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Groupe d'analyse politique GAP
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Savoirs et idéologies en politique, 2012-2013

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Calendrier des Séances 2012-2013 Un Mercredi par mois, de 14h à 16h — Bâtiment F — Salle des Conférences (F352) - Université Paris Ouest Nanterre 14 novembre 2012 : Jean-Louis Fournel (Paris 8), autour de l’ouvrage collectif Liberté(s) et libéralisme(s). Formation et circulation des concepts, dir. par J.L. Fournel, J. Guilhaumou, J.-P. Potier, ENS Éditions, 2012. 12 décembre 2012 : Emmanuel Didier (...)

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Séminaire de recherche 2012-2013 : André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest

André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest 14h —17h Salle des actes (F141) — UFRDSP — RER/SNCF « Nanterre-université » Mercredi 6 février 2013 : Bernard Lacroix « Comment travailler un auteur au corps » Mercredi 27 février 2013 : Mathilde Sempé « Retour sur la construction de la figure fondatrice d’André Siegfried : hommages et commémorations » Mercredi 6 mars 2013 : Christophe Voilliot « André Siegfried et la candidature officielle » (...)

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Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

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- Savoirs et idéologies en politique, 2012-2013

- Séminaire de recherche 2012-2013 : André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest

- Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

- Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

- GAP : Réunion de rentrée

- Gap : Conseil de laboratoire

- Séminaire de recherche : savoirs et idéologies en politique

- Séminaire de recherche : la construction sociale de l’opération électorale

- GAP : réunion de rentrée

- GAP : séance du 1er juin 2009




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Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

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L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

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Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

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- Eléments de science politique

- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

- Nouveau manuel de science politique

- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

- Les ravages de la « modernisation » universitaire

- Sociologie de la communication politique

- Amour, Gloire et Crampons. Pour une sociologie du foot

- L’ivresse des sondages

- La canonisation libérale de Tocqueville

- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




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Annonces Diverses
Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

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Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

http://www.u-paris10.fr/69251820/0/fiche___pagelibre/&RH=1258638513074

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Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

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- Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

- Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire 2007-2008

- Lire les sciences sociales, 8 juin 2007

- Lire les sciences sociales, 16 mars 2007

- Comment étudier les idées ?(2)

- Actualité d’Abdelmalek Sayad

- Relégation urbaine et politique :comment dit-on l’injustice ?

- Comment étudier les idées ?

- Lire les sciences sociales : Quartiers sensibles

- Politique et classes populaires

- Les usages de l’histoire en science politique

- Le corps et la santé. Dialogues autour de Norbert Elias




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Membres du Gap

Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

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Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

- Un ennemi anonyme et sans visage

- Unité et diversités politiques françaises au lendemain des élections des 21 et 28 mars : essai de diagnostic sociologique

- Bien se tenir à la chambre

- Activités des membres


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Quelques membres

- Skornicki Arnault

- Blaise Magnin

- Garrigou Alain



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Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
Numéro 1

- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
- A.G. des cheminots de la gare Saint-Lazare jeudi 14 décembre 1995
- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Guillaume Courty

« Faites un groupe »



Le travail ethnographique (comme la manière de construire ou de lire un tableau statistique) ne s’effectue pas uniquement en situation. Comment comprendre que ce que l’on a vu et entendu renvoie certes à la position occupée dans les lieux, mais aussi et avant tout, à sa marque sociologique de fabrication des objets ? Un rapport innocent de l’observateur, non plus avec l’objet observé, mais avec ses catégories de perception sociologiquement fondées, peut biaiser l’analyse jusqu’à n’en faire qu’une nouvelle démonstration de son savoir-faire dans la lignée de ses travaux passés. L’exercice maîtrisé de l’ethnographie, loin de constituer une fin en soi, permettrait de mieux saisir ce que l’on n’est pas encore entraîné à voir académiquement, de mieux revenir sur ses tics d’observateur en neutralisant les effets du champ universitaire subis par l’enquêteur.

La présence physique du chercheur sur les lieux de l’action a fait l’objet de nombreuses réflexions, le plus souvent tournées vers les répercussions de cette présence sur le déroulement de l’action ou axées sur les formes de son intervention lui permettant de maintenir là sa posture d’observateur. Le primat a ainsi été largement octroyé à la logique de la situation, oubliant dans ces problèmes de méthodes que l’observateur, fabriqué socialement à percevoir la réalité, pose en même temps le problème de ses prédispositions à ne voir que ce qu’il peut ou que ce qu’il doit. L’ethnographie peut alors n’être incidemment qu’une méthode de travail permettant au sociologue de mettre en oeuvre ses schèmes de perception, déduits, construits et élaborés à partir d’autres données (quand ce n’est pas sur d’autres objets) et considérés à nouveau comme efficaces. Dans cette logique toujours, le travail ethnographique ne permettrait que d’assurer sa propre constance sociologique en sélectionnant dans le réel ce qui est sociologiquement dicible du fait de la position qu’il pense occuper dans cet espace. Le sociologue, agi par cette force productrice d’habitudes scientifiques qu’est l’habitus, n’engage dans sa description que les catégories de perception issues et validées dans sa pratique scientifique. En ayant l’impression de percevoir et de comprendre ce qui lui saute plus ou moins aux yeux, il en oublierait déjà que sa perception de la situation entre harmonieusement dans sa production, celle qui découle de sa pratique comme celle qu’il pense devoir être la sienne.. En même temps, il méconnaîtrait qu’il a été formé à l’observation par ses expériences passées et le crédit constitué sur ces textes : il oscillerait alors dans sa restitution des faits entre ce qu’il ne pouvait que voir et ce qu’il trouvait sociologiquement compréhensible.

L’observation présentée ici de l’AG du 14 décembre 1995 à la Gare Saint-Lazare a eu lieu en deux temps. Les notes prises lors de l’AG ont été laissées de côté pendant presque un an. Relues et rédigées seulement après, elles apparaissent floues, parfois même indéchiffrables, ou, à l’inverse, d’une cohérence sociologique presque trop parfaite. Tout se passe comme si ce qui avait présidé à leur inscription sur le carnet s’était évanoui, seuls subsistant les éléments retenus par les cadres les plus solides de la pensée : la perception des objets (couleur, agencement) et les questions de recherche soulevées avant et continuées après (comment se forment les groupes). Cette ethnographie est donc un résidu, ensemble des éléments conçus alors comme compréhensibles et maintenus dans la mémoire grâce à ce qui avait permis de les percevoir. Le pointillisme de la restitution en sort affaibli mais un problème reste saillant : ce qui s’est évanoui est-il le fait de l’observateur (ce que l’on appellerait rapidement sa mémoire) ? Ce qui reste est-il dù au fait que les cadres de l’expérience observée, par trop étroits et dépendants du savoir-faire des agents en présence dans l’AG, ne permettent de fixer et de comprendre que ce qui rentre facilement dedans, au détriment des à côté et des marges ?

11h50

Le rendez-vous était dans le hall de la Gare St-Lazare face à la porte 10. Impressions bizarres. Au bruit et à l’enchevêtrement des voitures au dehors, succèdent le silence quasi absolu, le vide dans la gare. Aucun train à quai, aucun passant dans la salle des pas perdus, aucun papier par terre ni cigarettes écrasées. Juste les trois autres ethnographes qui arrivent.

Porte 10, face aux voies desservant habituellement Nanterre et Versailles. Aucune indication sur la porte. En service normal, je ne l’avais jamais remarquée tant elle se fond dans les murs. Là, entrouverte, elle est le seul objet qui bouge, par lequel une ou deux personnes entrent pendant que nous attendons.

12h00 - 12hl5

Attente devant cette porte puis, une fois admis dans les lieux, nouvelle attente de la fin de l’AG des agents de conduite qui se tient ailleurs. Entre la porte et le lieu de l’AG, un escalier et un long couloir constituent un décor déjà entrevu dans d’autres immeubles de la SNCF. Lors d’entretiens avec les membres de la direction TGV (dans les anciens bureaux du réseau PLM encore inscrit au fronton de l’immeuble près de la gare de Lyon), j’avais déjà éprouvé ce décalage entre le modernisme du TGV (présent en maquettes et sur des photos dans les lieux) et l’aspect des lieux : la peinture délavée et ternie, les banquettes en moleskine verte usées, la hauteur des plafonds et la largeur des escaliers laissaient deviner les fastes passés et l’absence de travaux depuis la nationalisation. A la gare St-Lazare, porte 10, le décor ne rappelle pas les fastes passés mais celui des trains grandes ligne d’il y a vingt ans et, en même temps, certains éléments mobiliers des écoles communales.

Au mur : photos encadrées par du chrome et agrandissements en noir et blanc de régions et villes de France. Le choix des thèmes est à peu près aussi clair que celui qui présidait à l’affichage de ces mêmes cadres dans les wagons voyageurs : dans les trains les photos ne représentaient jamais une ville dans laquelle on allait passer, là, aucun paysage ne figure une destination assurée par St-Lazare.

Autour des photos, la peinture date visiblement, le carrelage aussi (mosaïques triangulaires coquille d’oeufs et marron). La salle, rectangulaire, est ouverte par des fenêtres sur le mur qui me fait face, cloisonnée par des colonnes autour de moi. Au deux tiers, des tables sont disposées comme des bureaux. Épars, le long des murs et au fond, sièges et bancs sont encore inoccupés.

Arrivées progressives des participants, prenant progressivement place dans cet espace. Quelques femmes embrassent l’homme qui tient le micro devant le bureau. Éparpillés, le long des colonnes et sous les fenêtres, des petits groupes de deux ou trois personnes se forment, parlent. Une ou deux personnes vont et viennent. Le brouhaha commence à poindre, les discussions. sans être vives, ne se font pas mezza voce. La fumée commence a se disperser même si le panneau « interdiction de fumer » est affiche (depuis moins longtemps que les photos).

Un premier interlocuteur m’adresse la parole pour savoir si je ne suis pas journaliste et, peu surpris d’apprendre que je viens de l’université, précise qu’il n’y a pas de problème à rester là mais que, pour les journalistes, « on préfère faire un point presse dehors une fois l’AG terminée ».

12h25

Des groupes de discussion sont formés. Le nombre des participants oscille entre quatre et huit personnes. En tout, il semble y avoir une petite trentaine de présents. Une lettre adressée à Juppé est distribuée, rédigée suite à l’AG de la veille. Un deuxième interlocuteur m’aborde portant un badge « CGT Union des cadres de maîtrise ». Il m’explique que St-Lazare est plus difficile à cause de l’éloignement des agents (j’en déduis qu’il veut dire qu’ils habitent loin de la gare et ne peuvent venir facilement en ce moment). Une autre précision : ils n’ont pas voulu de coordination comme en 1986 parce que les AG « c’est plus démocratique ».

12h35

La rumeur circule que les agents de conduite ont annoncé la reprise. Le titulaire du micro annonce que la parole va être donnée dans l’ordre aux organisations syndicales. Les groupes arrêtent leur discussion et les individus se tournent vers le bureau en gardant à peu près leurs emplacements, certains s’asseyant sur les sièges disponibles, d’autres restant debout au fond de la salle principalement.

Premier orateur, CGT, lance un appel à la manif de samedi et présente les mots d’ordre (premiers applaudissements).

Deuxième, CFDT, commence alors que les discussions dans la salle ont définitivement pris fin. « Nous on a le droit de faire la révolution mais il faut en avoir les moyens » est dit alors que deux photographes entre dans la salle. fi continue, ne les ayant pas remarqués, en précisant « qu’on a remis les clés de J’ECT (l) au patron dignement ». Son appel à poursuivre jusqu’au lendemain 10 heures est salué par de vifs applaudissements. Ses arguments suscitent des approbations (hochements de têtes principalement) - le refus de mener des opérations commandos et l’inutilité de renverser Juppé qui a « la légitimé républicaine ».

L’orateur de FO fait une intervention plus courte, soulignant qu’il est toujours dans le mouvement. Les applaudissements se font de plus en plus nets.

Le quatrième parle au nom de la CGT maîtrise, Il commence son intervention mais est coupé par l’arrivée de D., agents de conduite CFDT qui vient de l’AG dont on attendait la fin pour commencer, Grand, lunettes, veste de cuir, les mains dans les poches, il parle à gauche du bureau de l’AG qui vient de se terminer. Les débats houleux, le partage des présents à 50/50, ont néanmoins amené l’AG à un accord sur le reprise « tous ensemble ». La date de la reprise est restée en suspens : elle doit être négociée avec le « patron » (de St-Lazare) et doit tenir compte d’éléments inconnus (état des rails, des conducteurs).

De nouveaux applaudissements fusent. Les discussions reprennent entre les groupes formés avant les prises de paroles syndicales. Une phrase, nette et sonore, sort du groupe qui discute derrière le bureau composé des orateurs intervenus et de l’agent D. : « attend de savoir ce que font les autres ».

13h00

Le débat est ouvert, le micro étant transmis à ceux qui manifestent l’intention de prendre la parole. Les tours de parole vont ainsi concerner des individus désormais dans la salle, en commençant le long du mur face à moi pour aller jusqu’au fond de la salle. Un « copain » intervient en premier pour revenir sur la grève générale. Il souligne que la démocratie s’est exprimée et que les confédérés se sont mobilisés. Les applaudissements atteignent un niveau encore supérieur.

A l’inverse, les deuxième et troisième intervenants soulèvent de moins en moins d’enthousiasme. Les apartés fusent lorsque le dernier à prendre la parole, se présentant comme CFDT, soulignent que des « secteurs » de la SNCF n’ont pas bougé (« Slf. », « lesquels ! », ponctuent cette affirmation dans les groupes qui m’entourent). Le ton monte encore un peu autour de moi lorsque le même orateur demande le vote à bulletin secret - « c’est démago », « c’est un FN » précise en se retournant un homme assis au premier rang à ma gauche.

Le quatrième intervenant, laisse la salle silencieuse à part un seul applaudissement qui s’arrête dans son élan. L’attention reprend, les applaudissements aussi avec l’intervention critique du cinquième sur la part prise par les fédérations dans le mouvement. L’approbation est encore plus nette, lorsque le 6è, précisant qu’il est CGT, affirme que la « base est prête » et « les menteurs on les connaît ». Deux derniers orateurs se succèdent mais l’attention décline et les applaudissements ne saluent que de plus en plus modérément leurs prestations. La référence au propos télévisés du président de FO (« personne n’a appuyé sur un bouton pour faire partir le mouvement ») ne provoquent aucun écho. De même, la critique portant sur la personne de N. Notat n’est que peu écoutée : les conversations particulières ont repris. Un spectateur, assis devant moi, déplie lHumanité et commence, ou fait montre de lire pendant que le premier orateur reprend le micro et tente de réanimer l’assistance. Deux fumeurs, en quête de feu, approchent pour profiter du briquet allumé que je tiens à la main : « vous y allez à la manif ».

Le micro, revenu au bureau, est maintenant dans les mains du représentant « CGT maîtrise » qui annonce qu’on passe aux « décisions ». Les votes se suivent : pour, contre, abstention à main levée sur les thèmes suivants. Envoi d’une lettre aux confédérations (« on peut l’envoyer par la Poste » rigole le lecteur de L’Huma) : adoptée. Demande de voter à bulletin secret : rejetée. Pour la grève : 2 contre, 6 abstentions, Les applaudissements, plus espacés et en même temps plus long, crépitent. La voix essaie de les couvrir.

« la prochaine AG aura lieu à 12h00, demain ».

13h30

La salle prend une autre configuration. Comme au début, lors de l’arrivée des participants, des groupes moins nombreux discutent. L’arrivée d’un journaliste et d’un cameraman (portant un matériel vierge de tout autocollant identifiant une chaine) perturbe cet agencement. Des têtes se tournent vers eux. Les conversations semblent moins soutenues. Quelques petits et rares groupes semblent ne pas les avoir vus. Le journaliste, abordé par des individus qui étaient proche du bureau, demande quelqu’un de « représentatif » à St-Lazare. Le cameraman filme (ou règle sa caméra, ou fait semblant de filmer sans lumière) le tract « CGT maîtrise » pendant qu’un participant de l’AG explique rapidement ce qui vient d’être adopté et précise tout aussi rapidement qui est qui. Le journaliste et le cameraman semblent s’accorder sur ce qu’ils vont faire puis parlent chacun de leur côté avec ceux qui les entourent de l’emplacement où vont être prises les images. L’interviewé est maintenant identifié et accepté par tous. Le journaliste, parlant à tous ceux qui l’entourent, leur précise qu’il ont « le droit de se mettre derrière lui ». Notant rapidement le nom de celui qui va parier, le journaliste attend que le cameraman soit prêt. Il épaule mais une des silhouettes passe par devant, un badge « CGT Paris » à la main et le colle sur le pull du futur interviewé. Tous se remettent en place derrière lui. Le cameraman pointe son objectif vers le soi, lève sa main droite en l’agitant - « faites un groupe », « resserrez », « prêt » -. La caméra remonte à l’horizontal, droit sur le groupe. La main gauche prend l’objectif « Allez ».

Le journaliste, parlant de l’AG qui représente « les gens de St-Lazare », est repris par un individu derrière l’interviewé, portant lui aussi un badge CGT, parce qu’il y a « des » AG sur St Lazare, Le micro va vers l’interviewé qui explique, un peu ébloui par la lumière produite par la caméra, que la reprise est pour bientôt. Un autre derrière demande, incrédule, « la reprise ? ».

Le cameraman éteint son flash et arrête l’enregistrement. Maintenant la caméra posée par terre, il peut allumer une cigarette tout en discutant avec quelques uns des mérites de son matériel. Le journaliste remet son parka. « Non, on ne retiendra pas tout mais l’essentiel passera aux infos ». Remerciant les uns, serrant la main de son interlocuteur, les deux hommes de télévision s’en vont. Il ne reste pas plus de dix personnes dans la salle. « Mais, au fait, c’était quelle télé ? » demande une des silhouettes en s’allant.

13 h 40

Bistrot en bas de la rue de Rome- Notre table, quatre bières, cigarettes et pipe allumées. Derrière à droite une autre table : quatre assiettes, une bouteille de Bordeaux, quatre intervenants lors de la discussion maintenant « débadgés ». Échange de regards, comme s’il n’y avait rien eu. Coups de fourchette, gorgées de bière. 14 h 00. Départ à pied, à quatre, vers la Madeleine.






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