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Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Scalpel

Terrains

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Faut-il témoigner de la perplexité, ou même du désarroi, dans lesquels la situation d’enquête place parfois le chercheur ? Et faire état, mais ce n’est qu’un exemple, y compris des difficultés immédiates à « faire connaissance » avec ceux que des circonstances imprévues invitent à comprendre ? Au risque d’une forme de naïveté. Ne vaut-il pas mieux s’en remettre aux « techniques » et aux préceptes appris, et supposés éprouvés, pour ignorer ces difficultés, ou les tenir pour insignifiantes ? Au risque du confort que procure à bon compte l’assurance lettrée. N’est-ce pas perdre un temps précieux que de s’étendre sur des expériences propres à la recherche, auxquelles malgré (ou à cause de !) l’apprentissage scolaire, personne n’est jamais complètement préparé ? Au risque d’être taxé de complaisance, surtout si le compte rendu emprunte, quoi qu’on en ait, la forme « littéraire » du récit des (més)aventures. Mais ne perd-on pas au change en se privant de l’aiguillon de l’inquiétude et en évacuant d’une relation, fût-elle née pour les besoins de la recherche, celui qui en prend l’initiative ? Ne risque-t-on pas maintenant de céder, sans y prêter attention, au pouvoir de neutralisation, ordinairement requis, du « scientifiquement correct » ?

On avait gardé le souvenir, en des circonstances un peu comparables à décembre 1995 (le mouvement étudiant de 1983 ou celui de 1986), d’un temps de réaction préjudiciable à l’enquête, qui nous retenait à la table de travail au lieu d’être, toute sympathie pour la mobilisation mise à part, au milieu des manifestants. On s’était promis de ne pas se laisser prendre, une fois de plus. Ce n’était pas, d’ailleurs, les verdicts péremptoires sur « l’agitation », distillés sur les ondes ou par les gazettes, par tout ce qui comptait d’autorités bardées de titres, sauf justement celui d’avoir rencontré des grévistes, qui auraient pu nous dissuader. Au contraire : toutes affaires cessantes, nous voulions voir et entendre. Quittes à s’exposer aux sarcasmes des esprits forts ou des sociologues avertis. Ce n’est pas au coeur des défilés, encore moins au milieu des A.G., disaient-ils, qu’on trouve le temps d’écouter ceux qui manifestent leur opposition et leur résolution. Ils avaient, pour partie, raison. Ce n’est qu’après la grève, parfois grâce aux contacts pris, que nous sommes parvenus à nous faire une idée plus juste des raisons qui poussaient des groupes hétérogènes dans la rue. Mais pour partie seulement, s’il est vrai que les formes de l’action collective disparaissent avec la mobilisation ; et que celles-ci méritent aussi, en tant que telles, de retenir l’attention.

Nous appartenons, par ailleurs, à un univers, celui de la « science politique », où, malgré (ou peut-être à cause de) ce qu’est l’activité politique, l’objectivation participante n’a pas cours. Evaluée à l’aune de l’image publique du travail des journalistes, et soupçonnée, sans autre forme de procès, de « vendre la mèche », cette forme de travail n’a pas grand crédit, quand elle n’a pas franchement mauvaise réputation. La célébration actuelle du « terrain », par tous ceux qui entendent garder une distance de bon ton vis-à-vis du travail sociologique, ou même, plus radicalement parfois, l’invocation ineffable de cette expérience contre des résultats qui dérangent, ne contribuent pas, en outre, à favoriser une forme d’investigation qui relève pourtant, en principe, du patrimoine commun aux sciences sociales. Ces observations et quelques autres nous ont aidé finalement à vaincre des réticences.

On s’est donc dit aussi que le scrupule méthodologique pouvait être la pire des censures. Que la quête d’un état achevé de l’observation, outre son caractère d’idéal inaccessible, retardait indéfiniment la réflexion collective sur les façons de procéder, comme sur les conditions particulières d’une enquête. Autant de raisons de ne laisser dans l’ombre aucun aspect d’un travail : aucun aspect de ses conditions de réalisation, aucun aspect des satisfactions, mais aussi des regrets, ou des repentirs, qu’il a suscités. Les chroniques qui suivent reviennent sur ce que taisent ordinairement la plupart des enquêtes « à chaud » sur des mobilisations. Elles nous avaient initialement semblé avoir le mérite de rendre compte d’une forme d’action collective. Elles nous paraissent aujourd’hui inviter à discuter de la relation entre l’occasion de l’enquête et ses difficultés. Nous n’ignorons pas qu’en exposant des pratiques de chercheurs, elles disent ausi ce que nous sommes.

G. C., C. L. S., B. L.






Bernard Lacroix


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La « crise de la démocratie représentative en France ».



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Les formes de l’activité politique. Eléments d’analyse sociologique, du XVIIIe siècle à nos jours



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Cécile Battais

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- Lectures critiques : Marcel Mauss, Ecrits politiques, Textes réunis et présentés par Marcel Fournier, Paris, 1997, 802 p.

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