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Groupe d'analyse politique GAP
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Savoirs et idéologies en politique, 2012-2013

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Calendrier des Séances 2012-2013 Un Mercredi par mois, de 14h à 16h — Bâtiment F — Salle des Conférences (F352) - Université Paris Ouest Nanterre 14 novembre 2012 : Jean-Louis Fournel (Paris 8), autour de l’ouvrage collectif Liberté(s) et libéralisme(s). Formation et circulation des concepts, dir. par J.L. Fournel, J. Guilhaumou, J.-P. Potier, ENS Éditions, 2012. 12 décembre 2012 : Emmanuel Didier (...)

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Séminaire de recherche 2012-2013 : André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest

André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest 14h —17h Salle des actes (F141) — UFRDSP — RER/SNCF « Nanterre-université » Mercredi 6 février 2013 : Bernard Lacroix « Comment travailler un auteur au corps » Mercredi 27 février 2013 : Mathilde Sempé « Retour sur la construction de la figure fondatrice d’André Siegfried : hommages et commémorations » Mercredi 6 mars 2013 : Christophe Voilliot « André Siegfried et la candidature officielle » (...)

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Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

Savoirs et idéologies en politique Genèse, circulation, transmission Séminaire du Groupe d’Analyse Politique Un Mercredi par Mois, de 14h30 à 16h30 Bâtiment F — Salle des Actes (141) Calendrier des Séances 16 novembre 2011 : « Comment peut-on être économiste (au XVIIIe siècle) ? Contribution à une généalogie de la croyance économique », par Arnault SKORNICKI (GAP, Paris Ouest Nanterre) 14 décembre 2011 : « Comment peut-on être européaniste (en Corée du Sud) ? Genèse (...)

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- Savoirs et idéologies en politique, 2012-2013

- Séminaire de recherche 2012-2013 : André Siegfried et le Tableau politique de la France de l’Ouest

- Savoirs et idéologies en politique, 2011-2012

- Séminaire Savoirs et idéologies en politique 2010-2011

- GAP : Réunion de rentrée

- Gap : Conseil de laboratoire

- Séminaire de recherche : savoirs et idéologies en politique

- Séminaire de recherche : la construction sociale de l’opération électorale

- GAP : réunion de rentrée

- GAP : séance du 1er juin 2009




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Publications du Gap
Eléments de science politique

Christophe Voilliot, Eléments de science politique, L’Harmattan, Logiques politiques, Paris, décembre 2010, 208 pages Ce livre, fruit d’un travail pédagogique collectif, témoigne de la situation paradoxale de la science politique française contemporaine. Influencée par l’ensemble des sciences sociales, notamment par la sociologie, cette discipline est difficilement accessible aux non spécialistes. Cet ouvrage propose une version unifiée sur des éléments de science (...)

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L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

Vient de paraître : Laurent Bonelli et Willy Pelletier (dir.) L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse, La Découverte, Paris, septembre 2010, 324 pages. Résumé Dans le débat public, les diagnostics alarmistes sur la « crise de l’État-providence », et les procès contre l’État-redistributeur, ont laissé place à toujours plus d’injonctions à « réformer l’État ». Cet impératif est devenu le point de ralliement d’élites politiques (de droite (...)

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Nouveau manuel de science politique

Nouveau manuel de science politique Antonin COHEN, Bernard LACROIX, Philippe RIUTORT Ce Nouveau manuel propose une vaste présentation des connaissances disponibles en science politique. Unique manuel collectif en langue française, mobilisant l’expertise de plus de 70 auteurs, il réunit les meilleurs spécialistes des nombreux thèmes abordés. La diversité de ces thèmes, des objets les plus classiques de la discipline aux sujets les plus contemporains, le traitement novateur de (...)

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- Eléments de science politique

- L’Etat démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse

- Nouveau manuel de science politique

- Vulgarisateurs, essayistes, animateurs.

- L’Europe sociale n’aura pas lieu

- La France a peur. Une histoire sociale de l’"insécurité"

- Les ravages de la « modernisation » universitaire

- Sociologie de la communication politique

- Amour, Gloire et Crampons. Pour une sociologie du foot

- L’ivresse des sondages

- La canonisation libérale de Tocqueville

- L’utopie communautaire (réédition)

- Eugène Spuller 1835-1896. Itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement

- La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la Troisième République

- Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours




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Annonces Diverses
Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011 PROGRAMME 2010-2011 Lundi 8 novembre 2010, 14h-16h : Alain Caillé (Sophiapol /Univ. Paris Ouest Nanterre) donnera une conférence intitulée « Capitalisme, parcellitarisme et démocratie ». Lundi 10 janvier 2011, 14h-16h : Bruno Tinel (CES/Univ. Paris 1) donnera une conférence intitulée « Les transformations récentes du courant dominant en économie lui permettent-elles de (mieux ?) rendre compte du (...)

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Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

http://www.u-paris10.fr/69251820/0/fiche___pagelibre/&RH=1258638513074

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Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008 Bertrand Geay, Le sens pratique de l’étudiant protestataire. Conditions objectives et conditions subjectives du mouvement contre le CPE Discutante : Isabelle Sommier Attention la séance aura lieu au Site Pouchet : 59-61 rue Pouchet - 75017 Paris, salle 159 - de 10h à 12h.

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- Pour une épistémologie du capitalisme - Séminaire d’équique SOPHIAPOL 2010-2011

- Idéologies d’hier, Idéologies d’aujourd’hui, séminaire 2010-2011

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire du 3 mars 2008

- Les acteurs de l’Europe, 18 janvier 2008

- Centre de Sociologie Européenne. Séminaire 2007-2008

- Lire les sciences sociales, 8 juin 2007

- Lire les sciences sociales, 16 mars 2007

- Comment étudier les idées ?(2)

- Actualité d’Abdelmalek Sayad

- Relégation urbaine et politique :comment dit-on l’injustice ?

- Comment étudier les idées ?

- Lire les sciences sociales : Quartiers sensibles

- Politique et classes populaires

- Les usages de l’histoire en science politique

- Le corps et la santé. Dialogues autour de Norbert Elias




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Membres du Gap

Déclaration de politique scientifique

Groupe d’Analyse Politique

2005 - 2008


Les recherches poursuivies au Groupe d’Analyse Politique concernent l’Etat, l’action de l’Etat et les transformations de l’action et des représentations de l’Etat. Elles visent à constituer l’Etat en objet d’analyse scientifique en échappant aux formes routinières de pensée d’Etat qui (comme on peut l’observer avec le juridisme et la philosophie de l’histoire), en donnant aux chercheurs l’impression de penser l’Etat, restent des contributions intellectuelles au fonctionnement de celui-ci. Elles s’organisent de ce fait à partir d’un point de vue spécifique, progressivement précisé, sociologique et historique à la fois, et qui doit beaucoup au travail de N. Elias et de P. Bourdieu : prendre au sérieux l’idée de construction sociale de l’Etat et de construction sociale de la politique par l’Etat (parce que c’est un point de vue historique conséquent) mais sans céder à la croyance que les réalisations étatiques peuvent être décrites en terme de réussite ou d’échec d’entreprises immédiatement observables, et ceci bien qu’il ne fasse pas de doute que l’Etat n’a pas d’existence en dehors ou au-delà des formes de son action.

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Activités des membres


- Le métier parlementaire

- La politique au scalpel. Une nouvelle collection chez Syllepse

- Un ennemi anonyme et sans visage

- Unité et diversités politiques françaises au lendemain des élections des 21 et 28 mars : essai de diagnostic sociologique

- Bien se tenir à la chambre

- Activités des membres


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Quelques membres

- Cédric Plont

- Hajjat Abdellali

- Lehner Paul



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Scalpel
Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Numéros en ligne
Numéro 1

- Scalpel pour quoi faire ?
- La « crise de la démocratie représentative en France ».
- Pension, corruption, trahison
- Élu des villes, élu des champs
- Conjonctures électorales et conjectures préfectorales
- Un document d’André Siegfried
- Mafias et politique en URSS
- Variation d’emprise sociale et dynamique des représentations
- Un nouveau paradigme sociologique ?
- Lectures critiques : Nathalie Heinich, La gloire de Van Gogh Essai d’anthropologie de l’admiration
- Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front
- Lectures critiques : Norbert Elias, La société des individus

Numéro 2-3

- Perspectives pour une recherche
- Le droit et l’écrit
- JACK GOODY Éléments commentés de bibliographie
- « Au nom du nom » ou comment investir son poste. Le cas des éditorialistes d’Europe 1
- Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995)
- Faux concept et vrai problème : La « volatilité électorale »
- La « Révolution des fauteuils » au Parlement européen
- Lectures critiques : Yves Déloye, École et citoyenneté, Paris, Presses de la FNSP, 1994.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 1.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 2.
- Corpus bibliographique des manuels électoraux français (1790 - 1995). Partie 3.
- Lectures critiques : Philip Nord, The Republican Moment. Struggles for democracy in nineteenth-century France,Cambridge, Harvard university press, 1995.

Numéro 4-5

- 1968, 1995 : question de point de vue
- Le mouvement social dans le miroir de ses manifestations : pouvoir des mots et modes d’expression de la grève de novembre-décembre 1995
- L’autodidacte et le mouvement social
- Un métier exposé : les contrôleurs SNCF
- Remarques sur quelques chronologies d’origine syndicale du mouvement social de l’automne 1995
- Terrains
- A.G. des cheminots de la gare Saint-Lazare jeudi 14 décembre 1995
- « Faites un groupe »
- D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet
- En France, trente ans après, comment analyser mai 1968 ?
- Les armes de la théorie : les intellectuels mobilisés de 1968
- Eléments pour une histoire comparée de mai 68 en France et en Allemagne
- Lectures critiques : Christine Guionnet, L’apprentissage de la politique moderne. Les élections municipales sous la monarchie de Juillet, Paris, L’Harmattan, « Logiques politiques », 1997
- Lectures critiques : Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Paris, Seuil (coll. La librairie du XXè siècle), 1991
- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.
- Lectures critiques : Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires : 1870-1900

Bernard Lacroix

D’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui : le chercheur et son objet



Il peut sembler paradoxal de poser la question : « comment expliquer Mai 68 » dans le cadre d’une cérémonie, la commémoration par l’Université de Nanterre du trentième anniversaire des « événements » du même nom. Est-il en effet totalement anodin, voire complètement innocent, de sacrifier à cette célébration et de céder par là même au culte du souvenir ? Ne risque t-on pas de renoncer en tout ou en partie à l’exercice du métier qui est notre raison d’être, d’en rabattre sur les exigences, pas seulement intellectuelles, qui nous tiennent à coeur, ou même qui sait, de pactiser sans le vouloir avec des intérêts hostiles au travail scientifique ? La simple honnêteté oblige de constater qu’une réunion comme celle d’aujourd’hui n’est sans parenté avec les cérémonies officielles et que celles-ci imposent souvent au chercheur de se retrancher dans une forme de neutralité. Chacun pensera, à part soi, à la difficulté de faire comprendre un argument technique qui conduit à écarter par avance tout ce qui déconcerte un public non spécialiste. Ou bien au plaisir de se faire entendre qui récompense le consentement aux exigences profanes. Ne voit-on pas d’ailleurs, en ce type de circonstance, proches, collègues ou scientifiques chevronnés préférer les profits d’un succès mondain facile à la défense et illustration des vertus de la distance et de la rigueur ? Au vrai, l’historien ou le sociologue ne sont pas condamnés à cesser de faire de l’histoire ou de la sociologie pour cela seul qu’ils participent à une cérémonie commémorative. Ceci ne veut pas dire qu’une réflexion sur un « événement » comme celui qui nous rassemble aujourd’hui ne rencontre pas de difficultés particulières. C’est pourquoi, on n’a pas cru complètement inutile de s’attarder quelques instants sur cette réunion. Avec l’espoir d’en tirer, sinon une explication (de mai 68), du moins quelques indications pour une explication qui, aujourd’hui encore, reste à faire.

La commémoration comme propension à la deshistoricisation

L’univers scientifique existe en fait avant et en dehors de l’un ou l’autre de ces rassemblements qui se forment autour des entreprises de commémoration. Ces rassemblements peuvent bien constituer, sous un rapport ou sous un autre, un analyseur ou un révélateur des pratiques du monde savant. Le fonctionnement spécifique de l’univers scientifique n’en conserve pas moins, par son autonomie propre, une sorte de fonction prophylactique. On sait aujourd’hui de plus en plus et de mieux en mieux que la structure des relations objectives entre les acteurs scientifiques [1] est au principe aussi bien de la routine que des transformations de ce monde particulier : celle-ci commande en effet l’activité ordinaire de tous et de chacun (ou si l’on préfère les façons de travailler orientées par l’effort pour accumuler ce capital particulier qu’est le capital scientifique) mais aussi les bouleversements des façons de faire et des façons de voir de tous sous l’effet de la réussite de quelques uns (cette réussite réservée à quelques uns fait de cette univers un monde inégal où la concurrence est impitoyable). Il s’ensuit que la compétence scientifique, inséparable de l’autorité qui manifeste dans cet univers sa reconnaissance, est le premier élément qui permet de comprendre les attitudes scientifiques très différentes dans les cérémonies officielles en général comme en d’autres circonstances. De comprendre que telle ou telle personnalité scientifique reconnue puisse utiliser accidentellement ce cadre accueillant sans abandonner quoi que ce soit de ses principes et de sa rigueur pour divulguer des résultats jusqu’alors confinés dans la pénombre du laboratoire. Ou bien inversement que dans une conjoncture de raréfaction des postes d’enseignants ou de chercheurs, tel postulant croit habile de monter en épingle, sur une arène périphérique, ce qu’il imagine le distinguer de ses prédécesseurs sans voir qu’en cédant aux tentations de l’occasion, il dessert l’autonomie indispensable au travail de tous.

Il est vrai que les choses sont sensiblement plus complexes puisque la « compétence » (scientifique) est seulement l’une de toutes les dispositions que le chercheur doit à son passé social et intellectuel, l’une parmi toutes celles qui, présentes dans son rapport à son activité, commande son accommodation à la situation qui retient notre attention. On observe donc également, de ce point de vue, des attitudes strictement inverses aux précédentes : le souci du mandarin vieillissant de défendre une autorité menacée peut incliner ainsi à bien des accommodements et ceux-ci peuvent apparaître comme scandaleux, notamment aux yeux de plus jeunes portés à se voir et à se croire défenseurs des valeurs du milieu donc à lire dans ces accommodements d’inadmissibles compromissions. Il ne surprendra par conséquent aucun sociologue que la relation entre les dispositions de l’intervenant et le marché défini par les propriétés sociales de la réunion soit en fin de compte le ressort majeur de l’hétérogénéité des attitudes observables en ce type de circonstances. On ne peut s’arrêter, par réflexe réaliste mal placé, aux propriétés immédiates de l’arène commémorative ou bien aux propriétés de la cérémonie en elle-même, si l’on cherche à comprendre les vices et les vertus des acteurs scientifiques que les cérémonies du souvenir mettent en scène. Tout donne au contraire à penser que c’est d’abord en jouant le jeu de la science, et plus encore parce qu’il joue le jeu de la science, que le chercheur est le mieux armé pour prévenir les embûches, déjouer les chausse-trappes ou esquiver les demi-mesures et les faux-semblants que requièrent les célébrations réussies.

Reste qu’une manifestation comme celle d’aujourd’hui n’a rien d’un colloque scientifique consacré à mai 68. Bien qu’elle soit introduite par une table ronde dévolue à l’explication, elle est placée, dans l’esprit de ses organisateurs, sous le signe de l’affirmation et de la valorisation de l’université de Nanterre ainsi que de la promotion des échanges culturels franco-allemands. Elle mêle à ce titre des acteurs d’hier et des étudiants d’aujourd’hui attirés par ce qui demeure une référence pour les mouvements étudiants. La plupart des intervenants, hommes politiques, universitaires et journalistes n’ont pas été conviés et ne se sont pas déplacés à raison de leurs recherches sur le sujet. Et l’engagement scientifique indiscutable de la plupart des universitaires et chercheurs présents est pour l’essentiel étranger à ce domaine d’investigations spécialisé. Tous ces aspects de notre réunion, la place sous le signe du souvenir ou plus exactement de l’usage actuel de façons de voir le passé informées (et peut-être enfermées) par les rétributions attachées à ces usages du passé : l’entretien de l’institution ici de l’université de Nanterre, c’est-à-dire l’entretien du crédit de l’institution susceptible à l’avenir d’utilisations très variées et de profits collectifs et individualisés.

Une réunion comme celle-ci met donc aussi en jeu ce que chacun, scientifique mais également non scientifique, vient y chercher et espère y trouver : le rappel des actions d’éclat de ceux qui ont incarné naguère les premiers rôles et qui restent attentifs à l’entretien d’un capital de notoriété convertible en d’autres usages (politiques par exemple), le profit intime pour beaucoup de savoir qu’ils en étaient et de se satisfaire de penser que rien ne se serait passé ainsi s’ils n’en avaient été, la possibilité de côtoyer des gens réputés célèbres. Mais l’attention aux rôles des acteurs ne doit pas faire disparaître la représentation. On sait pour avoir observé des célébrations du même type que sous l’espèce des usages très différents qu’en font les participants la manifestation prend collectivement la forme grâce à l’activité symbolique qui s’y développe d’un exercice de mobilisation des schèmes et des catégories préconstitués qui font sens commun entre les intervenants. Ils mettent ainsi en représentation par leur coopération formelle devant le public réuni et par-delà les passes d’arme inévitables entre adversaires d’hier (qui rejouent symboliquement les affrontements de naguère) le passé qu’ils partagent. On peut s’attendre par conséquent à voir recycler dans cette enceinte, à partir du bric-à-brac des questions hétéroclites qui ne s’imposent au titre de « questions qui se posent », que pour autant que personne ne mette en question leur pertinence, tout un prêt-à-penser déjà pensé : de « l’événement » à la « crise » en passant par la distinction canonisée d’un « mai 68 universitaire » et d’un « mai 68 social » inaugurant dans leur succession un « séisme politique » sans précédent. L’exercice incline ainsi spontanément à la ratification. Mais, pour être une manifestation policée et en un sens affaiblie de ces liturgies collectives que décrivait Durkheim en d’autres sociétés, elle n’en contribue pas moins comme celles-ci en faisant communier collectivement les invités au banquet du souvenir, à l’exaltation de tous. C’est ce qu’on pourrait appeler maintenant l’effet d’héroïsation de ces mises en scène.

On voit comment toute analyse de mai 68 aujourd’hui doit compter avec du déjà constitué. Et on apprécie, incidemment, l’importance de l’éclaircissement préalable des présupposés infiniment divers, qu’engage tout propos public sur la question, en fonction notamment de la variété des usages qu’il est possible de faire de « l’événement » : l’enquête empirique sur tous ceux qui sont conviés à parler de mai 68 ou bien qui s’expriment spontanément sur le sujet a sans doute en ce sens au moins autant d’intérêt que l’examen circonstancié de ce qu’ils en disent. Quoi qu’il en soit, il ne fait pas de doute en premier lieu que « l’événement 68 » a pour lui toute la force collective de l’évidence pratique. (Il suffit de souligner pour s’en convaincre que la relève des générations est une des conditions indispensables du succès des entreprises de négation qui sont à l’origine de tous les révisionnismes.) Mais il a également pour lui toute la force collective des images publiques qui vont dorénavant de soi et qui résultent du travail passé de sa construction. Son « existence » se trouve par là même attestée depuis trente ans, à travers tous les témoignages publics, tous les propos publiés devenus archives, qu’ils soient contemporains ou qu’ils s’inscrivent dans les efforts ultérieurs pour comprendre ce qui s’est passé. Et sa « réalité » est perpétuée par toutes les prises de positions auxquelles il a donné lieu, par toutes les controverses sur son « sens » et par toutes interprétations dont il s’est trouvé l’enjeu depuis, par exemple à l’occasion de deux précédents anniversaires et des commémorations dont il a été alors l’objet. Il ne « commence » pas lorsque nous nous retournons sur ce qu’il fut. Il ne doit pas son épaisseur historique, en particulier, à la montagne de grimoires et de papiers qu’il a fini par devenir dans les dépôts d’archives, comme font parfois mine de le croire quelques historiens omnubilés par les justifications professionnelles de leurs raisons d’être. Ces papiers et ces documents ne constituent au mieux que les traces présentes de quelques uns des engagements et de quelques unes des entreprises (celles de l’État notamment) auxquels l’événement reste indissolublement lié. Inutile d’ajouter que ces traces à leur tour ne doivent leurs privilèges particuliers qu’au statut de l’écrit dans nos sociétés.

Il suit de là qu’aucun prétendant à la parole sur 68, curieux ou chercheur, invité ou intervenant, ne se porte à la rencontre de « l’événement » qu’à l’issue de toutes les batailles qui l’ont institué ; à l’issue des confrontations qui l’ont fait apparaître comme « événement » d’une part, à l’issue des controverses qui ont défini les images sociales de sa « réalité » de l’autre. « Institué » veut donc dire ici deux choses inséparables : inscrit dans les têtes (si l’expression n’était aussi mal venue pour désigner, en fait, une inscription dans les corps) et inscrit en même temps dans les choses, entre autres dans tous ces documents qui transforment mai 68 en monument. Conséquence : même prévenu contre toute forme de célébration, l’exposant ne se réduit jamais au rapport de curiosité ou d’intérêt qu’il noue avec « ce qui s’est passé » en en faisant son « objet d’étude ». Il est aussi irréductiblement un acteur social qui se définit par bien d’autres investissements que ceux que l’auditeur ou l’observateur extérieur croit immédiatement déceler ; dans le cas du scientifique, par bien d’autres investissements que ceux qui sont étroitement liés à son activité ; dans le cas des étrangers à cette profession particulière, par de tout autres investissements que ceux qui semblent liés à un incurable besoin narcissique de se faire plaisir. Il doit transiger avec tous les enjeux, infiniment hétérogènes, inhérents aux usages présents de cet objet collectif, ses usages esthétiques ou politiques par exemple. Et bien des inclinations insensibles et des incitations invisibles, rarement explicites, tendent à le ramener à l’ordre commun ou, si l’on veut, aux impératifs du sens commun : les images publiques obscures de l’événement, préalables à toute enquête auxquelles il adhère sans même le savoir ou peut-être le vouloir, ses goûts et ses dégoûts immédiats devant les usages en particulier politiciens dont l’événement reste l’enjeu, ceci pour ne rien dire des fidélités invisibles attachées aux savoirs incorporés d’une expérience passée, toujours susceptibles de servir pourvu qu’il soit enclin à les mettre en valeur.

On mesure d’emblée l’étendue du paradoxe évoqué en commençant : la célébration, comme activité collective et comme travail de recréation du groupe proscrit le propos trouble-fête auquel conduit l’analyse, mais ceci à l’instant où, l’affichage au calendrier de l’anniversaire paraît, au point de vue du chercheur, donner une chance à un propos démonstratif. Ce paradoxe toutefois, a moins d’intérêt pour lui-même que pour la façon dont il se retourne contre celui qui le formule en plaçant ce dernier au pied du mur, c’est-à-dire devant ses contradictions. Le risque, en effet, n’est jamais négligeable, sous l’empire d’une sollicitation par définition étrangère au travail de recherche, de s’y laisser prendre jusqu’à se méprendre, en confondant, chacun à sa façon, les enjeux de l’acteur qu’est aussi le chercheur, avec l’un ou l’autre des « intérêts de connaissance » engagés dans l’explication de Mai 68, comme le diraient peut-être, après Max Weber, nos amis historiens allemands formés dans la tradition de Heidelberg. Ce risque tient en fait aux conflits qui traversent immanquablement chaque chercheur entre tout ce à quoi sa socialisation, ses relations et ses enjeux professionnels le font tenir et les conceptions certifiées par les usages en vigueur dans son univers que son travail et le travail accumulé par ses devanciers lui intiment de promouvoir et de défendre. Et il se résout par les conséquences en acte que chacun en tire pour ce qui le concerne. Comment faire triompher, à chaque instant, la vigilance armée que chacun retire du travail critique de tous les autres ? Comment faire prévaloir, dans cette réunion comme en face de n’importe quelle demande intéressée d’expertise, les convictions acquises à l’école de la recherche, plutôt que de s’abandonner aux sollicitations, intérieures ou extérieures, que leur opposent les intérêts coalisés pour les censurer, les affadir ou les affaiblir ? C’est essentiellement, et tout simplement, affaire d’exigences professionnelles.

On pourrait imaginer avoir ainsi fait le tour du problème et en être quitte après avoir réaffirmé le point d’honneur du métier, si précisément le caractère très général des considérations somme toute assez oecuméniques qui précèdent, ne laissaient subsister une insatisfaction. S’arrêter là, en rester à l’objurgation déontologique, serait ignorer le caractère décontextualisé de l’analyse d’une situation qui n’a jusqu’ici rien de spécifique au regard du moment présent. On ne s’étonnera donc pas de voir le politiste s’attarder quelques instants de plus aux schèmes qui font sens commun politique dans l’instant et qui s’affirment, en plus de tout ce qui précède, dans les usages politiques actuels de Mai 68. Ce n’est pas, en premier lieu, tout à fait n’importe quel « événement » qui se trouve être en jeu. Mais seulement, excusez du peu, la première crise universitaire d’après-guerre de grande ampleur, quoique nous soyons désormais accoutumés aujourd’hui au caractère sporadique des manifestations de l’insatisfaction étudiante. Le plus important mouvement de grève depuis les années 45. Un mois, plus de trois semaines en tout cas, de paralysie complète des activités majeures du pays. Enfin, l’un de ces désaveux en acte massifs, assez rares pour retenir l’attention, des perspectives que les autorités d’alors s’affairent à promouvoir. Toute une série de travaux attirent désormais l’attention sur les effets que la construction historique de l’État exerce sur les façons de faire et sur les façons de voir des gens socialisés dans son ressort et sous son emprise [2]. On doit en conclure, si on les prend au sérieux, que le retour sur des circonstances qui sont aussi une crise du crédit de l’État, engage aussi le rapport implicite à l’État qu’il sollicite : soit qu’une humeur réactive, ordinairement contenue et rétive aux phrases, se laisse apercevoir dans l’exaltation d’un moment de défi à l’autorité, soit que s’exprime alors, dans les limites de la bienséance, l’attachement à l’ordre de ceux qui ne trouvent rien à redire à la situation qui leur est faite. Mais ce n’est pas non plus tout à fait dans n’importe quel contexte qu’un tel événement se trouve être en jeu. On pourrait se contenter ici de pointer quelques faits élémentaires, si une forme de rapport immédiat à « la politique » n’empêchait en principe d’apercevoir les relations qui les rendent solidaires : la victoire planétaire de la pensée monétaire, 20 ans de progression continue du chômage, les disciplines réputées exigées par l’instauration d’une monnaie unique... Car ce contexte n’est rien d’autre que celui des liens indissociables qu’entretiennent la conversion des élites européennes à l’utopie néolibérale d’une part, les mobilisations qui sont autant de réactions au travail de réorganisation justifié par cet aggiornamento de l’autre. Il s’ensuit que les fantasmes politiques d’aujourd’hui ne sont pas complètement étrangers aux craintes d’hier, mais également que l’interrogation de ce qui s’est passé fonctionne comme un test révélateur des inquiétudes du moment. Sous cet angle maintenant, ce sont aussi toutes les complicités invisibles avec le point de vue d’État implicite des perspectives gouvernementales qu’engagent le plus simple bilan et la moindre tentative d’analyse rétrospective informée par les enjeux du présent, que ces complicités inavouables restent inavouées ou qu’elles montrent le bout de l’oreille, dans la rhétorique dénonciatrice qui est une forme ordinaire du jugement politique.

La première vertu de l’attention aux engagements présents (et en particulier aux engagements politiques présents) est en ce sens de nous aider à comprendre les « choix » invisibles qui président à la sélection des références commémorées, mais également quelques uns des aspects, parfois surprenants, des commémorations « publiquement incorrectes ». Il n’est pas bien étonnant que, malgré la frénésie des commémorations d’État, qu’induit la position de porte-parole pour attester et réattester l’existence et l’excellence du groupe national, on ne doive pas s’attendre à quelque commémoration officielle que ce soit de Mai 68. Cette réticence officielle pourrait bien être du même ordre que celle qui a conduit à préférer faire se souvenir en 1998 de l’abolition de l’esclavage plutôt que de la proclamation du droit au travail ! Mais on s’explique également, chemin faisant, que les commémorations publiques illégitimes de Mai 68 soient le fait d’universitaires a priori plus éloignés des fantasmes politiciens inspirés par le contrôle de « l’opinion publique ». Comme on s’explique que celles-ci rassemblent plutôt des étrangers, moins à raison de leur nationalité qu’à raison de leur extériorité aux enjeux évoqués, ainsi que ces étrangers à la politique à court terme que sont les outsiders de la politique officielle.

Mais, comment n’être pas surpris au demeurant de voir les interventions commémoratives les plus remarquées [3] transformer sans plus d’attendus trois semaines de mobilisation paralysant l’action gouvernementale en quelque chose d’une tout autre nature ; transformer une coalescence d’actions collectives en l’affirmation des droits de l’individu ; une protestation en actes en l’attestation de nouvelles exigences morales ; et un conflit qui met en cause le mandat public des gouvernants en un arc de triomphe élevé à la démocratie. Comme si, par la magie d’un de ces tours de passe-passe qui trouvent toujours un journaliste pour les monter en épingle, l’essentiel était devenu aujourd’hui de réévaluer « à la baisse » une « brèche » [4] perçue et présentée alors comme telle, pour en faire un phénomène acceptable aux yeux de ceux qui gouvernent et aux yeux de ceux qui s’assimilent en pratique et en imagination à ceux qui gouvernent. Ce type d’interprétation apparaît si brutalement réducteur et si partialement intéressé qu’on pourrait le croire inspiré par la tentation d’annuler ce qui s’est passé, quoique toute l’expérience acquise à l’école des sciences sociales prévienne de confondre l’humeur critique devant un sommaire un peu sommaire avec l’objectivation de ses raisons d’être. Mais ici encore, l’explicitation préalable des fantasmes politiques que réveillent les mobilisations présentes apporte un commencement d’explication. Le problème n’est pas très différent de celui soulevé par la réapparition et la vulgarisation de la thématique de « la crise de la représentation » : elle nous avait conduit naguère à voir en celles-ci « la crainte publiquement exprimée par ceux qui sont officiellement en charge de l’expression politique, que cette dernière leur échappe » [5]. La disqualification des mobilisations d’hier et leur transformation, entre les doigts du prestidigitateur, en vaine agitation, trahie de surcroît par l’issue d’une histoire dans laquelle elles ne peuvent se reconnaître, participent de ce travail de légitimation qui transforme aujourd’hui plus d’un intellectuel en homme d’État qui s’ignore : en homme porté à voir et à faire voir l’avenir, comme le travail collectif d’orientation accompli par le personnel qui incarne l’État requiert de le voir et de le faire voir. Qu’en 68 se soient exprimées, fût-ce de façon désaccordée et passablement contradictoire, d’autres perspectives que les perspectives gouvernementales, n’y est pas pour rien : ce crime de lèse-majesté collectif ne saurait trouver grâce, l’autorité bafouée doit être lavée de l’affront et restaurée dans les prérogatives qui sont sa raison d’être. On peut donc comprendre que dans une conjoncture de restauration qui appelle à la rescousse tous ceux qui se croient investis d’un ministère de la parole, le trentième anniversaire de Mai 68 voit fleurir, portées par quelques uns de ceux qui « en sont revenus », mais dissimulées sous l’apparence un peu hypocrite d’une nostalgie indulgente pour la dernière des rêveries romantiques, d’innombrables entreprises tendant à exorciser la grande peur des bien pensants et à rétablir, du même martial mouvement de menton symbolique, la raison gouvernante dans son magistère.

Il est ainsi très singulier de voir des chercheurs qui s’autorisent du travail historien, dire ce qui adviendra à partir de ce qui est advenu ; spécifier ce qu’ils appellent le « sens » de Mai 68 à partir des différentes manières des acteurs de l’époque de se situer actuellement relativement à ce moment de leur expérience passée ; ou même ignorer que l’issue à partir de laquelle ils retiennent ce qui leur paraît important dans l’affaire, n’était pas écrite dans « l’événement » en tant que tel. Comment peuvent-ils méconnaître que l’un des enjeux majeurs des luttes interminables et jamais terminées relatives à la restitution adéquate des présents du passé, depuis que l’histoire s’est définie comme travail spécialisé, est la critique des interprétations par les conséquences, explicites ou implicites qui sont une des figures de l’anachronisme ? Il ne suffit peut-être pas, toutefois, en face de l’une ou l’autre de ces « réflexions » sur 1968, qui paraissent produites par et pour les commémorations du 30ème anniversaire (celles qui se placent en particulier sous le signe d’une histoire culturelle supposée être le dernier cri de cette histoire en quête de respectabilité qu’est l’histoire du temps présent) d’opposer à la vision téléologique qu’elles mettent en scène le réflexe intellectuel de vigilance appelé par l’observation que leurs auteurs connaissent « la fin de l’histoire » [6]. Comme souvent, un problème peut en cacher un autre : ici que Hegel est le passager clandestin de ces rationalisations a posteriori. [7] Car, n’en déplaise à tous ceux qui trouveront inévitablement de mauvais goût un constat aussi furieusement « archaïque », « la fin de l’histoire », en ce cas comme en d’autres, est un point de vue d’État qui s’ignore. Ce n’est donc, comme on l’aurait peut-être dit en d’autres temps, qu’en retournant cette façon de voir et en remettant par là-même les événements de 1968 sur leurs pieds, qu’on peut espérer s’affranchir d’une philosophie de l’histoire et de l’action spontanée, dont la connivence avec les philosophies spontanées de l’action et de l’histoire des acteurs engagés dans le débat politique, hommes politiques, hommes publics, journalistes, fonctionnaires ou militants, signale l’hétéronomie du travail d’enquête qui l’avalise : en les posant délibérément, sans égard pour ce que chacun peut savoir de leur issue, comme le résultat des dynamiques dont ils procèdent ; en les envisageant explicitement comme une situation particulière, qui doit à la particularité des configurations dont elle sort, les possibilités tactiques qu’elle définit, quoiqu’on ne doive pas s’imaginer pour autant que ces possibilités tactiques deviennent étrangères aux enjeux ordinaires de ceux qui se mobilisent. On pourra comprendre, de la sorte, ce qui paraît a posteriori pour ces acteurs ou ces témoins, comme ultérieurement pour l’historien, constituer l’unité ou même la singularité de ce moment.

Pour une réhistoricisation du présent passé

L’usage des techniques empiriques les plus éprouvées, et en particulier de l’entretien, ne suffit malheureusement pas à mettre à l’abri de toutes les difficultés. Conformément à la représentation publique des vertus de la preuve, le recours à ces techniques est évidemment indispensable pour asseoir des conclusions. Mais si ce recours n’est pas simultanément réflexion sur l’instrument, réflexion sur ce que fait l’instrument aux personnes lorsqu’il les convie à évoquer leur passé, il peut tout aussi bien, en engageant de multiples censures, laisser dans l’ombre l’essentiel. Il faut n’avoir jamais travaillé sur 68 pour ignorer la difficulté à faire témoigner les « établis » de l’époque. Sauf conditions très particulières de connivence, de complicité ou même d’amitié, prévenant la violence d’un questionnement qui n’a rien d’une simple formalité d’identité, l’enquêteur se heurte toujours au silence entêté d’une dénégation désespérée : au silence et à la dénégation qui résultent d’une expérience bien souvent payée d’un coût exorbitant pour avoir seulement revendiqué le droit d’aller au bout de ses exigences, au silence et à la dénégation qui restent les seuls moyens de se refaire après une condamnation publique sans visage qui s’est achevée parfois dans la destruction intérieure. Ce n’est peut-être qu’un cas extrême, mais il dit bien ce que ne peuvent pas ne pas être les « récits de vie », une défense de soi plus ou moins armée contre des formes plus ou moins acceptables d’inquisition. L’observation a ceci d’important qu’elle permet de se convaincre à un niveau très général que les propos recueillis en ce type de circonstance relèvent inévitablement du travail de justification que l’occasion offre à l’enquêté et donc aussi - quoique sur un mode particulier - de sa participation aux enjeux du présent. Mais comment pourrait-on lui en vouloir d’être étranger au travail de l’enquêteur et de ne pas répondre aux questions que celui-ci lui pose, puisque ces questions ne sont jamais que celles que ce dernier se pose ?

Le contresens guette donc toujours peu ou prou l’observateur inexpérimenté, distant ou hâtif, qui est aussi, bien souvent, un observateur inconséquent, ignorant qu’il ne trouvera pas dans les reconstructions de ses interlocuteurs ce qu’il cherche et, par exemple, sous l’espèce de « motivations » ou de « convictions politiques », les raisons d’agir qu’il s’efforce de reconstituer. Il s’expose (s’il n’a pas préalablement réfléchi à la conjoncture), sous l’effet de cet ethnocentrisme particulier que favorisent la reconstruction rétrospective et l’illusion téléologique qui habite celle-ci, à confondre des réactions aux principes pratiques opposés : exemple paradigmatique, l’adoption des convictions et des croyances qu’encouragent l’accession à la majorité sociale et l’entrée dans l’univers professionnel (ces croyances qui prennent la forme de la satisfaction d’être devenu ce qu’on est et de se sentir justifié dans ce que l’on fait) et les conversions sous contrainte imposées à leur corps défendant aux militants d’hier, condamnés à enfouir dans le silence les raisons de leurs espoirs d’alors. On ne fait que redécouvrir par là cette proposition centrale issue des acquis de l’histoire et de la sociologie : les acteurs historiques concrets impliqués dans ce qui est conventionnellement considéré au début de la recherche comme un événement, sont toujours construits avant et en dehors de l’événement, ainsi que par tout autre chose que l’événement en tant que tel. Avant et en dehors : les « soixante-huitards » sont socialisés dans le contexte des années 50 et des années 60, comme les députés des États généraux, qui vont pourtant s’opposer à la société de cour, ont été formés dans l’univers de l’Ancien Régime [8],. Bien autre chose que l’événement : ils sont nés dans un pays particulier, ils ont été élevés dans un univers spécifique, ils appartiennent, ou non, à un univers professionnel, ils ont connu, avant, des succès et des échecs. Ils doivent, en outre, compter avec un univers politique constitué. Leur monde a donc aussi ceci de particulier que les voies de « l’engagement politique » y sont déjà balisées et l’offre politique déjà circonscrite. Chacune de ces affirmations ouvre un espace à l’investigation. Et toutes ont en commun de dire en quoi et pourquoi l’image publique de l’événement comme désignation a priori (sous l’appellation consacrée « d’événements de 68 ») est l’obstacle majeur à la construction des problèmes que soulève leur enchaînement (pour parler comme Bachelard) ou une prénotion (pour parler comme Durkheim) au regard de l’indispensable travail de construction de l’objet.

Dans le cas d’espèce, si l’on prend au sérieux que 68 commence par une protestation d’étudiants nanterrois qui se transforme en mobilisation étudiante nationale, on gagnerait beaucoup à admettre qu’on se trouve dans une conjoncture scolaire et universitaire très particulière. L’hypothèse, abondamment documentée par les avancées de la sociologie de l’école dans les années 70, n’a jamais été invalidée depuis. Schématiquement, le nombre des « étudiants » dont les parents n’ont fréquenté ni le lycée ni l’université s’accroît significativement et conduit ceux-ci à attendre de l’école, au sens large, les rétributions (notamment professionnelles) qu’elle donnait à d’autres, au temps où ils n’y avaient pas accès, à un instant précisément où l’élévation des attentes de tous rend impossible que chacun tire son épingle du jeu conformément à ses espoirs. L’attention aux propriétés statistiques des étudiants impliqués dans la crise universitaire conduit donc au premier résultat, qui n’est pas donné d’emblée dans la définition de l’objet d’enquête. Les « événements de 68 », les processus de mobilisation qui les accouchent et en particulier les mobilisations étudiantes qui en battent le rappel, procèdent d’une situation collective, dont il est impossible de saisir la dynamique autrement qu’à partir des aspects relationnels qui en font une configuration d’interdépendance. On peut en décrire les aspects élémentaires en terme d’anomie, d’accroissement de l’intensité des compétitions pour l’accès à la profession et de déclassement à court terme inévitable pour une partie des compétiteurs [9]. Cette situation n’en garde pas moins la particularité d’être non voulue, non pensée et non prévue : initialement insoupçonnée et insoupçonnable par les acteurs, elle ne se découvre qu’en refermant son piège sur ses victimes. Pas étonnant que, vécus comme imprévisibles, les événements de Mai 68 en aient gardé depuis la réputation sulfureuse d’explosion incontrôlable ! Tout donne à penser, en l’absence d’hypothèse concurrente, que cette déception collective [10], avec l’humeur revendicative, protestataire et anti-institutionnelle qu’elle induit, se trouve à l’origine de quelques unes des mobilisations observables : de certaines des mobilisations immédiates qui précèdent et accompagnent l’événement (en s’exprimant, entre autres, sous les dehors du travail militant, visant à affirmer et à affermir l’existence et la possibilité de positions « politiques » distinctes des positions politiques constituées) ou bien de quelques unes des mobilisations postérieures à la crise politique qu’ouvre la réussite des mobilisations étudiantes et ouvrières (comme le sont ces tentatives pour fuir hors du monde qu’incarnent à la faveur de la lenteur du reflux de la mobilisation politique, les « protestations communautaires » [11]).

Il serait malgré tout naïf de faire de cette première hypothèse empiriquement vérifiable la clé qui ouvre toutes les serrures. La relation entre conjoncture scolaire et mobilisation étudiante n’indique rien des conditions de possibilité de mobilisations en d’autres univers : trente ans après Mai 68, il faut déplorer que tout ou presque reste à faire pour comprendre comment, en fonction des propriétés des hommes et des femmes recrutés, en fonction des configurations locales et en relation avec la situation nouvelle créée par les affrontements étudiants (en particulier la manifestation consécutive à « la première nuit des barricades », le 13 mai) les Sud-aviation de Bouguenais, les Renault de Cléon, les Lookheed de Beauvais et beaucoup d’autres à leur suite cessent le travail à partir du 14 mai. On peut se dire que dans la forme des répertoires d’action syndicale constitués, les responsables syndicaux d’usines (souvent nées de la transplantation massive d’ouvriers de première génération venus d’ailleurs) ont aussi des enjeux propres : faire voir leur présence en montrant qu’ils sont capables de faire débrayer, dans un monde où la section d’entreprise est interdite d’existence légale. Ou bien, mais toutes ces hypothèses devraient être documentées [12], que les oppositions internes aux différentes catégories de personnel (savamment cultivées par une organisation du travail « moderne ») comme aussi tout ce qui entretient la coupure entre l’usine et son univers environnant, spécifie des enjeux propres, que n’épuisent nullement les considérations abstraites sur « la condition des travailleurs » ou sur les perspectives (de « reclassement » ou de « salaire ») qui leur sont proposées.

Quelles que soient les raisons d’agir en monde ouvrier, la coexistence de formes de mobilisation d’origine, d’inspiration et d’humeur hétérogènes, leur dissémination en des lieux (géographiques) séparés et en des espaces (sociaux) différemment configurés, l’absence de relations immédiates entre elles, à l’exception des images qu’en donne un travail journalistique obéissant à ses logiques propres et qui entre aussitôt en concurrence avec les images qu’elles aimeraient se faire d’elles-mêmes par la voix de leurs porte-parole, crée une situation inédite. Si l’on admet, en effet, avec Max Weber, que la vie dans les sociétés modernes s’organise autour de la possibilité pratique pour chacun de pouvoir compter sur les comportements définis et prévisibles d’autrui, la situation à laquelle nous avons affaire se caractérise par une incertitude particulière. Concrètement, elle interrompt quelques unes des routines les plus apparentes, stimule l’action et provoque l’interprétation. Simultanément, au titre des effets symboliques des formes nouvelles d’interdépendance qui se mettent en place (et qui ne se limitent nullement à l’interdépendance tactique qui n’en est qu’un aspect) elle rassemble à grande échelle (en faisant de la question de la définition de la situation un problème collectif), elle polarise les antagonismes (en invitant à prendre parti pour ou contre ce qui paraît être en jeu) en même temps qu’elle unifie tendanciellement les perceptions (l’issue de la situation devient un enjeu particulier pour beaucoup). Mais si l’on tient compte aussi, comme on l’a déjà fait observer, que les acteurs impliqués ne viennent pas au monde avec l’apparition de cette situation inédite, cette situation particulière doit moins s’interpréter à partir des propriétés substantielles qui paraissent à l’observateur extérieur être les siennes, qu’à partir des perspectives d’action qui s’offrent à beaucoup sous l’effet de l’incertitude et chaque fois sous un jour particulier. Cette situation doit s’interpréter en d’autres termes à partir de ce que les gens savent faire parce qu’ils ont appris à le faire et à partir de ce dont ils sont capables, en fonction des enjeux qui les définissent et qui sont toujours l’encombrant bagage de leur vie antérieure qui s’attache à leurs pas. Il serait donc bien léger de s’en prendre aux acquis d’une sociologie, parfois dite « de la reproduction », sous prétexte qu’elle interdirait de rendre compte de « l’irruption de l’extraordinaire » ou bien de « l’inventivité » que la situation donne à voir. C’est bien au contraire parce que la construction sociale des personnes est le préalable pratique à toute construction sociale de « la réalité »(et, par conséquent, à toutes les réalisations vécues dans l’instant comme inimaginables au regard de la situation qui les a précédées, comme aussi à toutes les interprétations ultérieures de ces réalisations), qu’on doit, en ces circonstances extra-ordinaires comme en d’autres, partir de ce que les gens sont pour comprendre ce qu’ils font.

Mais ne brûlons pas les étapes. Personne, isolément considéré, ne peut être à bon droit réputé l’instigateur ou l’initiateur d’une situation qui se construit initialement sans concertation expresse, ce qui ne veut pas dire sans ajustements à vue fonctionnant comme autant de points de coordination tacites. Elle échappe, pour l’essentiel, à ceux qui, en temps ordinaires, sont réputés maîtriser le cours des choses, et ceci contribue justement à lui donner, pour partie, son aspect « extraordinaire ». C’est, par exemple, en faisant naître des problèmes immédiats multiples jusque-là inconnus - difficultés de circulation, interruption des communications, limitation réelle ou imaginée des approvisionnements - qu’elle fait « entrer dans la danse » un nombre de protagonistes très supérieur au total de ceux que mobilisent des enjeux spécifiques. C’est en imposant, par là-même, des conditions de vie particulières qu’elle donne à beaucoup le sentiment intense d’un moment d’exception. Elle laisse ainsi, après coup, aux plus étrangers et aux plus hostiles au « mouvement » le sentiment horrifié de difficultés inouïes et, inversement, aux plus engagés, défenseurs ou partisans de l’action, la nostalgie d’une fraternité entrevue. La situation apparaît ainsi comme inédite, en ce qu’elle met chacun en demeure d’éprouver certains de ses effets, et tout le monde peut se voir confirmé dans cette impression parce que cette expérience est partagée par des proches. Ce n’est pas assez de dire, toutefois, à un niveau très général, qu’elle ne laisse pas indifférent. Sa « réalité » et son « objectivité » se dégagent aussi de la façon dont elle paraît impliquer, malgré eux, jusques et y compris des gens très étrangers ou même très hostiles aux enjeux des mobilisations en cours. Elle prend ainsi à contre-pied et à rebrousse-poil tous ceux dont l’exercice ordinaire de l’activité suppose que les gens vaquent à leurs affaires sans faire d’histoire. Elle polarise inévitablement, par le fait, les oppositions dans les interactions. Elle tire donc aussi sa nouveauté et peut-être sa radicalité, du sentiment qu’elle donne à beaucoup de se réapproprier des gestes et des perspectives abandonnés, en temps ordinaires, à d’autres sans délégation expresse. Son développement suffit, sacrilège majeur, à faire apparaître l’arbitraire de ces conventions implicites.

C’est sous cet angle et dans ces termes que se pose pour le politiste la question de l’activité gouvernementale : faute de prendre acte du caractère préalable et incontrôlé des mobilisations, l’analyste politique qui s’en remettrait innocemment aux schèmes implicites dans lesquels il rend compte de la vie politique routinière, s’exposerait à méconnaître l’urgence et les tâches particulières auxquelles se voient tout à coup confrontées les « autorités ». On sait pourtant que cette situation conduit, dans les dernières semaines de mai, à une crise morale interne au gouvernement (parfois décrite comme « l’isolement » du général de Gaulle), qui pousse plusieurs hauts responsables à rédiger, à toutes fins utiles, leur lettre de démission. Cette crise de confiance réciproque fait donc apparaître, comme négativement, non seulement la contribution décisive qu’apporte à l’entretien des images publiques de « l’autorité de l’État » la régularité sans règle expresse des comportements ordinaires, mais également l’enjeu que représente, quoique le phénomène reste habituellement insensible, le fait de pouvoir compter sur les comportements d’autrui dans toutes les sphères d’action définies par les gens que chacune met en relation. On en revient ainsi explicitement au sens de l’avenir que chacun doit à son passé et à son activité. On ne comprendrait évidemment pas le coup de blues du président de la République devant son impuissance à renouer les fils de la situation (et révélé par sa « disparition » à Baden-Baden) [13], on ne comprendrait pas, non plus, la propension tactique à faire le mort, pour éviter de se mouiller avec celui qui risque de perdre (on ne comprendrait pas l’étroite relation qu’entretiennent ces réactions), sans faire intervenir le sens pratique particulier de l’homme politique, le sens des risques et des conséquences auxquels il s’expose, c’est-à-dire toujours en fait moins le sens d’une supposée sanction du peuple [14] que, dans l’immédiat, le verdict du jugement des pairs comme tribunal ultime de l’image de soi.

On se fera une idée plus nette de l’importance du passé dans l’action présente en observant que, même dans une situation qui, en bouleversant sensiblement les relations immédiates et les rapports de force que celles-ci consacrent, transforme significativement les perspectives d’action de beaucoup, la situation disqualifie ou requalifie d’abord des formes d’activité ou bien des positions définies, essentiellement en poussant sur la touche ou en remettant en selle des activités apprises et des ressources acquises bien antérieurement. Il ne suffit pas, en effet, de constater, à la manière de l’histoire des idées, que « l’engagement » appartient à « l’air du temps culturel » des « années 60 », pour en finir avec les raisons qui poussent les étudiants à se sentir « solidaires » de leurs camarades, à se reconnaître dans les consignes d’organisations syndicales a priori suspectes parce que présumées politisées, à s’affirmer enfin dans des positions et dans des perspectives qui s’imposent alors à beaucoup. Comment ignorer que ce point de vue d’observateur a posteriori engage subrepticement et une fois de plus, par-delà une théorie spontanée des « effets de mode », le rapport de l’observateur à la situation actuelle ? Il ne fait certes pas de doute, que « l’engagement » apparaît alors à de nombreux apprentis intellectuels littéraires comme la forme suprême de l’adolescence bourgeoise accomplie ; cela se voit dans la révérence esthète qui entoure de grandes figures intellectuelles (Sartre) ou l’héroïsme par procuration que donne à bon compte le culte des grands anciens, mobilisés contre la guerre d’Algérie. Mais on ne peut ignorer l’importance de la présence et de la « leçon » que constituent les mobilisations extérieures au milieu étudiant pour l’activisme militant d’un syndicalisme étudiant moribond. Celui-ci ne survivait, par-delà les enjeux définis par le « contrôle » des « organisations étudiantes » (l’UNEF et ses mutuelles), qu’au titre d’école des cadres spécialisée dans l’apprentissage des jeux politiques, pour généraux sans armées en mal d’action. Les voici maintenant en position de proposer leurs mots d’ordre (« Libérez nos camarades ! »), de tester leur capacité de rassemblement sur des perspectives sensiblement moins prudentes, bref de mettre à l’épreuve leur coup d’oeil et leur sens tactique. Tout se passe donc comme si (et conformément à ce qui pourrait être une loi de rentabilité différentielle de l’investissement militant) le capital politique primitivement accumulé par ces chefs d’état-major en herbe, à la faveur des guerres pichrocholines qui les ont opposés entre eux, trouvait son mode d’emploi en situation en donnant à quelques uns de ces jeunes gens convaincus de leur importance l’occasion attendue de se signaler.

Autre manifestation encore plus symptômatique du même phénomène : la remise en jeu (ou plus exactement le replacement dans le jeu défini par la concurrence pour l’offre d’interprétation qui naît alors dans le monde étudiant et parmi ses observateurs) de schèmes et de thèmes liés à une histoire passée, cantonnés à la circulation confidentielle entre initiés. Il ne manque pas de spécialistes aujourd’hui pour admettre sans plus d’examen l’importance dans la conjoncture des « idées », volontiers jugées nouvelles, incarnées par des revues de petite diffusion, l’Internationale situationniste, Arguments, Socialisme ou Barbarie, autour de noms réputés emblématiques, Debord, Lefort, Morin ou Castoriadis. Laissons de côté l’ignorance dont ces revues semblent alors victimes. Les conclusions de ces exégètes passent sous silence les conditions d’apparition de ces entreprises intellectuelles (on en a rarement fini avec l’anachronisme) et ignorent les conditions contextuelles de leur succès (est-ce l’effet de la complaisance des intellectuels pour « les idées » ?). La plupart de ces revues sont pourtant nées du travail de deuil nécessaire pour rationaliser des déceptions politiques passées (1956, 1948, voire l’échec de l’espérance révolutionnaire des années 20) et leurs auteurs sont d’abord des intellectuels déçus par la politique pour avoir trop (tout ?) attendu de la politique : contextualiser éviterait de simplifier. Autrement significatif au regard de la conjoncture paraît leur double aspect d’attente d’une révélation (révolution) improbable et d’humeur critique vis-à-vis des « responsables » des trahisons des espoirs placés dans le messianisme ouvrier : elles rencontrent ainsi spontanément l’aspiration à la hauteur et l’impatience de reconnaissance, habillées en populisme ignorant de son mépris de classe, de militants esthètes et d’esthètes militants qui posent à l’intellectuel. Il serait ainsi inconséquent de s’en remettre à l’étude de la « cohérence intellectuelle » de ces « oeuvres » ou de ces « textes », pour saisir la ferveur dont elles deviennent l’objet et bien imprudent d’en conclure, comme on l’entend dire parfois, que ces idées sont le moteur des mobilisations et de l’action observables. La nostalgie passéiste pleine d’acrimonie rentrée d’intellectuels toujours prêts à instruire le procès en responsabilité des autres pour les combats perdus ou les occasions manquées, ne peut apparaître pour autre chose que ce qu’elle est, en l’espèce l’anticipation prophétique des temps qui viennent, qu’à la faveur des circonstances. Et elle ne peut apparaître telle que dans les limites de ce que sont et de ce que se croient appelés à faire ses concélébrants : ces visions « prophétiques » doivent aussi et peut-être d’abord leur écho et leur succès à ce qu’elles offrent pour les professeurs, demi-professeurs ou journalistes qui s’en font les vulgarisateurs, comme pour les cadres issus du militantisme, qui aspirent obscurément à les remplacer, le double profit de conjuguer, conformément à la philosophie évidente et simplette apprise en classe terminale, au chapitre « action » le sens de la supériorité d’un aristocratisme militant peu porté à en rabattre, et au chapitre « connaissance », le dandysme intellectuel d’un ésotérisme d’avant-garde.

Il faut donc prendre au sérieux les circonstances, au sens propre, extra-ordinaires, créées par la concurrence et la coexistence de mobilisations hétérogènes parce que celles-ci ont des effets politiques manifestement extraordinaires, entre autres, comme toutes les situations du même ordre, des effets de politisation extraordinaires. Comment comprendre, sinon, l’explosion du travail d’interprétation auquel on assiste alors et qui se multiplie de toutes parts ? Il mobilise, autre illustration du pouvoir d’implication de la situation, tous ceux qui se croient un titre à dire ce qui se passe, hommes politiques, intellectuels, journalistes ou si l’on veut porte-parole de toute espèce. Comment comprendre sinon la mise en relation (au moins sous cet aspect) de catégories et d’univers qui habituellement se côtoient en s’ignorant, comme les univers du travail intellectuel et le monde de la production ? Comment comprendre sinon, à l’instant où beaucoup, fût-ce pour des raisons aux antipodes les unes des autres s’accordent à reconnaître que la mobilisation ouvrière change la donne (et redéfinit la situation), le poids stratégique qu’acquiert la lutte pour le monopole de la parole ouvrière, et par là même la confrontation entre organisations toutes réputées inspirées par la même version de l’histoire ouvrière, mais l’interprétant en fait, au nom deprincipes très différents : les unes syndicats et surtout parti communiste au nom de l’autorité qu’elles tirent d’être traditionnellement le porte-parole du monde ouvrier, et les autres - chapelles intellectuelles ou formations groupusculaires - au nom du capital d’autorité qui les rend dépositaires à leurs yeux du « sens de l’histoire » ? La fascination émerveillée des étudiants militants « organisés » de toutes obédiences, jusqu’alors absorbés par leurs querelles intestines pour une grève ouvrière, en grande partie imaginée (trotskistes, de la FER puis de la JCR, Maos de l’UJCML sans oublier malgré leur distance critique et provocatrice les anarcho-situ du 22 mars), fait le reste. Le « marxisme » qui est l’enjeu quotidien de leurs luttes « théoriques » et le point d’honneur du dédain qu’ils affectent volontiers vis-à-vis des étudiants qui n’ont d’autre angoisse que celle de l’examen, leur fait voir ce « grand refus » comme les prémisses et la promesse du « grand soir » auquel ils se préparent depuis toujours, et comme le signe qui confirme, chacun pour ce qui les concerne, la justesse de leurs analyses. Cette grève d’ampleur inégalée qui les encourage à l’action et les renforce dans leurs convictions, provoque ainsi le télescopage de deux âges et de deux usages de l’herméneutique marxiste. Et, en accréditant auprès d’étudiants en quête d’identité la certitude que les porte-parole du monde ouvrier sont devenus traîtres à la cause de leurs mandants (comme le montre alors, à côté du succès mondain d’intellectuels marxisants déçus et reconvertis, l’accord pour dénoncer toutes les actions et toutes les manifestations du P.« C ».F comme on l’écrira bientôt) elle les convainc que ces porte-parole en général et ce dernier en particulier constituent le dernier rempart qui s’oppose à « une révolution en marche ».

L’attention au travail militant ainsi qu’aux effets de démultiplication qui lui sont propres, et la reconstruction systématique de l’espace particulier des activités militantes afin de prendre acte du caractère autonome de pratiques qui ont pour propriété de disparaître en s’accomplissant, paraissent ainsi le dernier chaînon utile pour entrer dans la dynamique qui se développe alors : le passage d’une situation dans laquelle l’offre de biens de salut politique des organisations militantes en milieu étudiant n’intéresse pas grand monde, à cette situation où sous l’effet de la mobilisation, sous l’effet de l’obligation de se situer et peut-être de prendre parti, les organisations et les visions politiques du monde qu’elles proposent trouvent crédit et audience, les groupes recrutent de sorte que la situation en tant que telle se transforme. Sur ce point aussi, malheureusement, trente ans après, beaucoup reste encore à faire. Mais la désignation comme objet pertinent à l’investigation des effets de synchronisation qui naissent du travail militant, dans le cadre de la polarisation des antagonismes que développe la conjoncture et sous la contrainte de l’exacerbation de la concurrence entre organisations militantes rivales éclaire encore deux aspects du processus en cours. 1° le devenir du mouvement étudiant : prisonnier des visions et des obsessions eschatologiques des leaders des organisations qui s’en proclament les chefs de file, c’est-à-dire aussi prisonnier d’organisations prisonnières de la concurrence qui les oppose entre elles, il est conduit, selon une dynamique que personne n’est à même de contrôler et encore moins de stopper, à la fuite en avant dans la radicalisation de son horizon « révolutionnaire ». 2° le prolongement de l’action et de « l’agitation » bien au-delà de ses origines : l’affirmation du militantisme politique étudiant et du militantisme lycéen qui en est corrélatif, produisent des effets majeurs bien au-delà du seul mois de mai 68, bien après la reprise du travail dans les usines, et même bien après l’étouffement des mobilisations protestataires par les élections des 23 et 30 juin 68. L’effet de politisation du milieu étudiant par le mouvement de 68 se poursuit donc comme un effet d’hystérésis qui dépasse les conditions initiales qui l’ont vu naître, ce qui définit, par-delà l’année 68 les conditions de l’initiation à la politique de ceux qui « s’engagent » dans sa foulée : entrer en « politique » sous le signe d’un espoir exposé à se voir démenti à l’épreuve de la réalité quotidienne. Il faut ainsi attendre la deuxième moitié des années 70 pour que « tout rentre dans l’ordre » : c’est maintenant ce qui donne en France aux années 68-73 leur physionomie particulière au point d’accréditer après coup le fantasme d’une jeunesse étudiante uniformément politisée dont les élites n’ont pas, peut-être même encore aujourd’hui, cessé de se défier. Mais il faut aussi comprendre qu’une espérance désespérée de la politique peut être au-delà de toutes les tentations répressives de ceux qui ont intérêt à l’ordre, outre le plus efficace des rappels à l’ordre, la meilleure école de tous les cynismes qui accompagnent les reconversions ultérieures inévitables.

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Revenir sur l’originalité immédiate des trois semaines qui vont retenir notre attention (l’interruption des conditions de vie routinières des acteurs sociaux et les luttes sur la définition des enjeux de cette situation) convainc ainsi que l’examen des mobilisations constitue le point de départ tout à la fois réaliste et pertinent que requiert l’enquête sur 68, en France et vraisemblablement ailleurs. L’enquête sur les mobilisations est une façon de rechercher les origines, ou d’un autre point de vue les conditions de possibilité de « l’événement », si l’on admet que toute cette dépense d’énergie, moins protestataire et moins utopique qu’on l’a dit, n’est pas tombée du ciel. Mais ce pourrait être aussi un moyen pertinent de comprendre, à partir du pouvoir collectif et partagé de créer une situation inédite, les activités extraordinairement variées de tous ceux qui se sentent tenus ou obligés de parler de ce qui advient alors : les luttes symboliques dont « l’événement » est l’enjeu sur le champ, sont en effet, à l’origine des images, plus ou moins partagées, dont il tire ultérieurement son sens (y compris pour celui s’en veut a posteriori l’observateur impartial) ce qui explique qu’il subsiste dans la mémoire publique grâce au travail de mise en forme dont il demeure l’enjeu. Faut-il rappeler enfin que l’Allemagne ne connaît pas en 68 de crise gouvernementale comparable à celle qui bouscule le gouvernement gaulliste en France ? Le double préalable pratique qu’on vient d’évoquer serait donc peut-être aussi, pour finir, l’un des moyens les plus sûrs de distinguer les mai 68 nationaux hétérogènes qu’on a par trop tendance à amalgamer sans y penser.

Cette stratégie de recherche préviendrait vraisemblablement par la même occasion les interprétations les plus grossièrement réductrices qui sont souvent un cas extrême d’interprétations par les conséquences : celles qui s’accordent en particulier pour présenter mai 68 comme l’un des derniers soubresauts archaïques précédant l’avènement inévitable d’un ordre mondial libéral inéluctable. Mais elle ne fait pas évanouir comme par enchantement toutes les difficultés. C’est à l’intérieur du monde que nous percevons le monde, disait à peu près M. Merleau-Ponty. On peut difficilement ignorer de ce point de vue que beaucoup « d’instruments » de travail de l’historien ou du sociologue, produits par et pour l’activité passée de l’État et issus à ce titre de la construction de celui-ci, tendent à réactualiser en toute innocence, les gestes historiques qui donnent aujourd’hui aux groupes incarnant l’État leur force et leur légitimité. On pourrait se souvenir entre autres qu’en authentifiant des conduites qui doivent à l’activité de l’État d’avoir été consacrées sous l’espèce d’archives, l’historien reproduit dans les limites des points de vue sauvés de l’insignifiance et de l’oubli, le geste inaugural de certification, inventé et routinisé par l’État. Ou bien encore qu’en totalisant des grèves le sociologue s’approprie, sous l’apparence d’un acte purement comptable, le pouvoir statistique - ou si l’on veut car le mot le dit le pouvoir d’État - d’arrêter des comptes dignes de foi. Il s’ensuit qu’en s’en remettant aveuglément à ces outils ou même tout simplement en faisant de 68 une « crise » le chercheur ignore le plus souvent qu’il prend parti sans le savoir et sans le vouloir : il méconnaît par exemple pour s’en tenir au plus évident que mai 68 n’est une « crise » que pour ceux dont la situation désavoue la perspective et notamment pour tous ceux qui ont partie liée avec l’État. Le parti pris légitimiste paraît donc, en toute rigueur, aussi inacceptable en sociologie politique que le traitement asymétrique des connaissances rejetées et des connaissances admises est, en sociologie des sciences, irrecevable.

Il ne suffit donc pas de partir des mobilisations ; il faut aussi les construire, du point de vue de leur genèse et dans la perspective de leur dynamique, c’est-à-dire dans leurs aspects relationnels préalables aux multiples face-à-face qui s’objectivent en situation. Cette perspective, qui peut s’autoriser de la tradition sociologique d’étude des « changements d’état », engage à reconstituer - comme on a tenté de le suggérer - les transformations dans lesquelles sont impliqués les acteurs qui conduisent, sans solution de continuité - ce qui ne veut pas dire de façon identique selon les champs d’activité considérés - d’un « état organique » préalable à un « état critique » émergent. Il faut toutefois se garder de croire que les « moments organiques » constituent « l’état naturel » du fonctionnement social et les « moments critiques » une expression pathologique de ce dernier. On retrouve ainsi, d’un autre point de vue que précédemment, l’obligation d’échapper à la philosophie d’État naturalisée, commune à beaucoup d’observateurs, de quelque discipline qu’ils se recommandent. Comprendre ce que trop d’auteurs évacuent allègrement par légitimisme sous le nom de « crise du fonctionnement démocratique » rend, on aimerait écrire scientifiquement nécessaire, de se faire une idée aussi précise que possible de la « philosophie de l’ordre public » qui accompagne la construction de l’État : aspect de cette construction et justification majeure de l’existence de l’État, cette philosophie est inséparable des entreprises de ce dernier - même de celles qui semblent les plus éloignées de son activité immédiate de contrôle des relations entre individus comme le sont, en apparence, ses activités en faveur de l’Université, voire de la recherche - ce qui fait qu’elle habite ingénument l’inconscient scolastique. Faute de ce travail d’élucidation préalable, on s’interdit, il me semble, de comprendre avec l’honnêteté requise le paradoxe consubstantiel aux conjonctures comme 68 : le travail de conservation que, fortes de l’avantage de la défense, elles mobilisent et l’espoir, ignorant de ses limites, qu’elles soulèvent, en mettant en question les évidences politiques consacrées, c’est-à-dire en laissant entrevoir la possibilité d’autres formes d’organisation collective.

J’en termine ainsi en en revenant à mon point de départ : la présence invisible de cette philosophie d’État, enfouie dans le rapport à la politique de la plupart de ceux que l’attrait pour la politique réunit dans une commémoration comme celle-ci, affaiblit, c’est certain, ma chance d’être écouté. Le risque qui guette un propos, inspiré pourtant par de tout autres considérations, que l’horizon de la politique au jour le jour, est d’être entendu comme un propos essentiellement politique et de se voir réduit au statut de l’une ou l’autre des opinions qui partagent le débat dont 68 reste l’enjeu. On le prendra, selon le cas, avec l’indulgence qu’on doit afficher pour ce genre de fantaisie, comme le dernier effort d’un ancien combattant pour « réhabiliter » 68, voire comme l’utopie naïve et généreuse d’un doux rêveur, ou bien avec la sévérité qu’inspirera vraisemblablement à tout responsable politique qui se respecte, l’irresponsabilité apparente du propos, comme l’ultime provocation d’un « gauchiste » attardé ou, pire, comme la dernière inconséquence d’un « anarchiste » impénitent. Pour tous ceux qui refusent de se demander quelles forces les poussent à penser ainsi et que mon argument aura laissés de marbre, je rappellerai simplement le mot de Weber, lorsqu’il montrait l’intérêt de voir un « anarchiste » occuper un poste de professeur de philosophie du droit. « Il ne fait aucun doute à mes yeux, disait-il, qu’un anarchiste peut être un bon connaisseur du droit. Et dès qu’il le devient, le point archimédéen où le placent ses convictions en le situant en dehors des présupposés et des conventions que nous partageons, lui donne une chance de découvrir dans les intuitions fondamentales de la théorie du droit une problématique qui échappe à ceux auxquels ces présupposés et ces conventions sont absolument évidents. Tant il est vrai que le doute le plus radical est toujours père de connaissance. »




[1] . Bourdieu (P.), Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie clinique du champ scientifique, Paris, INRA, 1997.

[2] . Nous avons tenté d’attirer l’attention, pour notre part, sur deux aspects du travail symbolique de construction de la réalité par l’État, le chiffre mensuel officiel du chômage et la thématique récemment revivifiée, de « la crise de la démocratie représentative » (Lacroix B., « Post-scriptum : quatre raisons de revenir sur une enquête », Critiques sociales, 8-9, juin 1996, p. 86-92, Lacroix B., « La crise de la démocratie représentative en France : éléments pour une discussion sociologique du problème », Scalpel. Cahiers de sociologie politique de Nanterre, 1, 1994, p. 6-29). Mais, indépendamment de toutes les recherches tendant à faire voir l’acuité du travail de N. Elias sur ce terrain, l’un des textes les plus importants ces dernières années demeure celui de P. Bourdieu, « Esprits d’État : genèse et structure du champ bureaucratique », Actes de la recherche en sciences sociales, 96-97, 1993, p. 49-62, repris dans Raisons pratiques, Paris, Les éditions du Seuil, 1994, p. 101-133, auquel on ajoutera les deux numéros d’Actes de la recherche consacrés à l’État (« Histoire de l’État », 116-117, 1997 et « Genèse de l’État moderne », 118, 1997).

[3] . Le Goff (J.-P.), Mai 68, l’héritage impossible, Paris, La Découverte, 1998.

[4] . Morin (E.), Lefort (C.), Castoriadis (C.), Mai 68 : la brèche, Fayard, Paris, 1968.

[5] .Lacroix (B.), « La crise de la démocratie représentative en France », art. cit., p. 28.

[6] . Comme l’observait récemment encore M. Dobry, mais en ignorant malheureusement que ce problème scientifique propre au travail scientifique ne se pose pas dans un univers « scientifique » étranger à l’histoire (M. Dobry, « Events as logics of situations : some lessons from the analysis of conjonctures of political fluidity », communication présentée dans le cadre de la session « Événements et structures », ZIF, Bielefeld, 16 et 17 octobre 1998). Faute d’engager (et notamment d’engager empiriquement) le travail de réflexion systématique sur les relations qui l’unissent aux autres et qu’il entretient avec les visions et les constructions qui s’expriment dans le travail de ses pairs concurrents, même l’épistémologue le plus sourcilleux et le plus vigilant s’expose à ignorer qu’il a au moins en commun avec ceux qu’il critique d’être « embarqué sur le même bateau » et par exemple d’être enfermé aujourd’hui dans la pensée planétaire d’État institutionnalisée commune aux élites qui, en se réservant le droit de dire ce que l’État doit être, croient exprimer la vision universelle de l’État.

[7] . On ne peut évidemment pas s’attarder ici sur la double originalité de Hegel, incarnation exemplaire de la transformation de la fonction « préceptorale » en fonction « magistrale » en relation avec la promotion étatique de l’université et simultanément, promoteur de la « philosophie d’État » qui est l’expression symbolique de ce « mécénat » royal politiquement inspiré.

[8] . La comparaison s’impose avec d’autant plus d’évidence ici que le problème sur lequel on cherche à attirer l’attention est exactement du même ordre que celui que formule N. Elias, lorsqu’il constate que l’analyse du Moyen-Age (mais on peut en dire autant de l’Ancien Régime) ne s’impose sous ce terme et dans cette forme qu’à des acteurs qui, par définition, n’appartiennent plus à l’univers du Moyen-Age (Elias N., Norbert Elias par lui-même, Paris, Fayard, 1991, p. 126-127, note).

[9] . Lacroix (B.), « Les jeunes et l’utopie : transformations sociales et représentations collectives dans la France des années 68 » in Religion, société et politique, mélanges en hommage à Jacques Ellul, Paris, PUF, 1983, p. 719-742.

[10] . Qui peut être décrite, pour ce qui concerne l’univers professionnel de l’enseignement supérieur, en terme de « moment critique » des « stratégies de reproduction » (Bourdieu P., Homo academicus, Paris, Les éditions de Minuit, 1984, p. 208-250).

[11] . Lacroix (B.), L’Utopie communautaire, Paris, PUF, 1981.

[12] . On attend beaucoup, à ce sujet, des recherches entreprises par M. Zancarini-Fournel et ses élèves, M. Bergère, A. Bonnet, V. Porhel et X. Vigna dans le cadre de l’IHTP (M. Zancarini-Fournel, « Les grèves en France », rapport au colloque IHTP « Les années 68 : événements, cultures politiques et modes de vie », 18, 19 et 20 novembre 1998).

[13] . On ne peut que déplorer que beaucoup d’historiens français paraissent considérer l’essai d’un journaliste, apparemment plus soucieux de montrer l’étendue de son carnet d’adresses que de faire oeuvre historienne puisque ce n’est pas son métier, comme l’ouvrage le plus informé des développements « politiques » relatifs à Mai 68 - Joffrin (L.), Mai 68, histoire des événements, Paris, Les éditions du Seuil, 1988 -. On utilisera bien évidemment, de préférence à cette chronique bavarde l’ouvrage précis et remarquablement documenté d’Ingrid Gilcher-Holtey, « Die Phantasie an die Macht ». Mai 68 in Frankreich, Frankfurt, Suhrkamp STV, 1995, malheureusement non traduit à ce jour.

[14] . On rencontre sans surprise cette façon de voir sous la plume des spécialistes de droit et cette rationalisation a posteriori conforme au credo démocratique peut être considérée comme l’une des contributions qu’ils apportent ensemble à l’entretien des croyances nécessaires au fonctionnement de l’État.



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