immédiatement en affinité avec le sens politique des opérations électorales alors en cours de construction. On ne saurait mieux dire à quel point il paraît alors nécessaire de réévaluer le regard qu’on porte sur cette oeuvre. « Les sciences qui ont pour objet des institutions et des événements culturels humains, sont issues historiquement de considérations pratiques » écrit Max Weber [7]. Comment ne pas penser dans la perspective ouverte par le sociologue allemand que le Tableau est une entreprise qui engage des savoirs et des savoir-faire pratiquement constitués et tente, en dépit de ses origines et même contre les usages auxquels il est promis, d’en imposer un usage proprement savant, coupé de ses racines.

La science électorale, pas plus qu’aucune autre science, ne sort armée de pied en cap du cerveau de son génial « inventeur ». Rendre compte de la genèse de l’analyse électorale implique donc plutôt de ne pas perdre de vue qu’avant même qu’A. Siegfried ne cherche à analyser la répartition géographique des opinions politiques et que ne soient posées les premières bases d’une « science » électorale, les élections sont au coeur des préoccupations d’individus qui s’efforcent de maîtriser ce jeu, ce qui signifie encore qu’ils cherchent à s’en faire une image rationnelle à partir des expériences qu’ils ont pu cumuler jusque là en cette matière ; on comprend alors que les préfets soient placés dans l’affaire au premier plan : il incombe en effet à ces précieux auxiliaires du ministère de l’Intérieur d’organiser et de rendre périodiquement compte des élections auprès de leurs supérieurs. L’examen de dossiers électoraux de préfecture démontre en tout cas que bon nombre de ces praticiens de la politique bénéficient d’une solide connaissance de la distribution statistique des suffrages, comme d’un art consommé pour jouer sur les étiquettes partisanes. Il leur arrive en outre parfois de représenter sur de simples fonds de cartes - teintés en fonction des nuances politiques attribuées à différents élus - la géographie électorale de leur département, conformément aux instructions posées par les responsables du ministère de l’Intérieur (Circulaire du 30 octobre 1907). Forte est alors la tentation de comparer le tableau politique que dresse A. Siegfried de l’ouest de la France à une somme ou à un recueil de monographies de dimensions plus modestes, qui auraient très bien pu résulter du travail même accompli sur le terrain par trois ou quatre préfets. Une autre raison très pratique pourrait encore justifier l’intérêt d’un tel rapprochement : pour concevoir son Tableau, A. Siegfried sollicite directement divers préfets ; c’est du moins par leur intermédiaire qu’il recueille la statistique des résultats électoraux des départements sur lesquels portent ses investigations. Et c’est notamment à l’aide du travail de regroupement statistique, et à partir de la qualification politique des suffrages exprimés et des candidatures posées opérés par l’administration préfectorale qu’A. Siegfried échafaude son ouvrage. L’un des préfets consulté profite d’ailleurs de l’occasion pour brosser une présentation rapide de l’histoire politique récente de la Bretagne après avoir indiqué qu’il se serait lui-même volontiers livré à l’étude poursuivie par A. Siegfried s’il avait pu bénéficier de plus de temps libre dans l’exercice de ses activités [8].

On se propose donc dans les pages qui suivent de partir à la redécouverte d’un savoir-faire pratique aujourd’hui tombé dans l’oubli : il s’agit de suivre à la trace le façonnement du savoir électoral que mettent en oeuvre les agents de l’administration préfectorale lors de législatives qui surviennent en France de 1852 à 1914 [9]. Car c’est à la seule condition de se placer en amont du travail accompli par A. Siegfried - en étudiant le savoir-faire électoral d’agents politico-administratifs - que l’on se donne le moyen de penser la genèse de ce processus essentiel - selon Norbert Elias - de la « différentiation croissante du travail scientifique et de ses moteurs sociaux ». Après 1945 en effet, dans le domaine de l’analyse électorale, comme dans bien d’autres, « il y aura bientôt [...] des spécialistes qui élaboreront tous leur propre jargon, leurs propres théories et leurs propres méthodes ; tout ceci étant inaccessible aux non-spécialistes. On aura alors atteint le "professionalisme" idéal, la nouvelle spécialité sera devenue absolument autonome » [10]. C’est par conséquent non seulement la construction d’un savoir-faire électoral, mais aussi la formation d’un milieu équipé d’un savoir-faire pratique bien propre à la démultiplication du travail politique qui constitueront les orientations majeures de cette enquête sur la genèse d’un savoir électoral savant ; de ce point de vue, l’ensemble de ce projet s’inscrit donc dans le prolongement d’une problématique qui est celle des formes sociales de l’objectivation [11].

Surveiller et prévoir

Patrick Champagne rappelait récemment « qu’activité à risque, la politique attire et appelle toutes les technologies sociales, qu’elles soient scientifiques ou magiques, qui se proposent de réduire les incertitudes » [12]. Source d’aléas et de tensions, l’ouverture d’une période électorale se traduit par une démultiplication de l’activité de renseignement des correspondants locaux du ministère de l’Intérieur.

Comme il leur appartient en 1862 de faire connaître les noms des candidats déclarés ainsi que leurs « chances, comparées à celles des députés actuels » (Circulaire du 28 février 1862) [13], les préfets s’ingénient au tournant du siècle à dresser un tableau d’ensemble de la situation politique de leurs départements à l’aide, notamment, d’indications recueillies « sur les positions respectivement prises par les partis en présence, sur les organisations existantes ou simplement projetées, les congrès, réunions et conférences qui ont pu avoir lieu, et les candidatures diverses qui ont été proclamées ou simplement annoncées, celles mises en avant par la presse ou qui se sont produites spontanément avec les chances diverses qu’elles peuvent présenter » (Circulaire du 10 décembre 1901). C’est d’abord la proximité de l’ouverture d’une période électorale qui favorise par conséquent l’actualisation des dossiers électoraux de préfecture : jusqu’en 1898, chaque préfet doit profiter de cette occasion pour présenter les « changements survenus dans la situation politique des diverses circonscriptions de [son] département » à compter du dernier renouvellement législatif qui précède (Circulaires du 28 décembre 1892 et du 29 janvier 1898). À partir de cette date, ce travail d’enquête tend en revanche à se déconnecter des conjonctures électorales qui seules auparavant en exigeaient la mise en oeuvre : l’installation de Louis Barthou au ministère de l’Intérieur signe en effet pour un temps la mensualisation de ces rapports (Circulaire du 29 janvier 1898).

Les prescriptions que livrent maintes circulaires définissent alors l’économie générale du modèle de l’enquête électorale idéale. Pour l’observateur extérieur, elles constituent autant de traces dans lesquelles se donne à lire la transformation d’un savoir et d’un lot de savoir-faire. L’estimation de l’issue d’une consultation s’effectue ainsi le plus souvent à partir du simple examen des concurrents en lice. Pour ce faire, les préfets doivent communiquer tous les « documents officiels, circulaires et professions de foi publiés soit par les comités, soit par les candidats eux-mêmes » (Circulaire du 26 août 1889), ou transmettre des notices « de renseignements contenant des informations précises sur leurs antécédents politiques, leur nuance exacte, leur situation et leur influence dans la circonscription » (Circulaire du 25 juillet 1893). L’ensemble de ces dossiers vise par conséquent à éclairer le ministère sur « la profession du candidat, son âge, sa situation politique, ses aptitudes spéciales, sa valeur personnelle et sur ses antécédents politiques et administratifs » (Circulaire du 7 avril 1906). Au surplus, ces axes d’enquête ne sont pas exclusifs d’autres recherches puisqu’une large place est également laissée à l’initiative du préfet qui conserve « le soin de compléter ces informations [signalées] à titre d’exemple, par tous les autres renseignements, observations et appréciations » qu’il jugerait utile d’ajouter (Circulaire du 28 décembre 1892).

La surveillance des candidats, de leurs mouvements, ainsi que des organisations ou des comités qui les appuient n’est pourtant pas la seule modalité de contrôle des candidatures posées convoquée au chevet de chaque législature qui s’achève : à l’examen des personnes, fait écho la transmission de données chiffrées. Dès 1892 en effet, l’enquête électorale doit impérativement être rapportée aux résultats de la dernière législative passée : bien avant le premier tour des élections de 1893, sont expédiés aux préfets des tableaux où sont à consigner très « exactement les résultats numériques des scrutins des 22 septembre et 6 octobre 1889, en mentionnant les noms, la profession et la couleur politique des divers candidats » ; la note précise de surcroît qu’il convient, « au cas où, par suite d’invalidation, de démission ou de décès, des élections auraient eu lieu depuis cette époque », d’en inscrire « le résultat immédiatement après, dans les mêmes conditions et sous la même forme » (Circulaire du 28 décembre 1892). Ultime conseil pratique de cette commande : « les renouvellements des conseils municipaux, des conseils généraux et d’arrondissements qui ont eu lieu cette année, pourront [aussi constituer] un important élément d’appréciation ».

Entre ces deux façons d’observer la procédure électorale ex-ante que lie invariablement l’enquête du préfet - les candidats d’une part, la statistique des résultats électoraux de l’autre - s’opère donc progressivement la mise en forme d’un savoir pratique de la prévision de toute première nécessité, dont atteste parfois le ton solennel de la correspondance du ministère : « Monsieur le préfet [...] quand une législature approche de son terme, il est plus que jamais nécessaire d’étudier de très près la situation politique, et de se rendre un compte très exact des voeux et des tendances des populations. Dans ce but, votre premier soin, après les opérations de la révision dans chaque canton, doit être de voir les Maires, les Juges de Paix, les notables, tous ceux enfin qui peuvent fournir des appréciations éclairées, ou exercer une influence quelconque sur la question électorale [...] L’enquête électorale à laquelle vous aurez à procéder, demande un certain temps matériel pour être faite avec fruit, et votre présence dans le pays peut, au seul point de vue de l’effet moral, servir puissamment les intérêts politiques que vous avez à défendre [...] En pareille matière, vous le savez, les relations personnelles jouent un rôle considérable. Dans votre situation surtout, M. le préfet, un accueil prévenant peut suffire pour fortifier les amitiés acquises au Gouvernement et amortir bien des hostilités. Aussi ne sauriez-vous chercher avec trop de soin à multiplier ces sympathies qui deviennent des alliances, et qui vous donnent au jour de la lutte des auxiliaires dévoués [...] Dans les cantons faisant partie d’une circonscription pour laquelle je vous aurais déjà fait connaître de vive voix ou par écrit la décision arrêtée par le Gouvernement, en vue des élections législatives prochaines, vous seriez naturellement autorisé à indiquer aux Maires dans quelles dispositions l’Administration entend aborder le scrutin [...] Pour les collèges au contraire, à l’égard desquels il n’a pas été possible de prendre encore une résolution vous devrez vous abstenir de tout engagement, mais questionner incessamment les hommes du pays sur le choix du candidat, vous enquérir des chances de succès de chaque compétiteur, étudier le tempérament, l’esprit, les convenances de chaque localité, et me rendre compte du résultat de ces investigations » (Circulaire du 28 mai 1868). Mais on aurait tort de s’arrêter simplement sur la gravité du ton de cette circulaire car son contenu explicite aussi très clairement les modalités et les finalités des enquêtes auxquelles sont conviés les préfets. En vertu de ces directives en effet, ce travail ne peut être confondu avec un pur effort d’analyse, de réflexion ou de distanciation [14]. Il implique bien évidemment les préfets directement dans la bataille électorale sans pour autant provoquer l’apparition d’un rapport homogène à l’élection de l’ensemble de ce personnel d’État.

La gestion prévisionnelle de l’élection

Il ne faudrait pas croire - parce qu’au fil du temps l’on voit se dessiner un savoir qui s’apparente à de la gestion électorale prévisionnelle - que ce savoir soit d’une part très sophistiqué et de l’autre parfaitement homogène. De nombreux exemples pourraient d’ailleurs illustrer les difficultés qui résultent fréquemment de la production d’estimations électorales. Ici, tel commissaire spécial fonde ses conclusions sur « l’opinion générale » de l’arrondissement comme il fait mention dans ses investigations d’une tout aussi insaisissable « impression générale » pour formuler et justifier ses vagues prévisions [15]. S’adressant au préfet de la Seine-Inférieure, le commissaire de la Sûreté Générale établit au Havre s’exprime également sur ce registre pour rendre compte de la valeur d’un candidat : une surenchère de « on dit que », « on croit que » lui permet alors de rédiger ses pronostics comme suit : « Pour le cas où M. Gros retirerait sa candidature, on établit assez généralement [...] le triomphe du parti de l’ordre » [16]. Les rapports de maints sous-préfets sont à l’image de ceux de ces indicateurs qui leur servent d’ailleurs d’auxiliaires. L’un d’entre eux en poste à Neufchâtel n’est pas plus en mesure de préciser l’identité de ses informateurs que de se montrer clair quant à l’issue probable du scrutin qui retient son attention, ce qui ne l’empêche pas de prédire que la « situation électorale est partout satisfaisante » et qu’elle « donne lieu d’attendre un excellent résultat » [17]. Dans la même veine que ce tableau impressionniste, un autre sous-préfet reconnaît plus franchement son incapacité à saisir un indice de la supériorité de l’un des candidats de son arrondissement sur l’autre dans la période qui précède de peu les législatives de 1889 [18].

L’évocation de ces incertitudes et de ces difficultés qui entravent l’exercice de la prévision a pourtant de quoi surprendre. Sous le Second-Empire ou au début de la IIIè République, les modalités mêmes de la procédure électorale comme les multiples contraintes qu’endurent nombre d’électeurs ne lèvent-elles pas une bonne part du mystère de l’acte de vote et a fortiori, l’incertitude même de l’issue d’un scrutin [19] ? A. Siegfried évoque d’ailleurs à maintes reprises dans son maître ouvrage ces formes de pression et de corruption : « l’expérience de la politique révèle [...] très vite qu’un certain nombre de votes ne sont pas libres : voici des fermiers ou des métayers qui, par peur de leur propriétaire, ne votent qu’en tremblant ; voici des ouvriers contraints par leur patron, des fonctionnaires inquiets des représailles préfectorales ou de la rancune du député vainqueur. Dans les grandes villes, le vote est à peu près secret, d’où réduction au minimum des pressions électorales. Mais dans les petites communes, l’urne ne conserve guère de mystère : le grand propriétaire, le maire, l’instituteur, le curé ont plus d’un moyen de connaître le bulletin qu’on dépose ou qu’on va déposer » [20]. A. Garrigou insiste également sur cette question en rappelant que la procédure électorale persiste à s’apparenter, en l’absence d’isoloirs, à celle d’un « vote secret en public » qui offre la possibilité de savoir pour qui chaque citoyen votait [21]. Information qui préoccupe directement les préfets. Sous ce rapport, les renseignements transmis par le maire de Bléré restent exemplaires : « Monsieur [...] il vous intéressera peut-être de savoir comment nos élections se sont passées aujourd’hui à Bléré pour la première journée [...] Sur 980 votants inscrits 353 ont pris part au vote [...] J’ai pu remarquer parmi les bulletins qu’on m’a remis le nom de M. Nioche. J’ai lieu d’espérer que le nombre n’en sera pas grand [...] le nom de Nioche se voyait facilement à travers le papier plié qui était assez transparent » [22]. Lorsqu’il « estime que le projet relatif au vote sous enveloppe est des plus dangereux et qu’il est susceptible, dans son application, de receler un inconnu redoutable » [23], le préfet de la Seine-Inférieure ne fait que conforter cette hypothèse selon laquelle la prédiction du résultat d’une élection ne se dérobe souvent pas devant l’opiniâtreté du regard de ces agents de préfecture compte tenu des moyens d’action et de pression dont ils peuvent bénéficier pour muer leurs impressions en certitudes.

Au premier abord on est donc tenté d’interpréter les réserves ou les hésitations qui entravent la formulation de maintes prévisions comme autant d’expressions de la difficile conversion, sous une forme écrite, de savoirs pratiques circonscrits à des techniques de mobilisation électorale. Qu’y-a-t-il d’ailleurs là de bien surprenant ? Plus que de longues démonstrations, plus que de belles prévisions, réfléchies et logiques, ce qui comble avant tout les voeux du ministère, c’est l’annonce du « bon » résultat d’une élection. Or, la capacité à mettre en forme des analyses et réflexions ne se confond pas nécessairement avec le savoir-faire de la prévision, qui reste au départ un savoir pratique de la mobilisation. Autrement dit, la capacité d’analyse ne fait pas la victoire, comme en témoignent les erreurs de pronostics commises par maints préfets. Mais, qu’il transmette ses impressions personnelles ou ses intimes convictions quant au résultat probable d’une élection, qu’il fasse la synthèse des différents rapports que lui expédient ses auxiliaires, ou qu’il se borne à retranscrire la simple opinion d’acteurs politiques locaux influents [24], le préfet s’engage de toute façon en soumettant son travail aux responsables de son ministère ; quoi qu’il arrive, le décompte final des voix vient toujours trancher le noeud de ses estimations ; et c’est à l’aune de ce résultat qu’est irrémédiablement mesuré le bien fondé de son enquête et, comme en négatif, la fiabilité de ses compétences en politique.

Comment se fait-il donc par conséquent que ce savoir de la prévision puisse paraître aussi souvent imprécis ou flou ? C’est qu’on est dans la logique d’un espace pratique où le préfet n’est qu’un point dans un réseau parmi d’autres ; il n’est donc guère pertinent d’isoler ses paroles et ses actes de l’ensemble de ces contacts qu’il entretient avec ses partenaires obligés qu’il soutient, côtoie ou affronte parfois dans le cadre de cette configuration. C’est donc d’abord la position de force tenue par cet agent au sein de ce réseau qui permet d’expliquer la plus ou moins grande fiabilité de ses prévisions. Un séjour trop bref ou une installation récente dans le département peut ainsi se traduire par l’incapacité pure et simple de produire ces informations à l’image de ce préfet de l’Indre-et-Loire qui se borne dans cette situation à transmettre à son supérieur la copie des rapports établis par deux de ses sous-préfets [25]. Parfois, c’est au tour de rivalités de personnes de compromettre la mise en forme d’un tel travail : « La plupart du temps, je n’apprends les choses que par hasard », se plaint un des sous-préfets d’Yvetôt confronté à de sérieuses démêlées avec la gendarmerie de son arrondissement, dont il attend d’autant moins d’elle de renseignements « sur la situation politique et les incidents s’y rattachant », qu’il sait « qu’elle ne croit pas y être obligée - officiellement » [26]. La marge de manoeuvre d’un préfet se rétrécit même considérablement lorsqu’il trouve face à lui dans le département quelques élus influents comme en témoigne par exemple en 1873 la vive réaction du baron Eschassériaux à la nouvelle de la nomination à Saintes d’un préfet républicain : il rend aussitôt visite au sous-secrétaire d’État chargé des remaniements du personnel, exigeant un remplaçant qui lui inspire confiance et menace tout simplement de retirer le concours de l’Appel au Peuple à la droite parlementaire qui soutient alors le gouvernement avant d’obtenir gain de cause. Dans un intervalle de temps rapproché, ce grand notable bonapartiste prend également connaissance de l’arrivée à Jonzac, dans sa propre circonscription, d’un nouveau sous-préfet par une lettre de sa femme qui confirme la suprématie de cet élu dans son arrondissement : « M. Boffinton a vu le jeune sous-préfet de Jonzac. Il a 24 ans. C’est un légitimiste protestant parent des Martell, de Cognac. Il connaît les de Lestrange. Il est très timide, fort effrayé de la situation et il a grand peur de toi. Boffinton l’a rassuré, l’a un peu mis au courant, lui a dit que Faure [un fonctionnaire bonapartiste de la sous-préfecture] ferait son éducation [...] Boffinton croit que tu feras bien d’aller le voir si tu vas à Jonzac, il faut l’encourager » [27].

Inversement, les prévisions paraissent beaucoup plus fiables lorsque le préfet bénéficie d’une meilleure intégration au sein des groupes d’individus qui sont immédiatement impliqués dans l’élection. Ici, tel candidat suit par exemple les conseils du fonctionnaire pour conduire sa campagne électorale : « M. Moisant a commencé sur mes instructions ses tournées de communes, il en était grand temps car on se plaignait de ne pas le voir. Son élection me paraît se présenter dans des conditions très favorables. Hier encore, invité par le conseil municipal d’une de ses communes, j’y ai recueilli l’impression la meilleure [...] Il paraîtrait cependant que les candidatures socialistes gagneraient du terrain dans le canton de Château-Renaud [...] nous cherchons le moyen d’agir dans ce canton bien mauvais... » [28]. Le savoir de ce personnel d’État en matière de prévision se confond ainsi à la perfection avec le répertoire des technologies de la mobilisation. À moins simplement que la fiabilité d’estimations ne résulte de la bonne implantation de son auteur, à l’instar de cet auxiliaire qui s’empresse de présenter le résumé de ses appréciations comme suit : « Pénétré de l’importance que peuvent présenter mes renseignements, et jaloux de justifier votre confiance en leur imprimant un cachet certain d’exactitude, je n’ai pas cru toutefois devoir mettre à profit le délai que vous aviez bien voulu m’accorder pour préparer ma réponse ; la question qui nous préoccupe aujourd’hui m’est trop connue dans ses plus petits détails ; j’ai parcouru trop souvent depuis deux mois le terrain où elle doit se débattre, pour que les impressions les plus secrètes de l’esprit ou du coeur des électeurs de la 5è circonscription électorale ne me soient pas parfaitement familières » [29]. Enfin, il n’est pas interdit que l’installation de ces auxiliaires de l’Intérieur se traduise par l’établissement de solides relations et que cette entente entre candidats, notables, élus et agents de préfecture se double d’une connivence de point de vue. C’est ainsi que de l’avis d’un sous-préfet de Châtellerault, « l’honorable M. H., président du Conseil Général, vétéran des luttes politiques dans l’arrondissement [...] est le meilleur juge » en matière d’estimations électorales. « Son avis, poursuit-il, a confirmé les prévisions que j’ai l’honneur de placer sous vos yeux. Elles sont d’ailleurs confirmées par les résultats de 1881, 1885, 1889 et 1892 (élection municipale) sauf en ce qui concerne la ville même de Châtellerault, laquelle échappe à toute évaluation sérieuse et ne laisse prévoir qu’un résultat absolument conjectural » [30].

Lorsque le façonnement d’un savoir préfectoral de la prévision renvoie de la sorte à la construction d’un plus vaste milieu, dont les agents sont équipés d’un savoir-faire pratique bien propre à la démultiplication du travail politique, on ne peut manquer en revanche de relever un dernier paradoxe : pour l’essentiel, les informations collectées puis transmises par le préfet contrastent singulièrement avec la classification « confidentiel », ou « très-confidentiel » qu’imposent les circulaires qui en passent la commande. En ce sens par exemple, tel rapport relatant le déroulement d’une réunion électorale ne se distingue souvent guère du compte rendu qu’en fait un publiciste dans la presse. La classification « confidentiel » de l’enquête électorale du préfet ne correspond donc pas à la valeur substantive des informations qu’il livre au ministère de l’Intérieur. Cette technologie institutionnelle élémentaire du secret introduit par conséquent une classification artificielle de la rareté des informations qui circulent entre les individus qui s’occupent d’élections. Du même coup, l’accès à cette information électorale classifiée tend à valoriser la position des agents de préfecture. Car à la faveur de l’enquête électorale, présumée secrète sinon discrète, s’opère la construction d’une distribution différentielle de l’accès à ces stocks de connaissances relatifs à la vie politique de chaque département. Officiellement habilités par le ministère à manipuler ces informations classifiées, les préfets font ainsi figure d’experts. Sous le couvert de cette classification se construit donc ni plus ni moins qu’une barrière entre la masse des profanes qui ne possèdent pas ce sens pratique de l’élection et la minorité de professionnels - dont les préfets sont les représentants les plus autorisés - habilités à traiter de questions d’ordre électoral [31]. En outre, on ne peut pas sous-estimer que la précision ou l’imprécision est liée à ce qu’il s’agit là d’un exercice où le préfet se fait valoir auprès de son autorité hiérarchique et qu’elle en dit par conséquent au moins autant sur l’art de se faire valoir que sur l’art de l’évaluation. Au demeurant, pour convenir de ce statut d’expert es élections qui définit le mieux ces agents de préfecture, il importe de revenir aussi sur les processus plus larges qui ont pu affermir la continuité et la stabilité de leur savoir de l’anticipation sur le jeu politique local. On observe alors en effet dans cet art pratique des préfets que la prévision tend à prendre la forme d’une lutte sur le bon chiffre.

Le bon chiffre

Alors Ministre de l’Intérieur, L. Barthou reprocha un jour à l’un de ses préfets, non pas l’élection d’un candidat indésirable, mais bien plutôt le fait qu’il n’ait pas su prévoir le résultat de cette consultation pour l’en avertir à l’avance. A priori banale, l’anecdote permet cependant de prendre la mesure de l’importance conquise au gré des renouvellements législatifs par ces conjectures de préfecture : car ce n’est plus le mauvais résultat qui est ici directement blâmé par le Ministre, mais l’absence d’estimations fiables qui auraient pu permettre d’en prévenir les conséquences.

Du même coup, il est plus que probable qu’entre 1852 et 1914, sous l’effet de transformations qui ont induit une complexification du jeu politique, les préfets aient eu à moduler leurs façons de voir et de prévoir compte tenu des nouvelles sources d’incertitude ouvertes par le changement progressif des conditions qui commandent le déroulement des luttes électorales locales. Si le nombre total des électeurs inscrits ne s’accroît que très modérément sur cette période [32], de nouveaux entrepreneurs politiques investissent la compétition. M. Dogan estime à trois pour un le rapport entre candidats et sièges à pourvoir au début de la IIIè République. Ce rapport passe à cinq / six pour un entre les deux guerres. La concurrence s’accroît par conséquent, ce dont témoigne également l’augmentation du nombre des seconds tours de scrutin depuis le Second-Empire [33]. Dès 1869, l’opposition se réveille, ce qui donne lieu à 59 ballottages lors des législatives. De même, si jusqu’en 1898, 75 à 90% des députés nommés le sont dès le premier tour, de 1898 à 1910, la proportion de ces élus ne représente plus que les deux-tiers des postes législatifs à pourvoir. La durée moyenne des élections s’allonge donc, les seconds tours se multiplient et fraient aussi la voie au jeu d’alliances, de coalitions, de rumeurs de désistement, bref à des tactiques sinon nouvelles, du moins jusqu’alors peu répandues, dont les agents de préfecture doivent plus que jamais faire l’apprentissage pour produire leurs estimations.

D’un autre côté, outre ces transformations morphologiques globales, les conditions pratiques de l’acte de vote vont elles-mêmes se modifier, notamment à la suite de l’introduction de la technologie du secret assurée par l’isoloir et le vote sous enveloppe. Or, en « empêchant la contrainte sur le vote et la vente du vote » [34], il est probable que ces réformes rendent plus aléatoires les anticipations de la préfecture, même si la lecture de rapports relatifs à l’expérimentation de ces procédures permet aussi de constater qu’en dépit de ce que « la loi force les électeurs à entrer dans l’isoloir pour mettre leur bulletin dans l’enveloppe [...] plusieurs d’entre eux se refusent à y entrer et préfèrent mettre leur bulletin ostensiblement et au grand jour, dans l’enveloppe » [35]. La nouvelle loi n’entraîne donc pas en un jour la disparition de vieilles habitudes ; une loi officialise avant tout en effet ce qu’est la conception qui se fait jour dans la classe des représentants ; reste évidemment le travail de pédagogie politique à accomplir pour que cette conception nouvelle devienne celle des autres individus. Elle ne garantit donc pas spontanément la suppression d’anciens types de transactions entre électeurs, candidats et agents de l’administration comme en témoigne le regard outré d’un instituteur de Limalonges qui se plaint au préfet de l’attitude du maire de sa commune qui « n’a tenu aucun compte de la loi sur l’affichage électoral » pas plus qu’il n’a « obligé les électeurs [...] à passer par les isoloirs » et qui n’a pas encore, « 45 heures après la clôture du scrutin, affiché le procès-verbal de l’élection du 26 courant, prouvant par là que le scrutin [...] n’a pas répondu à ses désirs » [36].

Une autre importante raison milite toutefois en faveur de la réactualisation et de la formalisation du savoir anticipateur comme de la réorganisation du mode de présentation de ces estimations électorales : on sait que la question de la « réforme électorale » devint un enjeu politique crucial au début des années 1880 sous l’impulsion de groupes de députés républicains ; dans cette affaire les préfets furent donc conviés à faire des simulations de résultats selon le mode de scrutin - scrutin uninominal majoritaire ou représentation proportionnelle - pour apprécier leurs effets comparés sur l’équilibre des forces politiques. Or, l’imposition de ces enquêtes n’opère pas un simple déplacement du regard. Elle offre en fait de nouveaux objets aux investigations de ces agents : car plutôt que de statuer comme d’ordinaire sur l’issue des luttes électorales - ce qui revient le plus souvent à définir les modalités de l’intervention du préfet dans le cours de la consultation - il leur incombe désormais de présenter une opinion raisonnée relative aux conditions techniques susceptibles d’assurer le succès électoral de parlementaires. Les difficultés surgissent alors, compte tenu du caractère abstrait d’un tel travail : d’abord parce que l’enquête tend à sortir du cadre immédiat des savoirs pratiques de la gestion coutumière des luttes électorales. De fait ce n’est plus simplement l’ouverture d’un scrutin qui suscite la mise en oeuvre de ces technologies contiguës d’un savoir anticipateur, puisque ce sont aussi les débats parlementaires qui en imposent à leur tour et selon leur propre rythme la réalisation, sur un mode plus distancié pour penser les effets comparés de modes de votation. Les renseignements quémandés par le Ministre confortent également le haut degré d’abstraction de ces investigations. Les particularismes locaux et les conditions pratiques du vote disparaissent sous l’épaisseur d’un nouveau discours de préfecture qui se voit contraint de n’épouser que « sommairement, en cas de besoin [...] les questions de personnes et l’examen des candidatures » [37] pour se cantonner à la transmission pure et simple « sans commentaire et sous forme de tableaux [des...] indications numériques réclamées » (Circulaire du 28 novembre 1905) : l’information apparaît donc souvent « comme détachée de la situation sociale dans laquelle elle était prise » [38]. Par conséquent, les préfets se trouvent dans l’obligation de produire leurs prévisions en les reformulant à partir de savoirs statistiques et taxinomiques qu’ils ont pu cumuler jusque là à l’occasion de leurs interventions passées au sein du jeu politique. Mais à la faveur de ces opérations se renégocie également la maîtrise préfectorale des instruments et des catégories d’encodage ou de comptage politique qui étaient à leur disposition. Dans cette perspective, les « données » à livrer deviennent alors des « données » à construire. Il ne suffit plus d’additionner simplement des suffrages mais d’utiliser plutôt divers comptes électoraux pour procéder à la mise en forme de nouveaux produits statistiques plus élaborés : des séries de moyennes et de pourcentages investissent alors les colonnes des tableaux conformément aux directives tracées par la circulaire (Circulaires du 12 septembre 1888 et du 12 juin 1896). De surcroît, la construction de ces données s’effectue très vite sur la base de leur distribution à partir de systèmes de classement complexes. À cet effet, le ministère exige que les préfets formulent « avec autant de précision que possible [leurs] prévisions », à livrer sous forme de tableaux « en cas d’élections générales, au scrutin de liste par département ou par arrondissement et au scrutin uninominal avec circonscriptions tel qu’il a fonctionné en 1881 », en précisant également « la nuance d’opinion, républicaine ou hostile, qui paraîtrait devoir l’emporter, suivant ces trois modes de scrutin » (Circulaire du 12 septembre 1888). Du même coup, sous l’effet de la distanciation qu’impose aux préfets un cadre aussi strict à la réalisation de leurs estimations, s’objective une représentation qui tend à assigner au vote un sens immédiatement politique. Sous-produits de ces multiples opérations qui sont au principe de leur mise en forme graphique, naissent et se découpent alors des groupes que l’on qualifiera d’électorats. À l’occasion de cette réorientation du regard, la description cède déjà le pas à un plus ample travail de réflexion : les préfets sont en effet ici et là invités à rechercher « les causes, qui [leur] paraîtront avoir déterminé [de] nouveaux courants d’opinions... » (Circulaire du 12 septembre 1888).

La neutralisation du rapport pratique à la prévision

Avec le Second-Empire, la trace d’un savoir-faire taxinomique et comptable de la prévision dans les dossiers électoraux de préfecture se fait plus nette. Et il n’est guère difficile d’en suivre la recomposition selon le degré de complexité des luttes électorales dont il incombe aux préfets de prévoir l’issue.

Alerté « qu’une partie des électeurs se séparent du candidat qu’ils prévoient devoir être choisi par le gouvernement », le préfet de la Seine-Inférieure souhaite être fixé sur la situation politique de la 5è circonscription de son département en octobre 1859. Nulle part sa requête ne fait allusion à la transmission de quelques prévisions numériques que ce soit. Le sous-préfet qui s’empresse d’y répondre assortit pourtant son travail « d’un tableau approximatif des voix que chacun des deux principaux candidats obtiendra [...] bien convaincu que [ses] chiffres s’éloigneront peu de la vérité » [39]. Dix ans plus tard, après s’être inspiré des avis éclairés de notables influents, un autre sous-préfet consigne à son tour dans un tableau plus dépouillé ses appréciations relatives à « la disposition des esprits » des électeurs de dix-sept communes en faveur du candidat officiel. Son travail semble alors subir le poids de l’accroissement de la complexité des luttes électorales du moment : l’étiquetage de ses communes s’opère donc en fonction de simples catégories telles que médiocre, mauvaise, hostile, passable, bonne ou favorable [40]. À l’inverse, les estimations produites en 1893 par l’un des sous-préfets de la Vienne attestent la standardisation d’un tel exercice sous une forme comptable. Le tableau complété à la main se présente sous une forme dactylographiée et pour chaque commune qui compose la circonscription, il livre le détail du nombre probable des voix qui pourraient être attribuées à l’un des candidats. L’unité de mesure de référence se transforme à nouveau car il ne s’agit plus d’exprimer des ordres de grandeur flous, ni de livrer des appréciations qui laissent le champ libre à l’intervention de la subjectivité (Cf. les catégories bonne, médiocre...). Le relevé statistique sobre et austère ne délivre ici que le décompte systématique des voix qui peuvent être regroupées autour de ce candidat dans chaque commune [41].

Outre cette série d’adaptations, l’émergence d’un véritable sens critique traduit plus nettement encore le besoin d’objectivité et de distanciation qu’impose le ministère pour faire face à ces changements de situation. On peut lire en ce sens un rapport rédigé par le sous-préfet du Havre en 1896 à l’intention de son supérieur : « Je m’empresse de vous [...] adresser mes prévisions approximatives au sujet des futures élections [...] Conformément aux instructions contenues dans votre dépêche [...] je me suis reporté aux résultats des diverses élections législatives depuis 1881 ; mais pour la 1ère circonscription, j’ai basé mes appréciations sur les élections municipales dernières de la ville du Havre qui ont eu [...] un caractère nettement politique » [42]. Le rapport établi par le sous-préfet de Loches en 1888 fait écho à cette correspondance et témoigne de la formation de cette faculté de choisir ou de juger les éléments propres à fonder de plus fiables estimations. Pour prédire l’issue des législatives de 1889, l’expert part donc d’un constat : « aux élections de 1881 M. Wilson avait recueilli 11.099 voix sur environ 19.000 inscrits, il n’avait pas de concurrent, il était alors à l’apogée de son influence tant par sa situation personnelle que par les hautes fonctions occupées par son beau-père. Il me paraîtrait donc plus pratique et plus sûr pour établir mes prévisions de comparer les résultats des élections antérieures » [43]. Il arrive même que l’informateur souligne enfin le caractère inadéquat des catégories politiques imposées par la circulaire pour traiter de ces questions. Un sous-préfet note ainsi que « les républicains libéraux et progressistes - comme les nationalistes d’ailleurs - forts peu nombreux, ne représentent pas un parti organisé homogène, si bien que l’opposition aux républicains de gauche, quelle que soit la nuance du porte-drapeau, comptera le bloc des voix nationalistes, réactionnaires, libérales et progressistes et qu’ainsi la subdivision des voix de l’opposition [celle proposée par le ministère] est forcément arbitraire » [44]. Un autre sous-préfet se montre pour sa part tout aussi direct et insiste sur un point qui lui paraît central, à savoir que « l’interprétation d’un vote ne résulte pas de données mathématiques » et qu’elle convoque bien au contraire « divers facteurs à défaut desquels cette interprétation serait le plus souvent erronée » [45].

Cette prise de distance critique vis-à-vis des représentations politiques homogènes et centralisées - imposées localement à chaque préfet pour satisfaire aux besoins de responsables politiques de son ministère - est étroitement liée à la réorganisation du savoir de l’anticipation. Et cette redéfinition est à la mesure de la transformation de la conjoncture politique : plus la société dans l’élection échappe au contrôle du préfet - que le secret du vote soit effectivement garanti, ou que la procédure élective s’autonomise de l’administration à la faveur de la conduite plus professionnalisée de candidats qui comptent dorénavant moins sur le concours du préfet pour se faire élire - plus il convient d’être prudent et plus il devient nécessaire de fonder ce savoir sur de nouvelles bases.

Les préfets orientent par conséquent leurs façons de penser l’élection en fonction d’autres perspectives : ici par exemple, c’est le contexte général du scrutin qui fonde le socle de la prévision, à l’image de cette enquête qui rappelle que « l’opinion publique, tout en continuant à laisser [...] le premier rang à la question industrielle commence, surtout dans les grands centres, à se préoccuper des prochaines élections » [46]. Il est ailleurs également question du grand calme des citoyens qui manifestent une faible attention aux débats parlementaires discutés avec plus ou moins de passion par la presse : « la loi militaire qui, seulement au moment où l’on touchait à son application, avait suscité quelques préventions, est, depuis qu’elle a été mise en exécution, bien comprise et la manière dont les opérations de la révision se sont passées témoignent qu’elle est aujourd’hui acceptée sans sous-entendus ». Les lois sur la presse et les réunions publiques, si l’on en croit toujours l’expert, n’ont également « pris que très peu de place dans les préoccupations de la population. La longueur des débats de la chambre ont plutôt diminué qu’excité l’intérêt qu’elles pouvaient provoquer » [47]. Les conclusions formulées par le préfet de la Seine-Inférieure à l’issue de sa tournée de révision permettent encore d’attester ce redéploiement du regard préfectoral vers d’autres domaines : « Les esprits sont encore aux prises avec une vague inquiétude : les transactions commerciales sont toujours hésitantes ; le travail industriel, sans être aussi restreint qu’à tort quelques uns le prétendent, n’a pourtant pas repris son élan ordinaire ; l’agriculture n’est pas encore assez prêt du moment où les bienfaits d’une abondante récolte répareront des souffrances, pour qu’il n’y ait un risque sérieux d’indifférence, au moins, à courir, dans l’appel rapproché à faire aux sentiments et au concours [électoral] dévoué des populations » [48]. Le témoignage d’un autre agent qui s’efforce de prévoir l’issue d’un scrutin à partir des difficultés économiques rencontrées par l’industrie locale permet enfin d’en clore l’illustration : « Le malheur veut que cet arrondissement doit une grande partie de son aisance [...] à l’industrie du tissage à la main qui jusqu’à ce jour avait donné du travail aux ouvriers ruraux ; cette industrie a complètement chômé cet hiver, et cette situation coïncidant avec la hausse du pain a créé une véritable misère parmi nos si nombreux tisserands. J’ai peur que le candidat de l’opposition ne rencontre auprès d’eux plus de succès qu’en 1893 » [49]. Ces quelques remarques suffisent à mesurer le chemin parcouru par le savoir-faire de la prévision, domaine plus légitimement ouvert à l’effort de distanciation et de réflexion. Cette conversion n’entraîne pas en revanche la disparition du caractère fonctionnel de ces investigations. Cette perspective trouve même une éclatante confirmation si l’on s’avise de poursuivre ce travail en comparant ces prédictions qui précèdent l’élection aux commentaires qui les prolongent à l’occasion.

Comptes électoraux et contes préfectoraux

Car il s’en faut de beaucoup pour que la fin des opérations électorales mette un terme au travail des gens de préfecture puisque notamment sous l’Empire, des circulaires passent parfois la commande de rapports d’ensemble sur les élections (Circulaire du 3 juillet 1857) [50]. Les préfets sont par conséquent mis à contribution dans l’affaire. En 1869, ils doivent expliquer les griefs qui ont pu être retenus contre l’administration, ses agents ou ses candidats, comme ils sont dans l’obligation de rendre compte des manoeuvres frauduleuses et déloyales surtout lorsque ces manoeuvres sont celles de candidats de l’opposition (Circulaire du 22 avril 1869). En 1876, une autre circulaire est à l’origine d’un travail de réflexion post-électoral plus précis encore, à savoir l’explication des forts taux d’abstention des dernières élections (Circulaire du 8 mars 1876). Souvent, il n’est d’ailleurs nullement nécessaire que survienne une requête du ministère pour que ces discours soient pensés et conçus dans le secret des préfectures. Encore une fois, leur mise en forme coïncide si bien avec l’utilité pratique qu’y trouvent leurs destinataires, qu’il est superflu d’imposer un cadre formel strict à ces investigations. Et le travail de rationalisation dont les résultats électoraux deviennent l’enjeu concourt toujours, par delà les schèmes d’interprétation qu’il met en oeuvre et à travers les types d’explications qu’il permet d’avancer, à légitimer aux yeux d’agents de l’Intérieur, les aptitudes et les compétences politiques de leurs auxiliaires de préfecture.

Le commentaire s’aligne donc comme la prévision sur le type de configuration électorale qui en occasionne la mise en forme. À la faveur d’une défaite, d’un ballottage impromptu ou encore de résistances inattendues, un préfet est particulièrement prédisposé à donner sens à ces événements, en minorant d’autant leur caractère politique, pour se soustraire au risque d’avoir à répondre d’une mauvaise élection. En fin dialecticien, le sous-préfet du Havre ne se dissimule d’abord pas que le candidat vaincu par l’opposition « était de ces amis incommode, de la perte desquels on se console facilement. Et, cependant, on ne saurait nier que son échec constitue une défaite pour le parti conservateur ». Mais, poursuit l’expert, l’explication du succès de l’opposition n’est pas avant tout l’affaire d’opinions politiques. Plus que les étiquettes des deux candidats, c’est le retrait tardif et impromptu d’un autre concurrent qui a semé un véritable désordre dans la circonscription. Son désistement « immédiatement après le 1er tour de scrutin pouvait encore assurer le succès de M. Ancel, candidat officiel, car on avait le temps de discipliner les électeurs, diriger les maires, et déjouer les manoeuvres de l’opposition ». Mieux, s’il s’était maintenu, « dans cette situation, et quelque fut le candidat que le scrutin favorisât, le vote perdait sa signification politique pour revêtir une signification personnelle ». Une note plus optimiste conclut pourtant ce rapport, qui se poursuit par un portrait plutôt rassurant du nouvel élu : « sa grande fortune, ses habitudes du monde, ses tendances personnelles le classent naturellement dans le tiers-parti et déjà, ses amis annoncent que son opposition ne sera ni rancunière ni systématique » [51].

D’autres commentaires célèbrent à l’inverse le sens éminemment politique de la victoire et, souvent par contrecoup, la responsabilité décisive qui en revient à l’administration. Dans un cas comme dans l’autre, il n’est au demeurant pas rare de constater la dérive du commentaire vers des formes plus ou moins subtiles de dénonciation qui confortent le caractère pratique de cet ouvrage dont un compte rendu du préfet de l’Indre-et-Loire de 1863 reste exemplaire : « L’activité et les efforts de M. de Flavigny ont été croissants jusqu’à la dernière heure », note le commentateur ; « que l’on joigne à ces marques d’action, le concours de quatre conseillers généraux qui n’ont ménagé ni leur peine, ni leur bourse, la connivence plus ou moins ouverte de maires et d’employés, clients ou obligés de l’ex-député », l’explication de l’échec du candidat de l’administration n’a rien de mystérieux. L’expert se contente même de constater simplement qu’il serait « trop long d’entrer dans le détail des manoeuvres de l’opposition qu’il a fallu combattre ». Un tableau suffit pour lors à traduire son propos : celui-ci décompte les voix obtenues par les deux adversaires dans les quatre cantons dont les conseillers généraux se sont dressés contre le candidat de l’administration. L’infériorité numérique des suffrages qu’y recueille ce dernier saute aux yeux comme les noms des quatre conseillers généraux dont le tableau porte précisément la mention [52]. Ces quelques cas suffisent à conforter l’idée qu’analyses et commentaires post-électoraux répondent, non pas d’abord au souci de satisfaire une soif de connaissances que manifesteraient en la matière divers agents politico-administratifs, mais bien plutôt à l’utilité qu’y trouvent leurs producteurs, tant pour justifier la portée de leurs interventions politiques auprès de leurs supérieurs que pour accumuler un ensemble de ressources en vue de contrer le jeu de leurs adversaires. Ici comme ailleurs, le caractère plus disputé de luttes électorales imprime sa marque au commentaire. Des candidats, soutenus ou non par l’administration, intègrent en effet à leurs tactiques de campagne la possibilité de rejouer l’élection, en cas d’issue défavorable, en recueillant çà et là les pièces qui leur permettent de constituer un dossier d’invalidation. Qu’elle soit le fait de candidats ou de leurs auxiliaires dont la formation juridique prédispose à agir dans ces formes et dans ce sens, la multiplication de ces recours au gré des consultations conduit alors à naturaliser la mise en oeuvre de ce répertoire d’action. Par conséquent, aussi bien pour servir les intérêts d’un candidat après l’élection que pour se défendre des attaques de l’opposition, le préfet se trouve sommé de faire face à la contrainte que lui impose l’issue d’un scrutin en en consignant à son tour le déroulement détaillé au sein de rapports circonstanciés dont la tonalité est partout la même. Tel sous-préfet relève donc qu’un maire a menacé de réduire le salaire de ses bobineuses si le candidat réactionnaire n’obtient pas dans sa commune la majorité des suffrages, les enjoignant à presser leurs maris, pères et enfants en âge de voter à porter leurs voix sur ce candidat. Ici, on offre de l’argent et à dîner contre une promesse de vote à des domestiques qui n’avaient jamais usé de leurs droits électoraux. Ailleurs le président d’un bureau n’a pas hésité à ouvrir le bulletin d’un électeur avant de le déposer dans l’urne, ce citoyen étant employé comme domestique chez un dénommé Duhamel qui lui aurait de surcroît marqué son bulletin de manière qu’il pu être reconnu. Là enfin, plusieurs électeurs seraient venus voter à bulletin ouvert [53]. La lecture de ces rapports invite par conséquent à ne pas se laisser enfermer dans ces représentations qui se sont imposées au cours du processus de construction de l’opération électorale et qui créditent a priori chaque vote d’un sens politique.

D’autres rapports dessinent parfois l’architecture de configurations plus complexes où ces tensions se contrarient plus qu’elles ne se fortifient. En Seine-Inférieure, la mise en ballottage d’un candidat « toléré » par l’administration aux législatives de 1869 témoigne de ce type de situation : le candidat de l’opposition s’est engagé dans la bataille avec une grande énergie. « Le mot d’ordre a été donné dans les ateliers et les ouvriers ont montré à quel point ils sont disciplinés sous l’autorité de leurs meneurs puisqu’ils ont voté en masse [pour ce représentant du parti avancé] qui leur était désigné encore bien qu’ils eussent un des leurs pour concurrent » de ce candidat [54]. Quelques temps plus tard, c’est à la « puissance des moyens à l’américaine » d’un autre compétiteur qu’on impute la responsabilité de l’échec du candidat officieux. Deux auxiliaires de l’administration - dont le maire du Havre - ont de surcroît fait défection : or ces derniers « disposent à eux deux d’au moins 3.000 » électeurs dans la circonscription, qu’ils ont ostensiblement contraints à se prononcer en faveur du nouvel élu [55]. Une fois de plus, les commentaires post-électoraux portent donc la marque du caractère moins absolu de la maîtrise des luttes électorales par le fonctionnaire de la préfecture. On assiste en particulier dans ce cas à la relégation à l’arrière-plan des facteurs explicatifs d’ordre politique. L’analyse des résultats électoraux peut être ainsi conduite sous l’éclairage de déterminants d’un tout autre type. Le préfet de l’Indre-et-Loire tente par exemple de comprendre la percée du socialisme qui se manifeste vers 1898 dans son département à partir de l’invocation de facteurs socio-économiques. Frappé par l’organisation et la discipline de ce parti qui n’est marqué par aucune dissidence, celui-ci incline à croire en effet que le succès de ces candidats s’explique avant tout beaucoup plus par une « situation commerciale et agricole que politique ». La réussite de cette entreprise partisane reflète donc d’abord « la situation industrielle et agricole » du département. « Le pays, riche jusqu’à ces dernières années, par son vignoble surtout, est ravagé par le phylloxéra. L’année dernière, par surcroît, la destruction des récoltes de vin par la gelée a été complète et la récolte en blé a subi une perte de 64% environ. Les cultivateurs étaient donc au moment des élections, attristés, endettés et véritablement très malheureux, ils étaient aussi très disposés à recevoir l’impression des théories répandues par une propagande socialiste très habilement et très activement menée. D’autre part les ouvriers des villes souffrent de la situation industrielle ; le commerce [...] est loin d’être prospère. Des demi chômages, des réductions d’heures de travail, l’impossibilité d’employer certains ouvriers accroissent la gêne et la misère de beaucoup de familles et sont aussi sur les ouvriers une cause d’excitation » [56]. Faut-il voir, derrière cette mise en correspondance le simple reflet de la transposition de la propagande socialiste sous la plume du préfet ? Cette façon de lier des « données » économiques et des « données » politiques, la situation industrielle ou commerciale et l’opinion, traduit-elle les conceptions avancées du fonctionnaire ou résulte-t-elle plutôt d’intuitions fondées sur sa solide connaissance de la situation d’ensemble du département ? En l’absence de plus de renseignements sur cet informateur, il est difficile de trancher ces questions. Quoiqu’il en soit, cette rationalisation perd de sa singularité au regard d’autres synthèses produites par des préfets, dont l’agencement dans de vastes tableaux permet de présenter côte-à-côte « la situation politique », « la situation morale et administrative », ainsi que « la situation économique et matérielle » qui prévalent en leurs contrées [57].

Ici et là plus simplement, la réduction des écarts de voix entre candidats occasionne aussi une redécouverte de l’univers de la mesure statistique qui atteste la sophistication d’un savoir de l’introspection comptable de l’élection, lui même au principe de ce redéploiement du commentaire vers ces domaines extra-politiques ; car la statistique constitue le point de départ obligé mais dans la mesure et dans la mesure seulement où l’expertise comptable à laquelle elle fraie la voie sert de prétexte au repérage de difficultés qu’il s’agit d’analyser plus en profondeur à partir d’un éventail de recherches plus diversifié. En revanche, tout comme la rationalisation de l’exercice de la prévision, la sophistication du commentaire ne sert pas d’abord à accroître un pur stock de connaissances. Les nécessités pratiques guident encore ici la réflexion. On peut lire en ce sens le travail du sous-préfet de Châtellerault qui cherche, au lendemain des législatives de 1893, à donner sens à ce scrutin. Transparaît derrière ses minutieuses recherches l’ambition de construire la géographie du socialisme de son arrondissement. Mais l’enquête recouvre une utilité bien comprise. Car après avoir localisé les origines de ce « mal » - la manufacture d’armes de Châtellerault qui constitue le foyer le plus actif des revendications ouvrières - celui-ci constate qu’il est possible de « l’empêcher de gagner les campagnes ». Du même coup assortit-il son enquête de deux propositions très concrètes : « interdire l’entrée à la manufacture de gens qui n’habitent pas Châtellerault et sa banlieue [...] ne pas reprendre les ouvriers des campagnes après les avoir congédiés suite à un ralentissement de l’activité de la manufacture » [58]. Sous-produits de l’activité de praticiens du jeu politique, ces analyses restent par conséquent, en dépit de leur sophistication croissante, au service des intérêts pratiques des différents acteurs de ce jeu qui en assurent la mise en forme et la circulation.

Commenter c’est prévoir

Tout comme le savoir de l’anticipation, l’art du commentaire préfectoral s’alimente donc des savoir-faire et voir fabriqués par ces agents, à la faveur de leur apprentissage de la maîtrise de la procédure électorale. C’est dire encore que la production d’un commentaire - même si elle est régie par des exigences propres de construction - ne se distingue pas toujours de la mise en forme de prévisions, bref, qu’analyser le résultat d’une consultation qui s’achève, c’est aussi parfois contribuer à estimer quelle pourra être l’issue d’une élection à venir.

La découverte de nombreux rapports qui datent du début de ce siècle atteste même parfaitement la totale et la récente confusion de ces deux types de discours. Dans la perspective d’éclairer « la situation politique au point de vue de la prochaine consultation électorale », un sous-préfet de Civray s’engage ainsi dans la fabrication d’une véritable fresque politico-historique. Ce dernier rappelle d’abord les résultats des premières législatives qui ont eu lieu à Civray depuis la fondation de la IIIè République. Il se livre ensuite à un examen détaillé des législatives de 1893, 1898 et 1902. Le fruit de ce travail, qui s’étale sur neuf pages, met alors en scène une succession de comptes électoraux qui font correspondre des groupes de suffrages aux noms de candidats identifiés de surcroît par des étiquettes partisanes. Ces statistiques alternent en outre invariablement avec des séries de commentaires denses qui leur donnent sens. La présentation des candidatures envisageables pour la prochaine élection [59] intervient enfin au sein des quatre dernières pages qui prolongent ce travail minutieux de recontextualisation. Cet exemple où le commentaire à chaud du scrutin ne fait plus seul recette marque par conséquent le franchissement d’une nouvelle étape dans le procès du perfectionnement du savoir électoral de la préfecture. Il confirme bien en même temps ce que la sophistication de ce savoir électoral - sa transformation dans le sens d’un savoir savant, coupé de ses racines - résulte à la fois de l’engagement et de la distanciation d’une multitude d’agents qui font l’apprentissage de la procédure électorale. Car il s’en faut de beaucoup pour que l’appropriation de ce savoir-faire reste le monopole des auxiliaires plus ou moins dévoués du ministère de l’Intérieur. D’autres approfondissements relatifs à l’inculcation de ce sens politique à divers individus qui jouent un rôle social influent (élus, notables, publicistes...), seraient donc nécessaires pour penser plus systématiquement la standardisation de ce savoir pratique, puis sa conversion sous l’espèce de discours savants. Mais ce projet n’implique pas simplement l’étude de la formation d’un milieu politico-administratif départemental équipé d’un savoir-voir et faire propice à la démultiplication du travail politique.

En dernier ressort, la fabrication d’une science des questions électorales s’inscrit dans le cadre d’un procès plus vaste de différentiation, auquel participent ces individus - qu’il s’agisse de ces transfuges qui passent de la carrière politique au journalisme, ou bien encore d’un candidat malheureux qui se change en professeur, à l’image d’A. Siegfried lui même - et à la faveur duquel se constitue un espace plus autonome du jeu politique et de ses enjeux, où il leur sera alors possible de revendiquer le titre de spécialiste de l’analyse savante des élections. Ce qui laisse ouverte, au terme de l’examen de ces processus, la question des usages politiques de ce nouveau savoir savant qui en est le sous-produit.




[1] Cet article procède d’un mémoire de DEA soutenu à Paris X en 1991, sous la direction de Bernard Lacroix, intitulé Le savant et le savoir-faire politique. Pour effectuer ce travail, ont été systématiquement dépouillés en province les dossiers préfectoraux qui traitaient des élections législatives (de 1852 à 1914) auprès de quatre dépôts d’archives départementaux (Charente, Vienne, Indre-et-Loire, Seine-Inférieure). En Côtes d’Or, en Eure-et-Loire comme dans les Deux-Sèvres nous n’avons pu procédcr qu’à des sondages partiels.

[2] . Cf. notamment Favre (P.), Naissances de la science politique en France. 1870-1914, Paris, Fayard, 1989.

[3] . Ces archives sont conservées par le Centre d’histoire européenne du vingtième siècle.

[4] . La Dépêche, 30 décembre 1913.

[5] . Se reporter sur ce point à la contribution de Perrot (M.)in,INSEE, Pour une histoire de la statistique, t.1, Paris, Economica, 1987, p.125.

[6] . Garrigou (A.), « Invention et usages de la carte électorale », Politix, n° 10 / 11, 1990, p.33-34.

[7] . Weber (M.), Essais sur la théorie de la science, Paris, Plon, 1965 (1ère éd. allemande 1904), p.121.

[8] 8. Archives André Siegfried, 7SI 2.

[9] . Ce travail relatif à la fabrication d’un savoir-faire préfectoral de l’élection comme préalable à l’invention d’un savoir savant sur le vote complète l’enquête non publiée d’Alain Garrigou : « L’initiation d’un initiateur : André Siegfried, les candidatures à Castellane (1902-1903) et le Tableau politique de la France de l’Ouest ».

[10] . Elias (N.), Qu’est-ce que la sociologie ?, Paris, éd. de l’Aube, 1991 (1ère éd. allemande 1970), p.55.

[11] . Lacroix, (B.), « Ordre politique et ordre social. Objectivisme, objectivation et analyse politique », in,Grawitz (M.), Leca (J.), dir. , Traité de science politique, Paris, PUF, t.1, 1985, p.469-565.

[12] . Champagne (P.), Faire l’opinion. Le nouveau jeu politique, Paris, éditions de Minuit, 1990, p.156.

[13] . Nous renvoyons pour ces circulaires aux dossiers consultés dans les fonds des archives départementales.

[14] . Pour une présentation plus générale de cette problématique des rapports d’engagement et de distanciation impliqués par la construction de savoir-faire pratiques comme de savoirs savants, Cf. Elias (N.), Engagement et distanciation, Paris, Fayard, 1993, p.9-68 notamment (Essai d’abord publié en anglais en 1956).

[15] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 310. Par ce procédé très général le préfet ou le sous-préfet conserve la possibilité de dissimuler ses propres sources aux yeux de ses supérieurs.

[16] . Ibid., 3M 325.

[17] . Ibid., 3M 238.

[18] . Ibid., 3M 311.

[19] . On sait d’ailleurs au ministère ce qu’aux « abords des salles, des manoeuvres d’intimidation ont été trop souvent signalées » (Circulaire du 6 octobre 1877) ; ou encore que « dans certaines circonscriptions, des électeurs ont été amenés au scrutin en groupes plus ou moins nombreux, et sous la conduite de personnes vis-à-vis desquelles ces électeurs sont dans une situation de véritable dépendance » (Circulaire du 5 mai 1902). Sur ces questions Cf. notamment Huard (R.), Le sufffrage universel en France 1848-1946, Paris, Aubier, 1990, p.249-323.

[20] . Il faut sans doute voir derrière ces indications qui agrémentent constamment le Tableau politique la trace des expériences électorales passées d’A. Siegfried et l’indication des désillusions suscitées par ses échecs politiques répétés.

[21] . Garrigou (A.), « Le secret de l’isoloir », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 71 / 72, 1988, p.29.

[22] . Archives départementales d’Indre-et-Loire, 3M 93.

[23] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 309.

[24] . On trouve d’ailleurs dans les archives déposées par A. Siegfried des listes de personnes contactées et rencontrées pour les besoins de son enquête. Il n’est pas improbable même qu’il ait principalement puisé ses informations auprès d’interlocuteurs « républicains » pour construire son Tableau... républicain de l’ouest politique (c’est du moins ce que laisse présager la liste des 32 informateurs qu’envisageait de consulter A. Siegfried dans le département de l’Orne pour y collecter les matériaux de sa recherche.)

[25] . Archives départementales d’Indre-et-Loire, 3M 350.

[26] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 235.

[27] . Pairault (F.),Les « mémoires » d’un grand notable bonapartiste : le baron Eugène Eschassériaux de Saintes 1823-1906, Thèse, Université Paris X, 1989, p.321.

[28] . Archives départementales d’Indre-et-Loire, 3M 351. De tels exemples sont évoqués dans Bousquet-Mélou (J.), Louis Barthou et la circonscription d’Oloron 1889-1914, Paris, Pedone, 1972, p.240-242. Ces relations entre candidats et préfets s’apparentent aux « transactions collusives » définies plus spécifiquement par Michel Dobry dans Sociologie des crises politiques. La dynamique des mobilisations multisectorielles, Paris, Presses de la FNSP, 1986, p.110-113.

[29] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 226.

[30] . Archives départementales de la Vienne, 3M 643 et Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 235.

[31] . Il s’agit là d’une transposition libre de remarques formulées par M. Dobry relativement au problème de la fabrication sociale de l’information classifiée.

[32] . Huard (R.), Le suffrage universel...,op.cit., p.255-257.

[33] . Ibid., p.306.

[34] . Garrigou (A.), « Le secret de l’isoloir », op. cit., p.14.

[35] . Archives départementales d’Indre-et-Loire, 3M 329.

[36] . Archives départementales des Deux-Sèvres, 3M II 35.

[37] .Archives départementales de la Vienne 3M 643. Au demeurant, c’est à l’occasion de la réalisation de ces opérations - trés contraignantes pour bon nombre de préfets - qu’est progressivement objectivée une représentation universaliste et abstraite des comportements électoraux assignant à tout vote une signification politique. C’est d’ailleurs ce postulat implicite qui fondera ultérieurement les travaux accomplis par A. Siegfried dans le cadre de sa Géographie électorale de l’Ardèche sous la IIIè République publiée en 1949.

[38] . Goody (J.), La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, Paris, Minuit, 1979, p.161.

[39] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 226.

[40] . Ibid., 3M 240.

[41] . Archives départementales de la Vienne, 3M 643.

[42] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 323.

[43] . Archives départementales d’Indre-et-Loire, 3M 347.

[44] . Ibid., 3M 355.

[45] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 323.

[46] . Ibid., 3M 227.

[47] . Archives départementales de la Seine-Inférieure 3M 240.

[48] . Ibid., 3M 235.

[49] . Ibid., 3M 323.

[50] . Pour un exemple de ce type de rapport confidentiel Cf. notamment Wright (G.), « The distribution of French parties in 1865. An official survey », Journal of Modern History, vol. 15, December 1943, p.295-302. Au demeurant l’apparition de ce type de savoir-faire pratique semble - comme pour la cartographie électorale - très lié au contexte de la Monarchie de Juillet : Ministre Secrétaire d’État au département de l’Intérieur, Adolphe Thiers remet ainsi au roi le 16 décembre 1835 un rapport au sujet des élections municipales de 1834 qui condense à la fois la synthèse des rapports transmis au Ministre par les préfets et diverses informations statistiques produites et rassemblées pour la circonstance.

[51] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 240.

[52] . Archives départementales d’Indre-et-Loire, 3M 94.

[53] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 227.

[54] . Ibid., 3M 235.

[55] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 240.

[56] . Archives départementales d’Indre-et-Loire, 3M 351.

[57] . Archives départementales de la Seine-Inférieure, 3M 229.

[58] . Archives départementales de la Vienne, 3M 643.

[59] . Ibid., 3M 650.



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