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Cahiers de sociologie politique de Nanterre
Scalpel

Lectures critiques : Anne Tristan, Au Front

Auteur

Anne Tristan,Au Front, Paris, Gallimard, 1987, (coll. Folio/Actuel) [1].

Au Front représente un objet singulier. Pari audacieux de relater presque « du dedans » (« j’ai changé ma vie pour vivre la leur » p.9) des pratiques politiques populaires, il dit immé-diatement l’improbabilité d’un tel projet, et oriente le regard vers la relation (complexe) de son auteur à ce « peuple en po-litique » qu’il tente de « pénétrer ». Démarche compréhensive s’affichant sans parti pris, il devient prise à partie d’une politique, d’un parti, et au final des personnes qui prennent ce parti. L’interrogation d’ouverture, empreinte d’humanisme, voire d’un idéalisme un peu naïf, propose de « percer ce mys-tère, leur mystère : comment en France, en 1987, des hommes peuvent-ils haïr d’autres hommes simplement pour la couleur de leur peau, leur origine, leur race ou leur cul-ture » (p.9). La journaliste, dans la tradition d’un Günter Wallraff, se construit une identité factice (Anne G., dactylo au chômage) et « s’établit » six mois en HLM., dans les quartiers Nord de Marseille. Elle adhère à la section locale du FN (XVè arrondissement), dont elle devient secrétaire administrative, et raconte au quotidien son « voyage chez les frontistes ». Le matériel empirique rassemblé ouvre un cer-tain nombre de pistes dans l’analyse des prises de positions racistes, dans l’analyse de l’engagement au FN, ou dans celle de la construction du collectif partisan.

La xénophobie comme ressource

Parce qu’il échappe au « comment peut-on être Persan ? », et parce qu’il rend compte avec minutie des interactions lors desquelles s’affirment des positions xénophobes, le recueil d’observations d’A. Tristan est précieux. Si l’on questionne le journal d’Anne G., on retrouvera, abondamment illus-trées, quelques-unes des logiques sociales à l’oeuvre dans la production du « racisme » [2] :

- Première logique repérable : Dans un processus de précarisation de son statut, le racisme aide à « sauver la face ». Dans les quartiers Nord, comme ailleurs en milieu populaire, les populations doivent affronter une rupture bru-tale dans le mouvement général de promotion sociale des trente dernières années. Alors qu’objectivement leur proximité aux plus démunis s’accroît sous l’effet conjugué d’un chômage virtuel et de la compression du pouvoir d’achat, alors que leurs anticipations d’ascension sociale s’avèrent intenables, nombre d’individus en voie de déclassement vont fixer symboliquement une séparation vis—à-vis de l’image du pauvre (vis-à-vis de la menace) en ethnicisant cette catégorie [3]. Et comme le pauvre (soi-même virtuellement) est risque, il est sans doute « pauvre type ». C’est ainsi que le danger social, ce sont les Arabes (« les abribus brisés, les cabines téléphoniques en panne, les portières de bus bloquées... » p.41), dans la mesure où la trajectoire des agents s’affirmant racistes tend à devenir d’autant plus dangereuse qu’elle s’approche de la position traditionnellement occupée par les immigrés dans les années soixante-dix (très significativement la promiscuité, dans les trans-ports en commun notamment - p.41-42 - leur répugne). Pour soi tout se casse, et « les Arabes » ils cassent tout, c’est ça qu’ils veulent, tout casser » (p.41). C’est en tout sens du terme que « les Arabes » désignent l’ennemi intérieur, et A. Tristan raconte comment s’opèrent toujours, dans les cités, ces déplacements du stigmate, ces transferts de la honte, que décrivait M. Pialoux [4] bien avant l’émergence électorale du FN.

- Seconde logique décrite :Face à l’attitude légitime de non racisme, la proclamation xénophobe se présente fré-quemment comme manière de défi [5]. La stricte « neutralité » très administrative des services sociaux (des assistantes so-ciales principalement) dans un contexte où les biens demeu-rent rares (Alessandro par exemple se voit refuser l’aide médicale gratuite... ) sera interprétée par certains « Français » dé-munis et impuissants comme une « complicité » de l’administration vis-à-vis des « Arabes ». L’accusation raciste, « faisant scandale », permet aux dominés de qualifier la situa-tion qu’ils jugent scandaleuse. La mobilisation d’un argu-mentaire « indigne » tout à la fois brise l’indifférence qui ré-pond « administrativement » à leur misère, et exprime l’opposition aux dominants des agents par trop systémati-quement indignifiés (dans ce cas, indignes des presta-tions... ). La diatribe xénophobe des sans-ressources déplace, vers un « territoire de sens » sur lequel ils peuvent se mou-voir, les termes d’une confrontation aux autorités autrement immaîtrisable. Mais sa mise en jeu pour retourner cette si-tuation asymétrique fait un peu figure d’ultime cartouche, demanifestation presque désespérée d’une forme de « point d’honneur » (pauvre mais Français, pauvre parce que Fran-çais... ).

- Troisième logique suggérée :Inversement, le racisme participe parfois d’une sorte « d’alliance fantasmatique » aux dominants [6]. La définition de soi que propose Roland suffit à en témoigner. La xénophobie de cet ex-patron de garage en invalidité, qui bricole des voitures au noir et dirige la sec-tion du XVè, représente une manière de projection dans l’univers des notables (« il dit toujours : moi, je suis un prolétaire, un ouvrier comme vous. Mais moi, j’ai rien à voir avec lui » lâche Roland, etplus tard il assure : il n’y a pas de barrière entre un riche et moi » p.119), et relève d’une quête de reconnaissance devenue par d’autres voies objectivement improbable.

- Quatrième logique restituée : Au cours d’interactions quoti-diennes conflictuelles, le racisme est point d’appui auprin-cipe d’intégration logique des réactions éparpillées d’un sys-tème de défense de soi. Tel est le cas de Pascal, se procla-mant antisémite, « ça c’est personnel » (p.49), et dont Anne G. découvre que l’amie vient de divorcer d’un « israélite », et qu’aux yeux de Pascal, qui ne cesse de le lui reprocher, elle demeure trop liée à ce passé.

L’enquête donne donc à voir l’hétérogénéité des investisse-ments de sens et des investissements tactiques sur une pra-tique discursive similaire [7]. Elle laisse en même temps transparaître que, par delà l’irréductible polysémie de ce mode de stigmatisation, le racisme fonctionne toujours comme ressource argumentative autorisant la désingularisation, l’universalisation, et par là une certaine maximisation de la puissance des procédures de dénonciation émanant de personnes qui en ont « ras le bol », que « ça prend là », mais qui se trouvent aussi formidablement dépourvues des moyens d’expliciter autrement de quoi elles « ont les boules ». Seul répertoire discursif à disposition et efficace, cette stratégie rhétorique tend souvent à se routiniser jusqu’à s’appliquer comme forme de catégorisation, de légitima-tion, omnibus ; André lance ainsi : « Chirac, c’est forcément un juif pour prendre nos sous comme il les prend » (p.203). Les observations d’A. Tristan suggèrent comment ce type de discours s’autorise à mesure que se construit et que s’étend l’autorité du collectif qui le soutient. Attestant comme par ricochet [8] de leur autorité, et se grandissant dans la mise en scène d’une proximité aux grands, les militants FN qu’elle décrit font continûment valoir les titres de leur leaders. Personne ne cite B. Megret sans rappeler qu’il est polytech-nicien. La journaliste sait d’autre part souligner qu’à Marseille comme ailleurs, il faudra attendre la montée en puissance électorale du FN, au principe d’une focalisation journalistique qui ne recula jamais devant le spectaculaire, pour que la parole xénophobe se fixe dans la sphère du légitime politiquement, du légitimement pensable, du légiti-mement dicible puisque « consacré par les urnes ».

À lire Au Front,on saisira aussi en quoi le refuge dans l’outrance est lié à la stature du locuteur, combien la déme-sure anti-arabe ou antisémite constitue une manoeuvre pour se grandir au sein d’un collectif consensuel [9], un recours extrême pour conquérir de la visibilité : c’est le cas lorsque Rezzi, personnage en tout point effacé, reprend à chaque réunion de section (et cet excès est son seul mot) : « y à qu’à rallumer les fours ». C’est le cas lorsqu’en fin de banquet les garçons entonnent des chants nazis. Le geste prend sens en relation aux réactions presque admiratives des filles (« une lueur malicieuse dans les yeux », p.168), s’opérant sur le mode quasi-complice du « oh, la, la, ils exagèrent quand même ». Le récit d’Anne G. invite de même à réinsérer l’acte de Julien, qui lance une nuit sa voiture sur un maghrébin isolé, à l’intérieur de l’ensemble du rapport social dans le-quel il s’inscrit et acquiert signification : face à Anne, ce coup de volant est un coup d’esbroufe destiné à impressionner la novice, et face à l’injonction de Véronique, son amie (« Accélère, si ça se trouve c’en est un ! » p.173), il s’agit de gérer avec honneur le défi, en démontrant qu’un homme (fut-il un « sale flic » : Julien se présente de la sorte, p.101) ne se « dégonfle » pas. On retrouve sur ce point Mary Douglas précisant que pour comprendre d’où certaines pra-tiques, certaines théories, ou certaines institutions tirent leur longévité (et ajoutent à leur efficience), il importe de repérer quel est leur usage dans les transactions privées. Non sans originalité, le témoignage d’Anne tend à montrer qu’en milieu populaire la xénophobie est souvent ressource et grandissement. Autour du racisme s’accomplit une forme de fixation identitaire dans le FN, cette thématique occupant ici comme opérateur de regroupement un statut relativement analogue à celui de l’ouvriérisme dans le PCF des années trente [10].

Le FN pour faire front

L’enquête décrit avec bonheur ces interactions militantes or-dinaires souvent passées sous silence, mais qui construisent pourtant les collectifs partisans et expliquent qu’on s’y ag-glomère. C’est ainsi qu’au détour des épisodes restitués, on s’aperçoit par exemple que le Front représente, sous de nombreux aspects, une entreprise politique homologue à bien d’autres. La lutte des places s’y avère vive. La surveil-lance, voire la disqualification, des associés rivaux de la sec-tion du XVIè arrondissement mobilise une part substantielle de l’activité de la cellule du XVè. Et là comme tou-jours cette coopération concurrentielle qu’est l’engagement militant reste indissociable d’anticipations de trophées, d’espérance de rétributions matérielles ou symboliques : Roland s’imagine maire du XVè (p.177), Dewaert confie « avoir plus d’espoir d’être admis comme candidat sur une liste du FN qu’il n’en aurait eu s’il était resté au RPR » (p.121). Ici encore, l’institution, comme le souligne M. Douglas, tend à organiser et encoder l’information. L’agression d’un cafetier arménien laissait explicitement in-différent le groupe du XVè avant l’intervention télépho-nique de la fédération. On verra, l’instant suivant, cette même section monter l’incident en « affaire » et se mobiliser vigoureusement contre « l’accroissement de l’insécurité ».

Les notes d’Anne G. signifient pourtant, à de multiples oc-casions, l’étrangeté des adhérents FN aux problématiques politiques consacrées. Le lexique des militants les plus fi-dèles en témoigne : Véronique s’en va manifester contre SOS racisme et insulte chez elle « Ralem Désir » (p.141). La compétence proprement politique faisant défaut, les prises de positions des frontistes relèvent des réactions spontanées de l’éthos plutôt qu’elles ne se règlent sur les usages des es-paces publics « légitimes ». A. Tristan remarque significati-vement que les réunions ne se cadrent jamais sur un quel-conque ordre du jour, ne sont que « discussions chaotiques où chacun saute du coq à l’âne au gré de ses humeurs et de ses fureurs » (p.67). L’expression de ce principe apolitique dans la production des positions politiques explique aussi que des dispositions identiques puissent se reconnaître parfois dans des affiliations d’apparence très hétérodoxes : Alessandro ose un jour « qu’avant il y avait le Front Popu, et maintenant il y a le Front » (p.110). Enfin l’acte même d’adhésion paraît obéir à une toute autre logique, et à une autre temporalité, que ne le donne à voir l’imagerie magnifiée de l’engagement, au sens où les intellectuels se le représentent et le représentent : on adhère à la section du XVè sous l’empire d’une exaspération toute immédiate, puis, la plupart du temps on ne se manifeste plus, on ne cotise pas. Un tel flou dans la clôture du FN devrait nous prémunir contre cette propension si classique à la réification des collectifs partisans. Toutes les interactions retranscrites tendent ef-fectivement à démontrer, suivant les mots de B. Pudal, qu’un parti reste « le produit objectivé d’une pratique » incessamment en jeu, éventuellement variable, à l’intensité fluctuante, qu’il n’est que « l’ensemble des opérations par lesquelles des agents sociaux communient (plus ou moins et sur des modes divers) en son nom » [11].

Reste à saisir pourquoi l’on s’agrège au Front du XVè, comment se fait le Front ? Le récit d’Anne G. permet d’appréhender comment, pour reprendre Max Weber, se construit une « sociation partisane », comment progressive-ment se tisse « une relation sociale fondée sur un compromis d’intérêts et motivée rationnellement (en valeur et en finalité) ». A la suite encore de G. Althabe on peut lier la réus-site du FN à la recomposition des espaces urbains. Dans les HLM des quartiers Nord que dépeint A. Tristan, aucun marseillais ne se risque la nuit. L’espace est structuré autour d’entrepôts industriels et de voies rapides. Entre les barres de béton, les courants de mistral n’invitent pas précisément à la convivialité. Aucun lieu de divertissement collectif dans cette banlieue. Les associations laïques de gauche, qui hier proposaient des loisirs, se sont désagrégées. Quelques condi-tions se trouvent de la sorte réunies pour qu’un espace pu-blic de communication se construise autour d’une théma-tique xénophobe et sécuritaire. La section FN fera office de niche de vivabilité. Un peu comme dans les années trente, le PCF sut le faire, dans le Nord, à Halluin-la-Rouge par exemple [12], on s’y retrouve festivement dans l’entre-soi po-pulaire : chaque semaine à Marseille, le Front organise une élection de miss, une galette des rois, un banquet, une soirée dansante... (« si je le souhaite, le Front m’amuse tous les samedis soirs » conclut Anne, p.74). Les rapports militants, établis sur une entraide dans laquelle chacun investit intensément (Alessandro est « malade » d’avoir laissé passer une place pour « Anna » ; Pascal lui cherche un appartement... ), s’ordonnent perpétuellement sur le modèle des relations enchantées dont le groupe domestique est le lieu par excellence. Anne devient vite « une petite parente », voire « notre fille » (p.65)... « Ben, ça fait rien si vous êtes seule, comme ça, c’est nous votre famille, on fait pas de chichis » (p.70) lui lance Sylvain. Pour les adhérents fidélisés, la section FN représente en même temps un espace de conversion inespéré. Toutes leurs trajectoires décrivent un ajustement social problématique. Trajectoires descendantes, positions professionnelles disqualifiées ou démonétisées : tel Rezzi, manutentionnaire avant d’être licencié, ou Perthier, en cure de repos, déprimé par la fuite d’une épouse volage. Trajectoire descendante encore, parvenant difficilement à reproduire la position du père : Pascal est maçon, fils de petit patron. Ou trajectoire ascendante déstabilisée : Alessandro, convoyeur de fonds, doit nourrir neuf enfants et sa belle-mère, Sylvain est voyant mais hésite « à cause des charges » à monter son entreprise. Au Front se développe un vaste travail collectif de transmutation des indignités sociales. De multiples procédures de déstigmatisation lavent dès l’abord les sympa-thisants de leur « déshonneur ». Claude, à l’arrivée d’Anne G., dactylo sans emploi, émet aussitôt que « de toute façon au Front, la majorité des gens, c’est des chômeurs » (p.13). Et A. Tristan montre que les réunions de section se passent « à se délivrer des satisfecit incessants » (p.68), et constituent premièrement des dispositifs laudatifs. En de fréquentes occasions les frontistes s’entre-héroïsent. Consécration intra-organisationnelle pour une militante méritante, élue dauphine de miss FN. Ou stylisation de soi lors des réunions de section. Là l’adhérent se dressant en « idéologue de sa propre vie » [13] recompose face aux autres, et au nom de valeurs générales, l’unité épique de son parcours en liant des épisodes personnels extrêmement divers (accrochages en Algérie, escarmouches avec de jeunes beurs, résistances à l’administration... ), ainsi posés non comme échecs individuels et éparpillés, mais comme étapes nécessaires dans l’accomplissement positif d’une forme de destin social. L’opération, entourée d’une rare communion émo-tionnelle, permet de se décharger de souvenirs trauma-tiques [14], et autorise une mise en cohérence des trajectoires chaotiques, une réconciliation avec soi, la fixation d’une identité et d’une permanence de sa personne. Au terme de l’engagement, la promotion sur un poste achève de doter de crédit ces hommes auparavant sans qualités. Comment ne pas comprendre qu’Alessandro, membre du département « Défense, protection et sécurité », entre en colère lorsqu’un jour on empiète sur cette surface sociale nouvellement ac-quise (p.83) ? Les manifestations de rue participent bien sûr d’une même entreprise d’accumulation d’autorité. Elles marquent à chaque fois une prise de possession symbolique de l’espace urbain : la mobilisation contre l’agression d’un cafe-tier immobilise le réseau d’autobus, et, lors de la visite de Le Pen, les militants descendent vers Belsunce, quartier arabe, pour s’en prendre manu militari aux populations. Les défilés, en « rendant le groupe visible et concret à lui—même [15], consacrent le poids social de ces anonymes qui font masse. Ce n’est pas un hasard si, en ces circonstances, rites de présentation et d’imposition de soi, les adhérents du XVè développent une sorte d’hypertrophie des stratégies de maintien : « en vestons », « rasés de près, endimanchés... » (p.86). Ne faut-il pas, par sa tenue, tenir un rang récemment conquis et signifier une puissance neuve ? L’inconditionnalité dans l’adhésion au Front doit considérablement à ce miracle social invraisemblable, à cette conversion de l’indignité sociale en dignité frontiste, à cette subversion. La remise de soi au leader (il faut entendre ici Alessandro louer Le Pen : « Tu l’as jamais vu, toi, Anna, mais tu vas voir c’est quelqu’un. Il te fait rire comme il te fait pleurer. On est gaga devant lui et après on ne peut plus s’en passer » (p.138) procède d’une reconnaissance infinie envers celui qui porte à l’objectivité et à la légitimité du discours public une manière de voir ou de vivre le monde social auparavant reléguée à l’état d’expérience isolée, confuse, auto-censurée et somme toute innommable (écoutant Le Pen, Alessandro s’extasie : « Eh, nous, on le sait tout ça... » p.148).

Si l’on se trouve au Front, c’est parce qu’on s’y retrouve (en tout sens du terme) - on se retrouve soi, soi rêvé, on se retrouve entre-soi - et cela seul permet de faire front. Dans ce cadre, la multitude des déclamations xénophobes semblent autant de signes spectaculaires destinés à enraciner les locu-teurs au sein de cette communauté de répertoire qui, très os-tensiblement, exprime l’intégration au clan. Le racisme n’est aussi qu’une convention discursive, de ces conventions dont la construction participe à l’unification symbolique (donc à la constitution et à la mobilisation) des groupes. Le racisme est un investissement dans les formes, qui signifie l’allégeance au collectif. Il représente le « mot de passe » au-tour duquel s’ordonnent ces cérémonies minuscules où s’accréditent mutuellement les parties, ici l’adhérent et la section partisane.

Enfin, lorsque A. Tristan rend compte des conditions de l’action du Front, on s’aperçoit une fois de plus qu’une or-ganisation politique se constitue comme connexion (plus ou moins stabilisée) de réseaux, et comme noeud de transac-tions collusives [16]. Leur mobilisation [17] autorise tout au-tant l’action privée (Anne G. trouve un emploi grâce à une relation du Front à l’ANPE et à une assistante sociale sympathisante) que l’intervention publique : Roland monte des fêtes en s’appuyant sur ses connaissances personnelles de cafetiers, la section du XVè co-organise une mani-festation avec des associations sécuritaires (Associations de défense des quartiers Nord) ou professionnelles (Syndicat des limonadiers et des débitants de tabac), ou s’appuie sur des comités de catholiques fondamentalistes... Lorsque se li-guent ces divers collectifs, se lient aussi des univers de sens hétérogènes. Il faudrait décrire l’activité des opérateurs de tra-duction [18] qui fabriquent et unifient ces alliances (leur vrai-semblable multipositionnalité indique une condition de pos-sibilité de leur entreprise, elle n’épuise pas sa description). Une sociologie du travail des négociateurs de ces micro-coa-litions qui tissent les organisations partisanes reste à enga-ger.

Construction du « témoignage » et ethnocentrisme

Une considération légitime pour la profusion des observa-tions ramassées n’interdit naturellement pas d’interroger leur mode de collecte et la forme de leur restitution. Reste qu’il faudrait pouvoir questionner, parallèlement, l’ensemble des mécanismes engagés dans la production d’un discours savant sur (et contre) le travail journalistique. Il faudrait restituer l’univers des partis pris professionnels du sociologue qui « autorise » la prise à partie d’une journaliste. On devrait, préalablement ou pendant la critique, rendre compte des conditions de sa concurrence aux professionnels des médias. Car, osons le dire : pour une part, la dénonciation exprime sans doute la « frustration relative » de celui qui la lance. Administrer une « leçon de méthode » contribue à restaurer symboliquement l’éminence du chercheur, initialement en-gagé dans les mêmes filières de formation professionnelle que le journaliste, au commencement de leurs relations sou-tenant avec lui la comparaison en terme « d’excellence universitaire », mais relégué ensuite à l’obscurité du laboratoire, dans une position d’infériorité vis-à-vis de « l’homme de presse » sous le rapport de la distribution en capitaux économiques et symboliques. Renouant avec une sociogenèse, il faudrait revenir sur la construction historique des relations entre champ scientifique et champ journalistique, en expo-sant notamment comment les transactions collusives liant le champ journalistique aux dominants d’autres champs (économiques et politiques par exemple... ) ont fini par do-ter les journalistes d’une légitimité suffisante pour qu’ils disposent aujourd’hui du pouvoir de consacrer les savants. Il va de soi que la lutte intellectuelle pour la définition d’une manière légitime de parler des agents populaires s’inscrit dans cette relation, et oeuvre à la subversion d’une distribu-tion de la puissance défavorable au chercheur. Elle participe aussi du métier de sociologue.

A. Tristan semblait implicitement se fixer pour guide l’impératif weberien de « saisie du sens subjectif de l’action pour l’acteur ». Pourquoi titrer l’avant-dernier chapitre « Jeanne d’Arc - demi-star » ? Le mot d’esprit trahit un double mépris : alors que le « demi » dénie à certains actes de foi la prétention à une intégrale validité, s’opère d’un même mou-vement une forme de rabattement symbolique vers des cli-chés médiatiques (la « starisation », tropisme assez général des « papiers câblés ») formidablement éloignés des catégories d’appréhension populaires. Est-ce au prix de tels coups de force, au prix de son annulation, que l’on entend penser « l’impensable » de certaines attitudes lepenistes ? Singulière tentative « d’orientation vers autrui ». Le « témoignage » d’Anne G. sacrifie par trop au dominocentrisme [19]. Le récit oscille entre misérabilisme (la salle de la section du XVè est évidemment « crasseuse », p.20) et populisme (le peuple est naturellement généreux, bon vivant, « Allez champagne pour tout le monde » p.71). Et la professionnelle de la dé-nonciation du racisme évite rarement le racisme de classe. Épisode éloquent : c’est après une manifestation violente du Front que le charme se brise définitivement entre Anne et la section du XVè (A.T. n’apprécie guère la foule, ce « magma des manifestants », p.188), tant il est vrai que l’action brutale par laquelle s’exprime la colère des dominés, qui ne disposent parfois que de leur force physique pour la démontrer, indispose spontanément les lettrés. Au lieu de faire valoir le coût individuel de cet engagement populaire, dans lequel ne se reconnaît pas sans doute « l’héroïsme » (à la Malraux ?) magnifié par des dominants qui souvent s’engagèrent si peu, au lieu de rendre compte des logiques de production de la prudence, l’intellectuelle souligne très complaisamment qu’à la violence des démunis se mêle tou-jours comme de la veulerie : Albert et Dewaert s’enflamment « à l’abri des murs de la permanence » mais « passée la porte du local, leur plus cher désir est de ne pas se faire remarquer » (p.126), Albert et Yolande ont « trop peur que les gens ne les voient » (p.127), « Yolande laisse tourner le moteur », en cas de danger elle pourra « déguerpir » (p.128)...

Les descriptions d’Au Frontposent très systématiquement les marques dont les dominants sont porteurs comme non-marques à partir desquelles A. Tristan décline à loisir les stigmates (« malformations » et écarts) populaires : déformation des corps (« cernes gigantesques » de Roland, p.21, « le dos voûté par une misère secrète »... ) ou in-nombrables « fautes de goût » des décors (« les posters apportés par Céline jurent avec les porcelaines données par les parents » p.46), des costumes (« pantalons de tergal », p.90, pour les hommes ; femmes aux « mains baguées de pacotille » p.89, à « l’élégance Monoprix » p.28). Véritablement, ces lepenistes manquent de classe : « j’essaie d’effacer la légère trace de cambouis que sa main a laissé sur ma veste. J’ignore encore son métier, mais à ses doigts éternellement noirs... » (p.76). D’ailleurs lorsqu’ils s’emploient à « s’habiller », fait toujours défaut l’accessoire essentiel sans lequel il n’est pas de classe : Gilles « a troqué son jean et son blouson contre deux tiers de costume de mariage. Il en a le pantalon et le gilet mais pas le veston » (p.140). On comprend sans mal qu’établie hors de son univers et comme défaite de sa personne, A. Tristan trouve dans la réaffirmation des « formes normales » de gestion de soi ou des choses, quelques ressources pour maintenir son iden-tité. Mais aucune auto-analyse ne vient en contrepoint de la narration pour expliquer ce processus de stabilisation de soi. De même, on aurait aimé que l’auteur se déshéroïse et cherche à analyser ses sentiments de porte-à-faux, ou les raisons de ses embarras (« Je bous, réussis à ne pas exploser. J’en ai assez de leurs fêtes, de leur gentillesse... » p.76). On aurait souhaité qu’examinant les processus sociaux participant à la définition d’une identité, elle explore cette entrée en xénophobie qu’elle refoule (« Leur aversion déteint sur moi. Je me sens parfois contaminée... » p.41-42). L’auteur ne s’autorise ni le trouble ni l’audace. Il n’évite pas non plus de nous précipiter dans la noce populaire pour en signifier chaque fois l’absence de tenue (« une forte odeur de bière nous saisit à l’entrée » p.194, c’est à « une table encombrée de cadavres » p.195 qu’il faut s’asseoir). Anne T. restitue pour seules images de la convivialité, celle « d’une chenille endiablée » entraînant « une cinquantaine de personnes qui, rouges de sueur et de plaisir reprennent en choeur [...] l’a touchée, l’a touchée la chatte à la voisine » (p.168). Mais pourquoi se soucier qu’en de tels rites se construit symboliquement et pratiquement la solidarité d’un groupe, qu’il s’unifie dans ses chants, qu’une telle « chenille » attache ceux qui auparavant s’éprouvaient sans attaches, puisque ici, loi du genre oblige, l’expression du pittoresque suffit.

Pour rendre compte sérieusement d’Au Front,il faudrait res-tituer la rencontre des dispositions intériorisées par l’auteur au cours de son histoire et de l’état du marché éditorial à l’instant de son élaboration ; une rencontre qui définit la forme de ce projet individuel et collectif. La structuration bipolaire de ce marché, autour des explorations « savantes » du personnel dirigeant et de l’électorat du Front d’une part [20], ou des dénonciations outrées ou argumentées du lepenisme d’autre part [21], interdisait déjà de reproduire à l’infini ce type de produit. Par contre, comme le note Jean Peneff, « les narra-tions à partir de faits réels, qu’elles écartent le geste héroïque ou la peinture banale » [22] ne cessent alors de faire re-cette (à l’image de la collection « Terre humaine », ou de « La vie quotidienne au temps de... », ou bien des ventes de G. Wallraff... ). Le projet Au Fronts’inscrit dans un écart aux marchandises standard, sur un marché en cours de saturation, par une novation dans l’angle de vision du FN. Encore im-portait-il que le lectorat ciblé puisse s’y reconnaître. Préservant la lisibilité de son récit, l’écrivain accommode per-pétuellement son propos aux attentes supposées d’un futur public. D’autant plus « naturellement » d’ailleurs que leurs propriétés sociales sont voisines. Ces anticipations vouent la démarche d’écriture et la composition du texte à un tour finalement partisan [23] et sur-démonstratif. Par delà l’apparat d’une relation d’enquête rigoureuse, l’exposé n’échappe pas au sensationnalisme. Comme si dire les actes quotidiens de personnes « ordinaires » ne valait qu’à condition d’en signifier l’exotisme. Alors A. Tristan recourt continuellement aux techniques classiques du faire valoir, contribuant par là même à se faire valoir, exhibition complaisante de pratiques xéno-phobes exacerbes et immédiatement révoltantes (des mili-tants frontistes « secouent une maghrébine contre une palissade de chantier », p.l46, ou plongent la tête d’un jeune beur dans une poubelle... ), exaspération des contrastes (une vieille femme seule, bousculée par la foule, entame à contre-courant du défilé lepeniste, le Chant des partisans,p.145), ou accentuation dramatique construite sur des con-ditionnels (« Et si un jour, lassés d’exécuter les immigrés à coups de mots, ils laissaient partir le coup de feu... » p.73). Pour anoblir un sujet d’enquête jugé indigne, et rehausser son « expérience », l’écrivain n’hésite pas bien sûr à empoéti-ser son récit : dans un bar il se meut parmi « une forêt de dra-peaux » (p.140), en manifestation « une vague déferlante » l’entraîne, il « oscille tel un esquif sur sa crête » (p.143) ; « ce qu’il aurait fallu faire, c’est une révolution nationale populaire » lui dit Denis, et « Dehors le mistral souffle et éclaire la nuit [...] - Tu sais qu’elle doit être belle la mer mainte-nant » (p.113).

L’intrigue, pour dire peut-être l’apprentissage, chemine bizarrement à la manière d’une quête initiatique. La présentation d’une xénophobie somme toute bonhomme (chap.1, 2, 3 : « L’ennemi est gentil », « Un Arabe au Japon », « La fille de la famille »), cède progressivement place à un dévoilement cru des intérêts (chap. 5 : « Les places seront pour nous »), puis à la dénonciation d’une « vérité » abrupte du lepenisme, mixte de haine (chap. 7 et 10 notamment « Les gens sont des moutons », « Se méfier du juif ») et de violence (chap. 6 : « Un calibre dans le sac »). Significativement, le texte s’ouvre sur la description de réceptions frontistes fort sages, et se clôt autour d’un banquet de légionnaires où la référence au nazisme (à l’holocauste parfois) se fait omniprésente. Là, assez paradoxalement, la journaliste qui se faisait devoir de « prendre au sérieux » la parole du peuple du Front, n’accepte plus d’entendre leurs luttes pour récuser cet étiquetage inadapté qu’est une labelisation « SS ». Elle ne s’interrogera pas plus sur le statut de leur sollicitation d’hymnes guerriers, et ne s’inquiète pas par exemple qu’ils empruntent indistinctement au répertoire fasciste ou à celui de l’armée française.

Mais c’est encore la technique narrative adoptée qui, signi-fiant l’extériorité fondamentale d’A. Tristan à son objet, laisse le plus manifestement transparaître l’ambiguïté du métier journalistique. L’auteur, qui abandonne ici une posi-tion de surplomb, raconte sans doute une observation parti-cipante, mais ne s’en réfugie pas moins constamment dans l’absence. Le conteur, témoin, s’efface très consciencieusement comme personnage produisant l’action. C’est ainsi que sa coopération conversationnelle aux déclarations racistes, ou sa « flexibilité communicative » (au sens où l’entend John Gumperz) [24], ne sont jamais retranscrites. Anne G., par fonction à la recherche de bons mots, fut-elle muette ? À le supposer, les sous-entendus qu’elle mobilisa nécessairement pour solliciter du discours ne sont en aucun cas explicités. Curieux silence, étrange passivité, d’un enquêteur dont le propos officiellement ne vaut qu’autant que le narrateur fût englouti dans des événements qu’il contribua de ce fait à construire.

Naturellement, la préservation d’une forme de virginité per-met à l’écrivain, en postface, d’inciter les professionnels de la politique à davantage de vertu [25]. Mais le « courage » des politiques, l’indignation souvent teintée de mépris des intel-lectuels, permettront-ils que s’amorce un reflux du FN ? On en doute. Dans les quartiers Nord, la disqualification a priori de la parole des dominants s’étend jusqu’au refus spontané des frontistes du centre ville (p.25 ou 74 par exemple). Politiques, journalistes ou savants semblent ici assez largement irrecevables. Alors, qu’on nous autorise à penser que l’éradication du racisme en milieu populaire sera un « effet essentiellement secondaire » [26] d’une politique structurelle qui désenclaverait et aménagerait ces ghettos modernes que deviennent nos banlieues, qui briserait enfin le mouvement de paupérisation du monde populaire, qui éviterait aussi que ne s’atomisent plus encore les collectifs salariaux, plutôt qu’elle ne peut être conséquence du volontarisme des « bonnes âmes ».

Willy Pelletier




[1] . Ce texte est la republication de la note publiée par Critiques sociales, (n°2, décembre 1991) sous le titre suivant : « Description d’une militance et ethnocentrisme : l’implicite normatif du "témoignage" d’Anne Tristan ».

[3] . La décomposition analytique de ces logiques ne doit pas faire oublier que dans la réalité, elles se trouvent en permanence entremêlées.

3. Nous reproduisons ici les thèses de Althabe (G.) , « Production de l’étranger dans les couches populaires urbaines », Bulletin de Critiques Sociales, n°2, Décembre 1988.

[4] . Pialoux (M.), « Jeunesse sans avenir et travail intérimaire », Actes de la recherche en sciences sociales,n°26-27, 1979.

[5] . Figure énoncée par Weber (F.), « Des intellectuels de gauche face au racisme populaire : autour de quelques malentendus », Bulletin de Critiques Sociales,n°2, Décembre 1988.

[6] . Ibid.

[7] . Dejà repérée par Blondel (J.) et Lacroix (B.), « Pourquoi votent-ils Front National » in, Mayer (M.) et Perineau (P.), Le Front National à découvert, Paris, FNSP, 1989.

[8] . Voir L’analyse du « charisme par ricochet » chez Dobry (M.), Sociologie des crises politiques. La dynamique des mobilisations multisectorielles, Paris, FNSP, 1986, p. 233, 235.

[9] . La pratique du « défi » dans les bandes zoulous relève peut-être d’une logique homologue.

[10] 0. Cf. Pudal (B.), Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris, FNSP, 1989.

[11] 1. Ibid., p.13 et 29.

[12] 2. Cf. Hastings (M.), Halluin-la Rouge (1919-1939) - Aspects d’un communisme identitaire - Singularité écologique et stratégique d’implantation, Thèse, Université de Lille II, Avril 1988.

[13] 3. Bourdieu (P.), « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, n°62-63, 1986.

[14] 4. Sur le modèle de ce qui se joue dans les associations de déportés que décrivent Pollack (M.) et Heinich (N.), « Le témoignage », Actes de la recherche en sciences sociales, n°62—63, 1986.

[15] 5. Champagne (P.), « La manifestation. La production de l’événement politique », Actes de la recherche en sciences sociales, n°52-53, 1984.

[16] 6. Concepts de Dobry (M.), Sociologie des crises politiques..., op. cit., p.110 à 113 tout particulièrement.

[17] 7. II ne faudrait pas entendre cette expression sur le mode instrumental propre à l’école de la « mobilisation des ressources », critiqué à fort juste titre par M. Dobry, op. cit., p. 17.

[18] 8. Piste de recherche dégagée par Corcuff (P.) et Lafaye (C.), « Processus de traduction et légitimités quotidiennes dans les relations entre agents de 1’équipement et élus locaux - le cas de la DDE de la Gironde », Rapport de recherche, 1990, GSPM, Délégation à la recherche et l’innovation / Ministère de l’équipement. Certaines expressions de ce texte doivent beaucoup aux échanges avec P. Corcuff.

[19] 9. Les analyses qui suivent doivent considérablement à Grignon (C.) et Passeron (J.C.), Le savant et le populaire. Misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Hautes Études, Gallimard - Le Seuil, 1989, Partie 1, et à Grignon (C.), « Racisme et ethnocentrisme de classe », Bulletin de critiques sociales, n°2, Décembre 1988.

[20] 0. Commentaires de sondages : Jaffré (J.), « Les fantassins de l’extrême-droite », in, SOFRES, Opinion publique, Paris, Gallimard, 1985 ; Jaffré (J.), « Front National, la relève protestataire », in, Dupoirier (E.) et Grunberg (G.), Mars 1986 : la drôle de défaite de la gauche, Paris, PUF, 1986. Ou travaux de politistes : Charlot (M.), « L’émergence du FN », Revue française de science politique, Vol.36, n°1, Février l986 ; Perrineau (P.), « Le Front National : un électorat autoritaire », Revue politique et parlementaire, 87, n°918, Août 1985, par exemple pour ce type de production qui commence dès 1985 à devenir légions.

[21] 1. Au titre desquelles, outre l’ouvrage de B. Stasi, on peut citer Rollat (A.), Les Hommes de l’extrême-droite, Paris, Calmann- Lévy, 1985, Rollat (A.) et Plenel (E.), L’effet Le Pen, Paris, Le Monde - La Decouverte, 1984, ou Dumont (S.), Le mystère Le Pen, Anvers, EPO, 1985.

[22] 2. Peneff (J.), La méthode biographique. De l’École de Chicago à l’histoire orale, Paris, Armand Colin, 1990, p.9 à 14.

[23] 3. Parfois Anne G. « s’enfuit éberluée que de telles absurdités puissent encore être entendues » (p.186), à propos de la caractérisation des « juifs » par les lepenistes. Mouvement ô combien compréhensible, mais réaction plus partisane qu’attentive à l’autre.

[24] 4. Gumperz (J.), Engager la conversation. Introduction à la sociolinguistique interactionnelle, Paris, Éditions de Minuit, 1989, chap. 1.

[25] 5. Figure repérée par ailleurs par Lacroix (B.), « Le politiste et l’analyse des institutions », in, Le Président de la République. Usages et genèses d’une institution, Paris, FNSP, 1992.

[26] 6. Au sens où l’entend Elster (J.), Le laboureur et ses enfants. Deux essais sur les limites de la rationalité, Paris, Éditions de Minuit, 1986, Partie I.




Willy Pelletier


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