logoGAP
Groupe d'analyse politique GAP
Annonces Du Gap


Groupe d’analyse politique



Lire la suite > > >

Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

Lire la suite > > >

Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Paris Ouest Nanterre Responsables : Arnault SKORNICKI & Laurent BONELLI Calendrier des Séances 2010-2011 Le Mercredi,14h-16h — Bâtiment F – Salle des Actes (141) 17 novembre 2010 : « La mesure de l’assimilation pour la naturalisation. Technique administrative et savoir scientifique », par Abdellali Hajjat (Maître de conférence en science politique, (...)

Lire la suite > > >



- Groupe d’analyse politique

- Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

- Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

- GAP : Réunion de rentrée

- Gap : Conseil de laboratoire

- Séminaire de recherche : savoirs et idéologies en politique

- Séminaire de recherche : la construction sociale de l’opération électorale

- GAP : réunion de rentrée

- GAP : séance du 1er juin 2009

- Le Gap au congrès de la Society for French Historical Studies




Toutes les annonces >>>

Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

Lire la suite > > >

L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

Lire la suite > > >

Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

Lire la suite > > >


- Eléments de science politique

- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

- Nouveau manuel de science politique

- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

- Les ravages de la « modernisation » universitaire

- Sociologie de la communication politique

- Amour, Gloire et Crampons. Pour une sociologie du foot

- L’ivresse des sondages

- La canonisation libérale de Tocqueville

- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




Toutes les publications >>>

Annonces Diverses
Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

Lire la suite > > >

Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

http://www.u-paris10.fr/69251820/0/fiche___pagelibre/&RH=1258638513074

Lire la suite > > >

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

Lire la suite > > >



- Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

- Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire 2007-2008

- Lire les sciences sociales, 8 juin 2007

- Lire les sciences sociales, 16 mars 2007

- Comment étudier les idées ?(2)

- Actualité d’Abdelmalek Sayad

- Relégation urbaine et politique :comment dit-on l’injustice ?

- Comment étudier les idées ?

- Lire les sciences sociales : Quartiers sensibles

- Politique et classes populaires

- Les usages de l’histoire en science politique

- Le corps et la santé. Dialogues autour de Norbert Elias




Toute l'actualité >>>

Membres du Gap

Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

Lire la suite

Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

- Un ennemi anonyme et sans visage

- Unité et diversités politiques françaises au lendemain des élections des 21 et 28 mars : essai de diagnostic sociologique

- Bien se tenir à la chambre

- Activités des membres


Toutes les activités >>>

Quelques membres

- Ngwe Luc

- Skornicki Arnault

- Garrigou Alain



Liste complète >>>

Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
Numéro 1

- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
- A.G. des cheminots de la gare Saint-Lazare jeudi 14 décembre 1995
- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Cécile Battais

Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.



Les récentes mobilisations suscitées par le projet de réforme de la loi Falloux s’inscrivent dans l’histoire tourmentée de l’école publique. Une effervescence sociale gagne la France dès que le statut de l’école semble être mis en jeu. Cette particularité de la société française résulte, entre autres, des représentations fortement ancrées dans les mentalités selon lesqueslles l’école est un instrument essentiel de la socialisation et un moyen efficace de promotion sociale. Le livre d’Yves Déloye consacré à la genèse de l’école publique et à son évolution jusqu’au gouvernement de Vichy peut nous aider à comprendre comment ces représentations se sont imposées et quels en sont les enjeux implicites. L’auteur fonde son travail sur l’analyse des discours des principaux organisateurs de l’école laïque qu’il complète par celle des contenus des manuels scolaires. Il souhaite ainsi mettre à nu les principes qui organisent la définition de la citoyenneté républicaine. Le voyage dans le passé auquel nous invite Yves Déloye a pour but l’élaboration de nouveaux points de repère historiques et théoriques nécessaires au traitement de la question scolaire déformée par l’accumulation de partis pris politiques. Il devient par exemple, de plus en plus difficile de penser la laïcité tant les acceptions du terme se sont multipliées. Il ne peut être que fertile d’arrêter, le temps d’un livre, la course folle du temps et des polémiques abstraites afin de mieux saisir les enjeux et les présupposés des débats contemporains. Yves Déloye ne cache pas d’ailleurs que cet aspect de la recherche a été l’une des motivations de son projet.

Le premier chapitre est consacré à la présentation des points de vue relatifs à la citoyenneté. L’auteur rappelle tout d’abord que la construction de l’individu-citoyen est liée à celle d’un État-nation mis en demeure « d’imposer une certaine définition de l’identité civique et nationale » (p. 23) afin de préserver son existence. L’État doit donc s’assurer le contrôle de la socialisation civique et l’adapter à ses exigences d’État aux formes particulières. Dès lors, la notion de citoyenneté devient un sujet de discorde entre républicains et élites catholiques engagés dans des luttes de pouvoir - aspect du contexte historique sur lequel l’auteur ne s’attarde pas suffisamment - dont l’un des ressorts est l’imposition de la définition légitime de la citoyenneté. La notion de citoyenneté, loin d’être universelle et atemporelle apparaît donc comme une notion dont les significations ne peuvent être séparées du contexte dans lequel elles émergent. La promotion d’une citoyenneté républicaine débouche sur la condamnation de comportements sociaux qui peuvent entraver l’autonomie et la volonté individuelles tels que l’alcoolisme, la paresse ou encore les superstitions, et empêcher le citoyen de « se gouverner soi-même » (p. 41). À prétention universelle, la nouvelle morale rejette également les religions considérées comme des ferments de divisions nationales. Identité religieuse et citoyenneté doivent désormais être appréhendées séparément. Les sentiments religieux sont relégués dans l’espace privé au nom d’une éthique de la tolérance, garantie de l’harmonie sociale. L’étude du contenu de plusieurs manuels scolaires révèle que cette relégation s’opère sous plusieurs formes. Sur les vingt trois manuels sélectionnés, neuf ne font aucune allusion à la religion alors que quatre manuels (dont trois ont été écrits avant 1873 ce qui tempère les conclusions de cette étude comparative car il n’est pas certain que les auteurs de ces ouvrages n’aient pas été plus que les autres, soumis à une censure et à une autocensure qui expliquerait leur prise de position) précisent que la religion est le fondement et la source de la morale.

Dans les manuels catholiques, la morale tire ses racines du catholicisme. L’identité française ne peut en être dissociée si ce n’est au risque de fragiliser la nation et de l’abandonner au péril de l’anarchisme. D’après cette vision théocentrique, il faut être catholique pour être un bon citoyen (p. 83).

Toujours soucieux de relier morale laïque et construction d’un certain type d’État, Yves Déloye entreprend dans le chapitre 3, le recensement des principes de l’enseignement républicain appelés à légitimer « un ordre politique fondé sur la raison ». (p. 88). Il relève que l’école républicaine de la citoyenneté se voit dévolue plusieurs fonctions. Elle doit civiliser les moeurs c’est-à-dire transmettre des mécanismes d’autocontrainte afin que le comportement des individus ne compromette pas la stabilité sociale. L’école façonne également l’esprit national en accordant une large place à l’enseignement des notions de fraternité et de volontarisme. Cette fois encore, les sentiments religieux sont écartées du contenu de l’identité nationale ; il suffit de manifester son amour pour la patrie pour lui être intégré. Pour les catholiques, ces diverses fonctions de l’école sont inacceptables. Les élites catholiques dénoncent l’éducation morale et l’instruction civique comme des instruments de la propagande gouvernementale. Seule la pratique de la religion assure le contrôle des passions humaines et protège la société de tout désordre social. La perspective du salut et la crainte de Dieu commandent le civisme. Concernant l’identité nationale, les manuels des écoles privées expliquent qu’elle « n’est pas associée à l’État mais à l’Église catholique qui en est le seul fondement légitime » (p. 116). Les désaccords entre les deux théories sont encore plus marquées à l’égard des rôles du citoyen. L’école républicaine doit former les électeurs en lui transmettant les bons usages du suffrage universel : la sincérité (condamnation du clientélisme) et la rationalité (capacité de l’individu de s’émanciper des loyautés primaires, familiales, incompatibles avec la défense de l’intérêt général) doivent inspirer les choix de l’électeur. En contrepartie de la mise en place d’une nouvelle forme de participation politique, les anciennes pratiques telles que l’émeute ou toute autre forme de violence, sont condamnées en tant qu’obstacles au bon fonctionnement de la démocratie. À l’inverse, les notables traditionnels estiment qu’ils sont les seules personnes habilitées à produire une opinion politique éclairée. Par conséquent, les électeurs doivent prendre en compte leurs recommandations avant de glisser le bulletin dans l’urne. De surcroît, comme la nature humaine est entachée du péché originel, cette dépendance bienveillante est immuable et ne peut donner lieu à aucune contestation. En dépit des transformations que connaissent les deux théories, à travers notamment les apports durkhémiens et le solidarisme de Léon Bourgeois, les divergences perdurent tout au long du XIXème siècle.

Les désaccords relatifs à la définition de la citoyenneté ont eu des effets pratiques importants. Les « guerres scolaires » montrent que les luttes pour l’imposition de la définition légitime de la citoyenneté ne se sont pas limitées au terrain idéologique. Elles ont parfois débouché sur des affrontements physiques révélateurs de l’ampleur des enjeux de cette querelle théorique. Ainsi, la promulgation de la loi du 28 mars 1882 est suivie par la publication de mandements critiques et de mises en garde auprès des parents. Puis, à la suite de la publication de la condamnation de manuels [1] par la Sacrée Congrégation de l’Index, la mobilisation s’amplifie. À partir de janvier 1883, les évêques interviennent au premier rang, menaçant de privation de sacrements les parents qui utiliseraient les manuels mis à l’index. La mobilisation touche 6 % des communes ; peu d’incidents violents sont relevés. Cette moyenne nationale cache néanmoins de fortes disparités géographiques (carte p. 219) : onze départements ont connu une forte mobilisation, une vingtaine sont restés indifférents tandis que les autres ont été l’objet « d’incidents isolés ». Pour l’auteur, cette inégale répartition des mobilisations s’explique par une combinaison de facteurs liés entre autres à la personnalité des acteurs. Le tempérament de l’évêque, l’attitude du bas clergé, les accommodements entrepris par l’instituteur apparaissent déterminants. Si le degré d’influence sociale des acteurs mobilisés apparaît essentiel, l’auteur n’oublie pas que la première condition de réussite d’une mobilisation réside dans la perception du ou des avantages que les agents peuvent en retirer. Or, « n’ayant pas en lui-même de valeur d’usage, le manuel représente une valeur d’échange. Sa remise aux autorités ecclésiastiques permet de nouer ou de préserver une relation de clientèle profitable (p. 228) ». La deuxième guerre scolaire se produit au début du XXème siècle. Une lettre collective des évêques publiée le 14 septembre 1909 proscrit quatre manuels dont les auteurs sont Alphonse Aulard, Albert Bayet, Jules Payot et E. Primaire. Leur condamnation est justifiée par leur silence à l’égard du fait religieux. La mobilisation des représentants officiels de l’Église est plus intense qu’en 1883. Une vingtaine de départements se distinguent par de nombreux incidents (carte p 245) parmi lesquels des autodafés des livres condamnés. La radicalisation des positions ecclésiastiques à l’égard de l’école républicaine résulte de « la volonté de retrouver une influence qui dépasse le cadre strict des seules affaires spirituelles », de « la rupture du cadre concordataire, [de] l’attitude plus intransigeante de la papauté » et des « difficultés de l’école chrétienne » (p. 233). L’intervention de nouveaux acteurs explique également le nouvel élan que connaît la contestation catholique. Des associations comme l’Union générale des associations catholiques des chefs de famille, ou encore l’Association patriotique des Françaises relaient et amplifient le message des autorités catholiques. Quant à l’inégale mobilisation géographique, Yves Déloye avance plusieurs éléments d’explication. Il note tout d’abord une certaine correspondance entre les départements mobilisés et la carte de la pratique religieuse et insiste sur la localisation périphérique des départements concernés ce qui n’est pas sans rappeller les résistances séculaires aux tentatives d’assimilation étatique jacobine et laïque. Il invoque également la présence de structures sociales hiérarchiques dominées par les « châtelains ». À la fin du chapitre 5, l’auteur enrichit son analyse en faisant intervenir un facteur pratique inattendu. Yves Déloye établit en effet une corrélation entre l’intensité des mobilisations et la présence d’une école libre capable d’accueillir les élèves susceptibles de quitter l’école publique. Il montre ainsi que l’objectif de cette deuxième mobilisation est moins d’interdire des ouvrages répréhensibles aux yeux des gardiens de la fille aînée de l’Église que de sauver les écoles catholiques mises en difficulté par les lois de 1901 et 1904 interdisant aux congrégations d’enseigner. Il ne faut pas oublier que pour l’Église, confrontée à la Séparation, les écoles catholiques sont aussi un moyen de suppléer à la diminution de leurs ressources financières. La deuxième guerre scolaire s’inscrit donc dans le cadre plus large des luttes engagées entre le curé et l’instituteur pour le contrôle de la formation de la jeunesse et celui des postes éducatifs. La condamnation des manuels apparaît comme une ressource supplémentaire dans cette lutte et non comme le point central de la mobilisation.

Les principes éducatifs et moraux établis par les républicains de la IIIème République sont rapidement remis en question par l’administration vichyssoise. Dès juillet 1940, une liste de manuels interdits est publiée. Le 23 novembre, les programmes sont modifiés au profit de la réintégration des devoirs envers Dieu. Les arguments avancés par le maréchal Pétain et les divers responsables de l’éducation reproduisent les critiques formulées par les autorités catholiques : refus du fondement individualiste de la citoyenneté, refus de dissocier l’individu de ses appartenances sociales et géographiques. L’école reçoit de nouvelles fonctions : l’apprentissage du respect de la hiérarchie qui assure la paix sociale, la valorisation de l’éducation physique et du travail manuel et enfin la célébration de la patrie d’inspiration et de nature chrétienne. La rédaction de manuels s’avère nécessaire pour assurer la diffusion de ce nouvel enseignement. Leur lecture révèle que l’histoire de France est réécrite afin de valoriser l’héroïsme de certains personnages et d’évacuer l’héritage de 1789. La religion catholique y est de nouveau considérée comme un critère de civisme. Il en résulte une nouvelle articulation entre les notions de patrie, de nation et d’État. « Les devoirs du citoyen envers la nation sont considérés comme antérieurs à ses devoirs envers un État qui a lui-même des obligations envers la nation » (p. 376). La nation prévaut désormais et tout ce qui peut menacer son unité est à bannir. Or l’activité politique est une menace car elle favorise les divisions et l’affaiblissement de l’esprit national. Dans cette optique, le rôle du citoyen est strictement limité à la préservation de l’héritage national et de l’ordre social hiérarchisé. Il ne saurait faire preuve d’autonomie et de comportement raisonné ; d’où la valorisation évoquée ci-dessus du travail manuel qui a pour effet de déprécier le travail intellectuel.

Dans sa conclusion, l’auteur observe que la question scolaire reste au coeur de l’actualité. Il rend compte des mobilisations de 1984 et de 1994 par la permanence des conflits entre les représentations concurrentes du rôle et du statut de l’école. S’il note l’adhésion des catholiques au contenu de la citoyenneté républicaine, il constate en revanche que la rupture imposée entre l’appartenance politique et l’appartenance religieuse continue à être l’objet de vifs débats.

L’un des intérêts de la présentation des conceptions rivales de la citoyenneté réside dans la remise en question de l’institutionnalisation de certaines opinions, processus qui, sous couvert de la neutralité fait oublier aux générations successives qu’elles sont le résultat d’un rapport de forces sociales dont l’issue est liée à une série de facteurs conjoncturels. Cette conclusion n’est cependant pas clairement énoncée par Yves Déloye. Sa présentation des différentes représentations de la citoyenneté tend au contraire à effacer les divergences pour ne retenir qu’une seule version républicaine qu’il oppose à une version catholique. Certes, Yves Déloye semble conscient des limites méthodologiques que comporte cette réduction des opinions républicaines et catholiques. Dans une note de fin de page (note 1 p. 75), il expose, pour les évacuer aussitôt, le problème de la diversité des opinions et les tentations de la réification qui transparaissent dans l’utilisation d’expressions telles que « l’argumentation catholique ». Il montre d’ailleurs ultérieurement que les conflits internes au monde catholique ont été l’un des ressorts des mobilisations de la deuxième guerre scolaire. La diversité des opinions catholiques doit donc être prise en compte pour comprendre l’organisation « du noyau idéologique ». En outre, l’affirmation d’une homogénéité de la posture républicaine surprend également. Sous la IIIème République, cette catégorie politique renvoie à des comportements politiques très différenciés. Si, jusqu’en 1877, les représentants qui peuvent être considérés comme républicains adoptent un comportement d’union pour déjouer les tentatives de restaurations monarchique ou impériale, les divisions à l’intérieur du « camp républicain » sur le rôle du Sénat, la mise en place de l’impôt sur le revenu, la réforme du service militaire empêchent de réduire les luttes politiques à une opposition binaire entre républicains et conservateurs. Ces divisions ont d’ailleurs eu des effets particulièrement importants en ce qui concerne les politiques de laïcisation que ce soit celle de l’École ou de l’État. Jules Ferry a dû batailler ferme, en 1884, pour imposer la suppression des prières publiques. Il ne réussit à lever la résistance du Sénat qu’en laissant peser la menace de suppression de cette institution réclamée par les républicains radicaux. Par ailleurs, opposer l’argumentation catholique à celle des républicains, c’est oublier qu’à l’époque de nombreux républicains se déclaraient de fervents catholiques. L’éclipse de ces divergences idéologiques au profit de la mise en valeur « d’un noyau idéologique commun » débouche sur une présentation uniformisante des postures qui rend impossible l’appréhension fidèle de tout processus historique dans la mesure où sa dynamique est justement constituée par les luttes entre agents sociaux. Ce biais méthodologique est renforcé par la méthode de recensement des références à partir desquelles l’auteur a effectué sa recherche. La sélection des ouvrages qui composent l’échantillon de base a été réalisée à partir de listes officielles. Or, le croisement des procès-verbaux des conférences cantonales avec la liste récapitulative publiée par le ministère de l’Instruction publique conduit à considérer la liste officielle comme la liste représentative des différentes postures de l’époque alors qu’elle ne regroupe que les manuels correspondant aux canons éducatifs de ceux qui occupent les postes d’État et peuvent, de ce fait, imposer comme allant de soi une représentation sociale du bon manuel. En d’autres termes, sont sélectionnés les livres qui présentent un contenu conforme à la représentation des personnes habilitées à sélectionner les ouvrages. Or cette habilitation est délivrée aux agents sociaux qui ont révélé des dispositions (concours, promotion interne, etc.) conformes avec la représentation des détenteurs du pouvoir. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que la sélection apparaisse homogène puisque toute version qui s’éloigne trop de la version officielle, c’est-à-dire celle qui est véhiculée par les dominants, est tenue pour hérétique et donc écartée.

Quant aux mises en garde de l’auteur à l’égard du piège de la réification, elles s’avèrent être des déclarations d’intention puisque tout au long de sa démonstration, Yves Déloye utilise des termes tels que « la République », « l’Église » sans que jamais il ne soit procédé à une analyse sociologique de leur contenu.

Paradoxalement, cette simplification de l’espace des prises de positions à l’égard de la citoyenneté et de l’école ne permet pas à Yves Déloye de dégager les points idéologiques communs aux catholiques et aux républicains. Si les auteurs catholiques et les auteurs républicains se divisent sur la définition du citoyen et finalement s’accordent à reconnaître leur point de désaccord, les deux groupes reconnaissent la nécessité d’établir des principes d’obéissance à l’égard de l’État afin de préserver l’ordre social. Certes, les premiers souhaitent les instituer au nom de la responsabilité individuelle et les seconds au nom de Dieu. Mais dans les deux cas, l’homme n’est pas considéré comme « naturellement » disposé à la préservation de l’ordre social soit parce qu’il est intrinsèquement attiré par le mal (argument catholique), soit parce qu’il est victime de son ignorance (argument républicain). Quelle que soit l’argument invoqué, des craintes apparaissent, celles d’agents sociaux pouvant prétendre à l’occupation des positions dominantes et qui ressentent le besoin de disposer de moyens efficaces pour maintenir leurs privilèges. L’évolution de la position des auteurs catholiques à l’égard de l’État-enseignant est également significative des usages communs aux groupes dominants quelque soit leur inspiration théorique. Opposés à ce qu’ils qualifient « d’État-pieuvre », les adversaires des républicains qui accèdent aux postes d’État sous le gouvernement de Vichy, souhaitent pourtant renforcer le contrôle de l’État sur l’enseignement. À partir de 1940, le rôle de l’État dans l’éducation n’est d’ailleurs plus remis en question. Le revirement des adversaires de l’État-enseignant ne résulte pas d’une mutation de leur représentation de la réalité. Il est le produit de la transformation du rapport de force politique : ayant accédé aux postes d’autorité, les élites traditionnelles utilisent les ressources d’État pour faire valoir une représentation de l’ordre social qui justifie et entretient leur situation privilégiée.

L’absence de toute recherche sur les propriétés sociales des acteurs sociaux cités est également préjudiciable à la rigueur de la démonstration car elle aurait permis de dépasser l’exercice d’une histoire des idées déjà connue et de mettre à nu les enjeux sociaux des polémiques retenues. On peut d’autant plus déplorer cette lacune que dès les premières pages du livre, Yves Déloye place son travail sous l’angle de la sociologie historique (p. 18). Or, non seulement aucune information n’est donnée sur les multiples auteurs cités ou sur les notables qui se mobilisent lors des guerres scolaires, mais les points de repère historiques sont finalement peu nombreux. Une sociologie des auteurs aurait montré qu’adversaires et partisans de la morale laïque se répartissent en fonction du volume et de la composition des ressources attachées à la position sociale qu’ils occupent. En liaison avec la multiplication des possibilités d’enrichissement, le réservoir des prétendants à l’exercice de la domination s’est en effet élargi. Comme l’a montré Christophe Charle, de nouvelles catégories sociales aux ressources différentes (professions libérales, professions économiques, professions intellectuelles) réclament une nouvelle distribution des postes d’autorité fondée sur le volume du capital scolaire. C’est cette lutte entre deux modes de production des élites, méritocratique ou traditionnel, qui conditionne les termes du débat sur la citoyenneté. Ainsi, la trajectoire de Paul Bert, l’un des auteurs des manuels étudiés, permet de mieux comprendre son opposition radicale au catholicisme et sa volonté de promouvoir une morale laïque. Issu de la moyenne bourgeoisie, Paul Bert est détenteur de deux doctorats en droit et en sciences naturelles. Il a occupé les fonctions de préparateur au Collège de France auprès de son ami Claude Bernard puis a enseigné à la Faculté de Bordeaux, au Muséum d’histoire naturelle et enfin est entré à la Sorbonne en 1870. Cette même année, il est nommé secrétaire général de la préfecture de l’Yonne puis préfet du Nord. Après un premier échec électoral en 1871, il est élu député de l’Yonne en 1872. Il entre au gouvernement de Gambetta en tant que ministre de l’Instruction publique. C’est la possession d’un capital scolaire très élevé et sa disponibilité dans une conjoncture politique favorable - le vide politique dans lequel se trouve la France après la défaite napoléonienne - qui a permis à Paul Bert d’accéder à l’espace politique et à l’un des postes les plus prestigieux, celui de ministre de l’Instruction publique. La réussite de son ascension s’est réalisée dans des conditions difficiles car Paul Bert a du non seulement se battre contre les prétentions de l’Église à vouloir contrôler la production scientifique et tout particulièrement les disciplines liées à la biologie qui, à ses yeux compromettent la validité du dogme catholique mais aussi contre les élites traditionnelles qui fondent la valeur sociale d’un individu sur le volume de son capital hérité. Sa mobilisation en faveur de la promotion d’une morale laïque résulte de cette confrontation avec les anciens dominants. La virulence de ses actions est entretenue par une ambition personnelle dont témoignent ses nominations répétées aux postes d’État. Or la défense d’une morale laïque c’est-à-dire d’une vision du monde qui trouve sa justification en dehors de toute référence religieuse, a pour effet, sans que celui-ci soit consciemment maîtrisé par les acteurs, de supprimer l’une des ressources sur laquelle repose la domination des élites traditionnelles. La valorisation de l’école et à travers elle, celle du capital scolaire est un moyen de valoriser les propriétés sociales des nouvelles catégories sociales qui émergent dans le champ du pouvoir. C’est pour cette raison, entre autres, que l’école a été au coeur des préoccupations des républicains. Elle a été l’un des instruments de légitimation de la position dominante des nouvelles élites. Les controverses sur la citoyenneté et l’école s’inscrivent dans ce conflit politique dont elles ne sont qu’une des formes. La morale laïque à prétention universelle selon ses défenseurs n’est en réalité qu’une représentation particulière de la morale véhiculée par des groupes sociaux particuliers. L’histoire de la IIIème République est fortement marquée par ce processus de transformation de propriétés de classe en une propriété universelle.

On peut enfin s’interroger sur le cadre théorique choisi par l’auteur. À plusieurs reprises, les notions d’espace public et d’espace privé sont mentionnées sans que leur utilisation soit précédée d’une analyse critique. Or ces notions, aujourd’hui entièrement naturalisées, sont le produit de luttes sociales qui ont cours durant la période étudiée. Les enjeux des mobilisations recouvrent non seulement le bien-fondé d’une séparation entre espace privé et espace public mais aussi la définition respective de ces espaces sociaux. Au XIXème siècle, les frontières entre espace privé et espace public ne sont pas clairement déterminées. Les catholiques refusent de reconnaître la légitimité d’une telle distinction. De plus, l’analyse de la mise en place d’une morale laïque fondée exclusivement sur l’étude des discours présuppose une vision positiviste de l’histoire selon laquelle une évolution historique particulière serait le résultat de la volonté des acteurs repérable dans leurs déclarations d’intention. Or, puisque Yves Déloye déclare s’inspirer de Norbert Elias, il faut rappeler que l’un des enseignements fondamentaux de cet auteur est d’avoir montré que les résultats d’une action et les expressions d’intention qui la justifient, n’ont que très peu de liens. En outre, lorsque Elias étudie le processus de civilisation des sociétés occidentales, il insiste sur le rôle de facteurs incontrôlés par les acteurs en raison des formes d’interdépendance qui structurent leurs actions. Or, aucune recherche pour reconstituer ces chaînes d’interdépendance qui lient les différents agents sociaux cités dans l’ouvrage n’a été entreprise. Cette lacune empêche de mesurer tout ce que les discours et les prises de positions doivent aux positions sociales et à leur place dans des réseaux de dépendance de ceux qui les produisent. L’État républicain n’est pas par nature laïque. L’État républicain laïque est le résultat d’actions individuelles incontrôlées dont la forme finale naturalisée est liée à un ensemble de facteurs structurels et conjoncturels. Les discours et les manuels doivent être considérés comme des instruments qui participent à la légitimation du remplacement des élites traditionnelles par de nouvelles catégories sociales en lutte pour le contrôle des postes d’État. Leur étude ne suffit pas à comprendre les enjeux sociaux dissimulés dans des théories savantes.




[1] . Il s’agit des manuels rédigés par Paul Bert, Gabriel Compayré, Mme Henri Gréville et Jules Steeg.



Groupe d'Analyse Politique

Université Paris X Nanterre
Bâtiment F - Bureau 509
200 avenue de la République
92000 Nanterre
Tél/Fax 01 40 97 77 05

Mail : webmaster AT gap-nanterre DOT org