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Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

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Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Paris Ouest Nanterre Responsables : Arnault SKORNICKI & Laurent BONELLI Calendrier des Séances 2010-2011 Le Mercredi,14h-16h — Bâtiment F – Salle des Actes (141) 17 novembre 2010 : « La mesure de l’assimilation pour la naturalisation. Technique administrative et savoir scientifique », par Abdellali Hajjat (Maître de conférence en science politique, (...)

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- Groupe d’analyse politique

- Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

- Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

- GAP : Réunion de rentrée

- Gap : Conseil de laboratoire

- Séminaire de recherche : savoirs et idéologies en politique

- Séminaire de recherche : la construction sociale de l’opération électorale

- GAP : réunion de rentrée

- GAP : séance du 1er juin 2009

- Le Gap au congrès de la Society for French Historical Studies




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Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

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L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

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Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

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- Eléments de science politique

- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

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- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

- Les ravages de la « modernisation » universitaire

- Sociologie de la communication politique

- Amour, Gloire et Crampons. Pour une sociologie du foot

- L’ivresse des sondages

- La canonisation libérale de Tocqueville

- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




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Annonces Diverses
Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

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Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

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Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

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- Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

- Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

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- Lire les sciences sociales, 8 juin 2007

- Lire les sciences sociales, 16 mars 2007

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- Relégation urbaine et politique :comment dit-on l’injustice ?

- Comment étudier les idées ?

- Lire les sciences sociales : Quartiers sensibles

- Politique et classes populaires

- Les usages de l’histoire en science politique

- Le corps et la santé. Dialogues autour de Norbert Elias




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Membres du Gap

Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

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Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

- Un ennemi anonyme et sans visage

- Unité et diversités politiques françaises au lendemain des élections des 21 et 28 mars : essai de diagnostic sociologique

- Bien se tenir à la chambre

- Activités des membres


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Quelques membres

- Maxime Milanesi

- Rotman David

- Lehner Paul



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Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
Numéro 1

- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
- A.G. des cheminots de la gare Saint-Lazare jeudi 14 décembre 1995
- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Cécile Battais

Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991



La publication posthume de Mozart, sociologie d’un génie, réalisée à partir de notes rassemblées par l’éditeur Maurice Olender, éveille à plusieurs titres la curiosité du chercheur. Son sujet, la recherche des conditions d’existence d’un être « exceptionnel », Wolfgang Amadeus Mozart, touche en effet aux problèmes fondamentaux de l’analyse sociologique.

*

La reconnaissance de la notoriété scientifique de N. Elias porte essentiellement sur ses réflexions relatives au processus de civilisation des sociétés occidentales et aux relations interindividuelles. Pour ce sociologue, tenu avant tout pour un expert de la macro-sociologie, capable d’appréhender des phénomènes évoluant sur plusieurs siècles ou à l’échelle de la société, l’ouvrage pourrait apparaître comme une gageure dans la mesure où l’auteur prend pour objet d’analyse un individu.

L’ouvrage démontre qu’il est possible de dépasser la fausse opposition entre analyse biographique et analyse des processus sociaux. L’utilisation mutuellement exclusive de ces approches tend à accentuer leurs présupposés respectifs. L’analyse biographique classique invite à inventer un individu isolé, maître de son destin et capable de définir, dès son plus jeune âge, ses objectifs et les moyens de les atteindre. La reconstitution biographique peut ainsi reconstruire, sans même s’en apercevoir, l’image d’un être autonome, capable d’anticiper les transformations à venir et de modeler son comportement sur le but qu’il vise, en fonction des ressources dont il dispose. Cette façon de voir est un avatar des conceptions qui font de l’histoire le résultat de l’action consciente et maîtrisée des acteurs. Et les historiens les comptables de cet angélisme, au titre des facilités que leur donne la position d’observateur a posteriori. Il sont conduits ainsi à sélectionner les événements qu’il leur paraît intéressant d’expliquer en fonction de l’accomplissement atteint. Dans le cas de Mozart, cela conduit à isoler d’emblée les traits d’une « personnalité » d’exception, ainsi qu’à valoriser les manifestations précoces supposées trahir son « génie ». Mais cette projection rétrospective interdit de comprendre d’autres aspects de la « personnalité » de Mozart, tels que son « infantilisme » ou le rejet de ses contemporains.

L’analyse en termes de « structures sociales » semble, à l’inverse, faire disparaître le destin personnel. L’individu verrait son libre arbitre réduit comme peau de chagrin. Il apparaît, au contraire de la sensation de liberté qui nous est chère et que nous sommes tentés de prêter à chacun, produit et jouet de « structures ». L’explicitation des conditions d’une expérience ou l’observation de corrélations entre le comportement de l’acteur et celui de ses semblables semblent ainsi anéantir les facultés propres au grand homme : et cet attentat fait particulièrement scandale dans le cas du « créateur ». Dans cette version de l’histoire de la musique, les contraintes structurales font figure de facteur déterminant de l’échec ultime de Mozart, jusqu’à faire oublier le concours, ou même l’acharnement particulier, qu’il apporte à sa défaite. L’histoire « sociale » et la sociologie se voient communément reprocher de favoriser cette vision. On imagine l’irritation devant un titre et devant une livre volontairement provocateurs : Mozart, sociologie d’un génie. La formule ne fait pourtant que résumer les ambitions scientifiques d’un travail : éprouver la pertinence d’un modèle d’analyse des formes d’interdépendance, pour rendre compte de l’espace de jeu offert à l’action d’un individu.

Le choix de Mozart paraît multiplier les difficultés. La perception commune de Mozart comme personnage d’exception tend, en effet, de surcroît, à disqualifier a priori toute enquête scientifique. Le génie du compositeur est supposé par trop dépasser l’entendement commun pour pouvoir être fidèlement et intégralement restitué. Surtout, la singularité du personnage ne saurait être appréhendée par une démarche « sociologique » qui, par définition, l’ignore, pour faire valoir des régularités. La création artistique échappe, croit-on, par définition, à une démarche aussi terre à terre. La création n’est-elle pas censée dépasser son inventeur ? Et « l’art » transcender les conditions d’existence de son auteur ? Elias s’expose donc aux griefs habituellement formulés contre les recherches relatives à la production des biens culturels. Et le livre prêtera d’autant plus le flanc à cette critique, que la vision de l’enfant prodige est d’autant plus instituée. L’approche sociologique est réputée rejeter l’idée de don et accusée pour cette raison même de désanchanter le monde. Elle a pourtant l’immense avantage dans le cas présent de mettre en valeur les efforts de l’enfant dans son environnement et surtout d’expliquer qu’un individu puisse, en fin de compte, parvenir à réaliser ce qui n’est pas à la portée de tous.

*

La représentation idéalisée de Mozart explique les difficultés des biographes à rendre compte de certains aspects de sa personnalité et de certains de ses choix. La vulgarité répétée de son langage, son penchant pour les plaisanteries scatologiques, son comportement puéril au milieu des aristocrates, sont renvoyés à une incapacité personnelle à assumer son statut d’adulte. La démarche sceintifique de N. Elias permet de dépasser ces contradictions apparentes. Suivons l’auteur lorsqu’il prend pour exemple la physionomie de Mozart. Celui-ci, en effet, ne correspond guère à l’image du héros tel que le perçoit le sens commun. D’allure quelconque et le physique commun [1], rien chez lui de la beauté traditionnellement associée au « héros ». On a du mal à concevoir que l’enchantement musical puisse naître d’un être si peu favorisé par la nature.

La représentation idéalisée de Mozart se nourrit également de l’extrême précocité de l’expression de son talent. Mais, si Mozart a, très tôt, manifesté des qualités exceptionnelles, c’est parce qu’il a bénéficié d’une enfance exceptionnelle. Son père est un fils d’artisan qui, par un travail acharné et la volonté de s’en sortir, s’est hissé au rang de chef d’orchestre à la cour de Salzbourg. Ce poste ne le satisfait pas complètement, dans la mesure où il le maintient dans un statut de domestique. Ses ambitions et frustrations trouvent à s’investir dans son jeune fils qui, dès l’âge de trois ans, révèle des capacités musicales inhabituelles. Deuxième enfant de la famille, Wolfgang a toujours été au contact de la musique, et d’abord par l’intermédiaire de sa soeur, initiée au piano et au violon par le père. La musique a donc toujours fait partie de son environnement, en même temps qu’elle lui apparaît comme l’unique horizon de l’existence. Wolfgang semble avoir très rapidement intériorisé le statut privilégié que son père assigne à la musique. Durant les leçons de piano de sa soeur, Mozart tente de détourner l’attention/amour de son père en s’installant au piano et en l’imitant. Dès trois ans, le père prodigue un enseignement rigoureux à son jeune fils. La compétence du père/pédagogue, associée à une capacité d’écoute et de mémorisation surprenante de la part de l’élève (entretenue par un immense besoin d’être aimé), sont à l’origine de l’enfant prodige. Au début de l’année 1762, Mozart, qui n’a pas encore fêté son sixième anniversaire, se produit devant le prince-électeur de Bavière, Maximilien III.

Malgré l’attention de son père et l’intérêt éveillé chez certains nobles, Mozart était convaincu que personne ne l’aimait : lui-même d’ailleurs ne s’estimait guère. La création musicale a été un moyen à la fois de surmonter, en les extériorisant, ses inclinations dépressives et de s’assurer « l’attention » du public, immédiatement convertie par le musicien en « affection ». On comprend mieux son besoin vital de composer. Aux souffrances qui accompagnent la création, les acclamations et les compliments du public sont des compensations inestimables. Qu’on ne réduise pas la souffrance de l’artiste aux seuls facteurs psychiques : elle naît du décalage qui existe entre les projets et les attentes de Mozart et ce que les structures sociales de l’époque autorisent. Au XVIIIe siècle, le statut de musicien correspond à celui d’un artisan domestique, soit un statut de dominé, qui implique un certain nombre d’obligations à l’égard du noble, dont l’artiste est le serviteur. Non seulement l’artiste ne travaille que sur commande - concerto pour tel enfant de maître, symphonie pour telle fête impériale - mais le contenu même de ses oeuvres est subordonné aux canons artistiques énoncés par la noblesse de cour. Après avoir entendu L’enlèvement au sérail, l’empereur Joseph II fait le commentaire suivant : « Trop de notes, mon cher Mozart, trop de notes » (p.205). L’acquisition d’un savoir éclectique et autonome au cours de ses voyages en Europe et de ses multiples contacts avec les plus grands musiciens, Haydn notamment, le met en porte-à-faux avec le goût dominant. S’il veut que sa musique soit appréciée par son public, exclusivement composé de nobles, Mozart doit se plier à leurs critères de jugement et donc brider son imagination créatrice. La situation du musicien renvoie à l’affrontement de deux systèmes de valeurs incompatibles, épiphénomène de la lutte entre deux groupes sociaux concurrents, l’aristocratie et la bourgeoisie.

Mozart souffre d’autant plus de sa position de dominé qu’il a conscience de son talent et se considère de ce fait comme l’égal, sinon le supérieur, des aristocrates. Les démarches qui lui permettraient de s’assurer un poste fixe dans une cour prestigieuse lui répugnent. Malgré l’éducation sociale délivrée par le père, Mozart n’a que très partiellement assimilé les normes de comportement de la cour : « L’habitude de se contenir dans le rapport avec les autres, de ne pas choquer, l’art de la diplomatie quotidienne, l’évaluation anticipée de l’impression que produiraient ses paroles et ses gestes sur ses interlocuteurs respectifs, autant de règles qui allaient de soi dans les rapports entre gens de cour, et qui lui étaient pratiquement étrangères » (p.152). Que son comportement résulte d’un tempérament sauvage irréductible ou exprime indirectement la révolte contre un père possessif importe peu, ses difficultés à adapter son comportement aux exigences de la bienséance de l’époque ont des conséquences déterminantes sur sa vie professionnelle. Son assurance et son talent le desservent aux yeux des nobles, qui craignent de ne pouvoir contrôler leur employé. Ses manières frustes les confortent dans l’idée que Mozart n’est pas « l’homme de la situation ». D’où l’échec de sa tournée européenne, entreprise de son propre fait en 1777.

Les multiples refus qu’il essuie à cette occasion le convainquent que son salut se trouve en dehors du circuit traditionnel de la production artistique. Ses succès en Italie, la consolidation de sa réputation européenne, les contraintes nombreuses et insupportables liées à sa position (après son échec en Europe, son père est parvenu à la faire reprendre par le prince-évêque de Salzbourg), le poussent à prendre une décision qui constitue un tournant dans sa vie et son oeuvre. Le 10 mai 1781, il remet une lettre officielle à son supérieur immédiat, sollicitant son congé auprès de l’archevêque. Ce geste est inconcevable : en tant que subalterne, l’initiative de la rupture ne peut lui revenir ; la décision est si peu heureuse qu’elle apparaît, aux yeux de son père, comme une nouvelle manifestation de son manque de maturité. Comment expliquer l’audace de l’artiste qui, en rompant avec le comte Colloredo, met en jeu sa vie, son existence sociale ? Pourquoi, alors qu’un tel comportement est inimaginable, compte tenu des structures de pouvoir, Mozart surmonte-t-il tous les interdits sociaux et l’opposition de son père ? Certains éléments de réponse ont été énoncés : la conscience de sa valeur artistique, son rejet du statut de musicien de cour, la conviction qu’un noble de haut rang lui octroiera un poste fixe, la certitude, enfin, que son retour à Salzbourg le condamne à produire une musique médiocre. L’expérience de liberté qu’il connaît lors des tournées européennes de son enfance et de son adolescence et, plus tard, à l’occasion de la demande par la cour de Bavière de composer un nouvel opéra pour les festivités du carnaval de 1781, lui a procuré trop de félicité pour que les rappels à l’ordre du maître de Salzbourg ne lui apparaissent pas comme l’annonce de la fin prochaine de cette période heureuse. Autant de conditions objectives que la situation le porte à rationaliser jusqu’à franchir le pas. Il peut s’autoriser de l’espoir que paraît justifier la situation des gens de lettres. Ses séjours répétés en Allemagne et en France, où la contestation bourgeoise de la domination de la noblesse est plus avancée, ont certainement renforcé sa posture de rebelle. On peut concevoir que Mozart a « simplement » souhaité transposer le statut de l’homme de lettres à la création musicale.

L’entreprise de Mozart pour devenir, et par là, définir l’artiste indépendant, s’est finalement révélée un échec. Les relations de pouvoir, que sa musique et son comportement tentaient de transgresser, s’y opposaient de mille manières. Les façons de voir et les ressources de domination de l’aristocratie étaient encore légitimes. Mozart ne disposait donc d’aucune autre ressource dans son entreprise que son talent. Celui-ci se heurte à la fois à l’état du marché artistique, en cette fin de XVIIIe, et aux structures mentales du moment. La vision romantique du génie n’a pour l’heure aucun crédit, ce qui ne laisse aucun espace à l’artiste exceptionnel, fort de sa seule personnalité, pour exister. Faut-il rappeler que le marché artistique n’existe que dans l’espace de la société de cour et demeure sous l’empire des canons du goût aristocratique ? Aucun goût pour cette musique en dehors de ce public, aucun moyen, par conséquent, pour l’artiste d’organiser sa subsistance en dehors de ce monde. L’organisation de concerts payants est l’entreprise de la dernière chance et la vente de partitions musicales est une aumône déguisée. L’échec de Mozart fonctionne donc aussi comme un analyseur a posteriori des transformations qui permettront l’émancipation du musicien, telle que la montre la réussite ultérieure de Beethoven [2], son cadet de quatorze ans. Les ressources des deux compositeurs ne sont pas sensiblement différentes, mais les structures ont bougé. Le marché de la musique, en particulier, s’est développé par l’intermédiaire du marché de l’édition et celui des concerts payants. L’apparition d’un nouveau public transforme la relation entre le musicien et ses commanditaires. Ce dernier peut davantage affirmer le canon artistique qui lui est propre. Le passage insensible d’une production artistique artisanale à une production plus indépendante, dont Mozart est le promoteur inconscient, conduit le consommateur à se plier plus qu’autrefois aux exigences musicales du compositeur [3]. Tout ceci n’empêche pas que l’échec de Mozart soit aussi le résultat de son intransigeance et de son exigence perfectionniste. Malgré la désaffection progressive de son public, malgré la distance à laquelle celle-ci porte sa femme, Mozart ne renonce jamais à son credo artistique. Il n’est pas l’homme des concessions, surtout pas l’homme préparé à ajuster ses oeuvres au goût d’une clientèle. Son génie est aussi une forme de prison, jusqu’à le convaincre, contre l’évidence, que son talent était trop certain pour n’être pas reconnu. L’épilogue était inéluctable : Mozart a sacrifié sa vie à sa musique.

*

Ce n’est pas assez de dire que Sociologie d’un génie relève tous les défis de la démarche sociologique en dépassant, en particulier, toutes les fausses alternatives, dans lesquelles les adversaires de la sociologie croient l’enfermer : micro / macro, analyse sociale et histoire, société et individu. Cette explication sans concession, qui échappe aux travers symétriques de la réduction et de la célébration, est aussi une leçon de prudence pratique. Ce dernier livre inachevé de Norbert Elias laisse voir l’ultime message d’un homme blessé par l’histoire : « En présentant ce qui fut la tragédie de Mozart, on peut espérer rendre les hommes plus conscients de la prudence dont ils devraient faire preuve à l’égard des novateurs » (p. 24). Qui ne pensera, en lisant ces mots, à Elias lui-même ?

Cécile Battais




[1] . Selon les critères de beauté de la fin du XXè siècle utilisés par N. Élias. Or, il n’est pas certain que cette perception actuelle du physique de Mozart corresponde à celle de son vivant dans la mesure où les canons de la beauté ont évolué depuis. Dans ces conditions, les incidences de ce physique sur le jeune homme ne sont peut-être pas de l’ordre de celles énoncées par l’auteur.

[2] . Il est né en 1770, Mozart en 1756.

[3] . Cette mutation s’inscrit d’ailleurs dans un processus d’évolution sociale plus large, caractérisé par la différenciation et l’individualisation croissantes des fonctions sociales.



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